Chapitre 93 (exclusif)

- Allez, bonne nuit les garçons ! Dormez bien ! Chuchota Megumi en riant.


Kyosuke, Kenji et Ryouta s’étant écroulés un peu aléatoirement dans le salon, Daisuke et Eisuke tentaient de les installer tant bien que mal dans les futons.

Vu l’heure tardive, Eisuke avait décidé de passer la nuit sur place et de partir directement travailler à la boutique, au petit matin.


- Bonne nuit, tête brûlée, repose toi bien, suffoqua Daisuke en tentant de faire rouler son frère jusqu’au futon.


Megumi ferma la porte derrière elle en pouffant doucement de rire.

Daisuke avait beau être massif et fort, elle comprenait que même pour lui, tenter de soulever le corps gigantesque de Kyosuke était quasiment impossible, même avec l’aide de Eisuke.


« Ha ha, de toute façon, ils se fatiguent pour rien, se dit-elle en baillant, Quand il a bu un coup de trop, il a toujours le sommeil agité »


« Demain matin, on va le retrouver profondément endormi à trois mètres de son futon »


Elle rit de nouveau en poussant un long soupir.


« Ah ! Quelle soirée ! »


À présent qu’elle avait pris sa douche et enfilé son pyjama, elle se sentait beaucoup mieux.

Elle n’avait plus qu’une hâte, plonger dans ses couvertures et dormir !

Sora ronflait déjà profondément dans le lit. Elle se serait bien confié un peu à elle avant de se laisser emporter dans les bras de Morphée mais ce n’était pas plus mal. Elle avait besoin de se reposer. Aussi bien physiquement que moralement.

Elle avait déjà bien trop parlé aujourd’hui. Elle n’avait plus de force.

La jeune femme s’apprêtait à se coucher lorsqu’elle posa soudain les yeux sur un paquet qui trônait sur son bureau.

Elle le regarda sans comprendre pendant un instant, avant de réaliser qu’il s’agissait du colis de sa mère.


« Ah ! J’avais presque oublié ! » Se dit-elle en se dirigeant aussitôt vers son bureau.


C’était une boite rectangulaire, plutôt volumineuse.

Elle alluma sa petite lampe de bureau en espérant ne pas réveiller Sora et commença à ouvrir son cadeau, en essayant de faire un minimum de bruit.

Et lorsqu'elle en découvrit son contenu, elle marqua un temps d’arrêt en se retrouvant devant un magnifique violon flambant neuf.


« Hein ? Mais…wouah ! » S’étonna-t-elle en laissant ses mains en suspend, comme si elle n’osait pas y toucher.

Elle le regarda longuement, sans comprendre, puis ses yeux se posèrent sur la petite carte qui accompagnait le cadeau.


Ma fille,


Ton professeur de musique m’a appris que tu lui empruntais son violon depuis quelques temps. Je suppose qu'à force de t’entraîner durement, tu as dû sérieusement endommager le dernier.

Tiens-moi au courant si celui-ci ne te convient pas. Je le ferai changer. Quand aura lieu la représentation annuelle ? En été, n’est ce pas ?

Je m’arrangerai pour être là, pour constater tes progrès, alors continue de travailler dur.

Je te souhaite un joyeux anniversaire.


Affectueusement.


Ta mère.



« Hein ? Mais comment l’a-t-elle su ? » s’étonna-t-elle intérieurement.


« Je n’ai même pas osé lui dire que mon violon était cassé »


« C’est mon prof qui l’a prévenu ? »


Sa mère pouvait se montrer effrayante parfois. Malgré son absence, elle parvenait toujours à faire mouche, sur le choix de ses cadeaux.

Megumi sourit avec émotion et le prit délicatement entre ses doigts, la gorge serrée.

Il était vraiment magnifique. C'était un instrument parfaitement ouvragé.

Il avait dû lui coûter une véritable petite fortune.


Megumi caressa les motifs avec émotion pendant un instant, en songeant à son dernier violon.

Si elle savait ce qu'il était advenu de celui-ci…

Megumi l’avait accidentellement emporté avec elle à Aldagarya et il n'avait malheureusement guère survécu au voyage.

Elle pouffa de rire en revoyant en pensée la manière dont Kenji l’avait arrangé à l’époque. C’était un véritable carnage. (Livre 1)


Au bout d’un moment, elle rangea son instrument neuf en regrettant d’avoir ouvert son cadeau à une heure aussi tardive.

Elle aurait vraiment voulu l’essayer.


« Demain soir » se promit-elle en attrapant son téléphone pour lui envoyer un message de remerciement.


Bonsoir maman,


J’ai bien reçu ton colis, merci beaucoup, il est magnifique ! J’en prendrai le plus grand soin !

Oui, la représentation annuelle aura bien lieu cet été, mais nous n’avons toujours pas de date précise.

Merci encore !

Bon courage pour le boulot et à très bientôt !


Megumi.


Son message lui avait fait plaisir, mais il lui avait également mit une petite pression. Avec tous les problèmes qu'elle avait traversé, Megumi devait admettre qu'elle était bien moins assidue depuis son retour.

Elle n’étudiait pas autant qu’avant, et elle avait totalement délaissé le violon.


Mais ce n’était pas évident de passer d’une vie à une autre. D’autant plus qu’elle s’était habitué à son nouveau quotidien.


« Enfin, je ne dois pas me chercher d’excuse. Il faut que je m'y remette » se dit-elle en se mettant au lit.


« Demain, c'est une nouvelle semaine qui commence ! En rentrant à la maison, je vais étudier et pratiquer mon violon ! » Décida-t-elle, déterminée.


« J’ai assez flâné comme ça ! »


Elle tira la couverture sur elle et laissa échapper un profond soupir, le regard tourné vers le plafond, tandis que ses doigts se promenaient machinalement sur son ventre.


« Bon sang, quel weekend… »


Il s’était passé tant de choses en si peu de temps qu’elle peinait à remettre de l’ordre dans ses idées.

Entre l’anniversaire de Mayu, la brique, toutes ses discussions avec Hayate, leur virée à la plage et sa fête d’anniversaire surprise, elle avait vraiment l’impression d’avoir le cerveau en bazar. Surtout lorsque les paroles d’Hayate venaient s’insinuer dans son esprit, encore et encore, comme pour la tourmenter.


Je t’aime…


Je t’aime…


Je t’aime…


Ces mots ne cessaient de résonner en elle et de lui bouleverser le cœur.

Ce manipulateur avait vraiment choisi le plus cruel des moments pour prononcer ces mots.

Le plus cruel et le pire d’entre tous.


Non. Elle devait rester lucide.


S’il pensait réellement ces paroles, il les aurait déjà prononcé depuis longtemps. Il n’aurait certainement pas choisi le moment qui l’arrangeait le plus.

Une déclaration d’amour sincère, c’était quelque chose de précieux.

« Je t’aime », ce sont des mots qui jaillissent du cœur lorsque l’on n’a plus la force de les retenir.

La première fois, Megumi avait elle-même prononcé ces mots, contre sa volonté, car elle les avait gardé trop longtemps pour elle. C’était son cœur qui avait pris l’initiative de le lui avouer, sans lui laisser le choix.

Hayate les avait prononcé par pur égoïsme. Pour la faire céder. Alors elle ne devait pas y croire aveuglement, même si tout ce qui lui avait dit à la plage la faisait douter.


Il lui avait dit des choses magnifiques… mais encore une fois, ce n’était que des mots.

Et il avait toujours été très doué sur ce terrain là.

Avec de belles paroles, Hayate avait toujours obtenu tout ce qu’il voulait de la gente féminine.

Il avait lui-même reconnu face à Mayu qu’il était un menteur.


« Tout le monde peut parler. Moi, je veux des preuves » se dit-elle, déterminée.


« Oui, mais là… il a carrément accepté d’aller voir un psy, lui souffla une petite voix dans son coeur tandis qu’elle programmait le réveil de son portable, n’est ce pas une preuve en soit ? »


Megumi frémit, et pour se protéger, sa raison s’empressa de bomber le torse.


« Encore une fois, ce ne sont que des mots. Cherche lui un psy, prends rendez-vous, et vois un peu ce qui se passe. Ensuite, tu pourras juger, s'il est sincère ou pas ! »


Elle soupira, le cœur un peu lourd et commença à lire quelques articles sur le sujet en tapant les mots clés :


Thérapie enfance brisée.


Traumatisme enfance, conséquence vie adulte.


C’était si intéressant qu’elle passa finalement une bonne heure à parcourir les articles sur le sujet.

Certains termes revenaient souvent dans la liste des conséquences d’une enfance brisée :


Violence.

Se refugie dans certaines addictions : nourriture, drogue, alcool, sexe, etc.

Cauchemars.

Trouble de l’attachement ( rejet, insécurité).

Grande difficulté à réguler ses émotions.

Privilégie la fuite plutôt que l’affrontement.


Plus elle s’y éternisait, plus elle reconnaissait le profil d’Hayate dans ces articles. Elle en avait les larmes aux yeux…

Elle avait toujours su qu'il cachait un petit garçon détruit derrière sa nonchalance, mais à quel point l’était-il ?

A quel point son cœur avait-il été écrabouillé durant son plus jeune âge ?

S’il était proportionnel à son degré de toxicité, sa blessure devait être bien grande…


« J'ai l'impression de le manipuler, en me plaçant en tant que carotte pour le pousser à voir un psy, mais je n’ai rien trouvé d’autre »


Si cela pouvait le motiver à essayer de se soigner, elle était prête à utiliser cette carte autant qu’il le faudra.

Elle n’avait aucun scrupule à le faire.

La jeune femme soupira lourdement, en songeant qu’il allait être très compliqué pour elle de ne pas céder à ses avances, et elle ouvrit presque inconsciemment, le message qu’il lui avait envoyé avec la photo de la plage.

Elle avait préféré ne pas y répondre pour éviter de lancer une conversation sans fin, et d’alimenter ce petit jeu qu’il était en train d’instaurer entre eux.

Elle devait rester camper sur ses positions. Même si c’était dur.


Elle avait bien failli céder lorsqu’il avait laissé ses lèvres s’aventurer dangereusement dans son cou. Il était fort. Vraiment trop fort.

Ou alors était-ce cette alchimie indéniable entre eux qui ne lui rendait pas la tache facile.

Elle laissa son regard s'attarder sur la photo qu'il lui avait envoyé, et un soupir lui échappa.


« Il est vraiment beau quand même » se dit-elle, en zoomant son visage rieur.


Elle aimait tellement cette expression légère qu’il arborait, en l’attirant joyeusement vers lui.

Par contre, elle était bien moins fan de sa propre expression. Prise de court, elle levait de grands yeux surprit vers lui, le teint totalement cramoisi.

Elle qui s’était donné tant de mal à travailler son masque impassible…


Dépitée, elle reposa son téléphone et fixa à nouveau le plafond en continuant de caresser son ventre avec douceur.

Il était encore si plat qu’elle avait encore du mal à réaliser qu’elle portait son enfant en elle.


« Pour l’instant, ça m’arrange, mais… Quand il va commencer à s’arrondir, ça va vite devenir problématique» se dit-elle.


« Lorsque Hayate s’en rendra compte et que je devrais lui en parler enfin, il me rejettera de la pire manière qui soit. Je le sais. Alors il faut absolument que je le pousse le plus loin possible dans sa thérapie d’ici là »


«  En portant des vêtements larges, je pourrais peut-être lui cacher ça pendant trois ou quatre mois. Ce serait royal »


« Je me doute qu'il ne va pas se soigner en si peu de temps, mais si ça peut au moins le mettre sur le chemin de la guérison, je dois tenter le coup ! Je n’ai rien à perdre de toute façon ! »




A suivre…









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