Akai ito
livre 1

couverture - Copie_edited.jpg

Chapitre 28

- Un travail ?! S'indigna Akihoshi.

Megumi, qui s'exerçait à la lecture avec Daisuke dans la bibliothèque, s'était en effet réveillée de bon matin avec la volonté de travailler le plus vite possible.

Étant condamnée à finir ses jours dans ce monde, elle allait devoir réfléchir à un moyen de gagner sa vie et de s’installer quelque part.

Ce lieu était l'équivalent d'une base militaire, habitée uniquement par des hommes, elle ne pourrait pas y rester indéfiniment.

Sans compter qu'elle refusait d'être un poids pour eux.

Elle souhaitait devenir rapidement indépendante...

Cela aurait dû les soulager. Alors pourquoi la regardaient-ils comme si elle avait sorti la pire aberration du siècle ?

Même Eisuke avait levé les yeux de son ouvrage, le regard surpris.

- J'ai dit quelque chose de bizarre ? Bégaya-t-elle.

- Mais... Tu as bien dit que tu envisageais de travailler ? S'étonna Akihoshi.

- Oui, dit la jeune femme en ne comprenant toujours pas leur réaction. Je veux travailler, oui.

- Mais enfin, pour quelle raison ?! D'où sors-tu une idée pareille ?

Elle cligna des yeux, estomaquée.

- Euh... les femmes... ne travaillent pas ? Hésita-t-elle.

Peut-être était-ce la raison de leur réaction.

« Bon sang, si c'est le cas, je suis fichue... »

- Non ! Enfin... Si, se reprit Akihoshi, embarrassé. Mais c'est extrêmement rare !

- Oui, et... ce ne sont pas des métiers pour toi, ajouta Daisuke d'une voix patiente. J'imagine que tu n'as pas envie de servir d'alcool dans les tavernes...

- Euh... Non, bien sûr que non ! Dit-elle en rougissant. Je pensais plutôt à travailler dans une boutique, ou dans une auberge...

- Mais quelle idée, enfin ma petite Megumi ! S'exclama le commandant. Si tu as besoin d'argent, il te suffit de m'en demander !

- Non, non, je refuse ! Réagit Megumi. Je tiens à me débrouiller et à gagner moi-même ma vie ! Vous avez déjà beaucoup trop fait pour moi !

- Mais... Mais... bégaya-t-il. Quel est ton objectif ? Pourquoi souhaites-tu gagner de l'argent ?

- Eh bien... Je n'ai visiblement plus de famille, alors... J'envisage de m'installer dans le village. Lorsque j'aurai mis suffisamment d'argent de côté, bien sûr.

Le visage d'Akihoshi se décomposa sur place et la jeune femme se retrouva devant trois paires d'yeux écarquillées.

- Tu veux vivre seule ? Fit Daisuke en clignant des yeux sans comprendre.

- Mais c'est... C'est impossible ! Tu ne peux pas... bégaya Akihoshi.

Il la regardait comme s'il allait soudain se mettre à sangloter, et Megumi comprit qu'elle était restée bien trop longtemps chez eux...

Leurs regards brillaient d'une inquiétude sincère, ils s'étaient réellement attachés à elle.

Tout comme elle s'était attachée à eux...

- Mais évidemment, ça ne sera pas pour tout de suite. J'y songerai plus sérieusement lorsque ma cheville sera guérie.

Le commandant fixa le vide pendant un instant et tenta de digérer la nouvelle tant bien que mal.

- Mais ma petite Megumi, ne peux-tu pas rester encore sous notre protection le temps de te trouver un bon mari ? Cela serait plus convenable.

Megumi s'étouffa avec sa salive et toussa avec force avant de lever un regard gêné vers le commandant.

- C'est gentil, mais... je préfère nettement vivre par mes propres moyens. Je ne veux pas vivre aux crochets de qui que ce soit...

Une lueur étrangement nostalgique passa soudain dans le regard d'Akihoshi, puis il se mit à la dévisager avec davantage d'attention.

Un silence s'installa et Megumi eut le pressentiment que si elle ne le brisait pas rapidement, Akihoshi allait inévitablement fondre en larmes...

- Commandant ?

Il sortit net de ses pensées et baissa soudainement les yeux en serrant la mâchoire.

« À quoi pensait-il ? Il a l'air bouleversé... »

- Je vous remercie de vous inquiéter pour moi... Mais, je suis désolée. Ma décision est prise. Je refuse de vivre davantage à vos crochets.

- Très bien, je comprends, mais... souffla-t-il en passant sa main sur son visage fatigué. Attends au moins d'être guérie, et... Ne pars pas trop vite. Ne pars pas avant d'avoir vraiment mis beaucoup d'argent de côté !

Elle sourit tandis qu'il plongeait son regard déchaîné dans le sien.

- Je veux dire... beaucoup, beaucoup d'argent de côté ! insista-t-il avec ferveur.

- Très bien, rit-elle. Je ne vais pas me précipiter. Mais à une condition...

- Laquelle ?

- Que vous me laissiez au moins payer ma chambre.

Il la regarda d'un air surpris, et voulu protester, mais en voyant le regard inébranlable de Megumi, il céda en soupirant de dépit.

- Très bien... J'accepte. Mais je te ferais un prix d'ami !

- Ça marche, s'amusa-t-elle.

- Que se passe-t-il ? De quoi vous parliez ? Fit soudain Kenji en entrant, suivi de près par Kyosuke.

- Oh là là... soupira Daisuke, fatigué d'avance tandis qu'Eisuke replongeait les yeux dans son ouvrage.

Megumi grimaça un sourire, mal à l'aise, et Kenji l'imita en la singeant.

- Quoi ? La moche ?!

La jeune femme cessa net de sourire en le regardant d'un air las.

- Megumi veut trouver un travail dans le village... et s'y installer, dit Akihoshi d'une voix vide.

- Hein ?! QUOI ?! S'écria Kyosuke, outré.

Megumi leva les yeux au ciel tandis que Kenji haussait un sourcil en les regardant d'un air interrogateur.

- Ouais, et alors ? Marmonna-t-il.

« Enfin une réaction normale ! »

Megumi aurait presque voulu se jeter dans ses bras pour le remercier du soutien.

- COMMENT ÇA « ET ALORS » ?! Explosa Kyosuke avant de se tourner vers Megumi. TU ES CINGLÉE OU QUOI ?! MOI VIVANT, JAMAIS TU N'IRAS VIVRE TOUTE SEULE ! JAMAIS !

- Mais Kyosuke, soupira-t-elle avec lassitude.

Elle venait de passer un quart d'heure à essayer de convaincre Akihoshi, et elle se sentait bien trop lasse pour recommencer.

« Si j'avais su, j'aurais attendu le repas de ce soir, afin d'en parler à tout le monde... »

« Mais j'ignorais que cela allait provoquer un tel bazar... »

- Mais arrête de beugler, comme ça ! Je ne vois pas où est le mal ! Râla Kenji.

- Tu te fous de moi ?! S'énerva Kyosuke. Une jeune fille qui travaille et qui vit toute seule ?! Ça va se savoir, tout le village la pointera du doigt et... et...

Son visage se décomposa tandis que des images manifestement horribles lui venaient à l'esprit.

- ... Et des sales types iront la voir en pleine nuit ! S'étouffa-t-il,les mains crispées et vibrantes de rage.

- Par l'Unique... souffla Akihoshi, visiblement aussi effrayé que lui par cette possibilité.

Kenji prit un air pensif et posa les yeux sur elle avant de se gratter la tête.

- Ouais... Je n'avais pas pensé à ça.

« Lâcheur... » pensa-t-elle en lui jetant un regard blasé.

Soudain, Eisuke ferma son livre et se redressa doucement tandis que Kyosuke continuait de crier qu'il préférait mourir plutôt que de la laisser faire.

- J'ai une proposition à faire, annonça-t-il. Un vieil ami de mon grand-père tient une boutique de plantes et de feuilles de thé en ville. Il m’a confié que la vieillesse commençait à le peser et qu'un coup de main ne serait pas de trop...

Il chercha Megumi des yeux et la jeune fille sentit aussitôt son cœur manquer un battement lorsqu'un éclat de douceur passa dans son beau regard bleu.

- Je te propose d'oublier l'idée d'aller t'installer seule en ville pour l'instant. En contrepartie, je ferais en sorte que tu sois prise dans la boutique, malgré le fait que tu sois... (il hésita et regarda sur le côté d'un air embarrassé) Enfin, vois-tu, il n'est pas courant d'embaucher une femme, alors il aura certainement quelques réticences. Ce sera donc à toi de le convaincre de te garder...

Le regard de Megumi s'éclaira.

« Dans une boutique de plantes ?! Oh mon Dieu, mais c'est parfait ! »

- Cela te convient ? Demanda-t-il en relevant les yeux vers les siens.

Elle lui fit un sourire si éblouissant qu'il n'eut aucun doute sur sa réponse.

- Je travaillerai dur ! S'exclama-t-elle avec entrain. Je ferai vraiment de mon mieux ! Je vous remercie beaucoup, vice-commandant !

- Je suis complètement contre ! s'obstina Kyosuke. Si tu as besoin d'argent, c'est moi qui irais à ta place !! Eisuke ? C'est quoi l'adresse de ton truc de plantes là ?!

- Laisse-tomber Kyosuke, soupira Daisuke avec lassitude. Je suis d'accord avec le fait qu'elle n'a pas à vivre seule, mais elle peut au moins aller travailler si elle y tient tant.

- Quoi ?! Tu t'entends parler ?! S'étrangla-t-il.

- Franchement, moi, je trouve ça bien qu'elle veuille devenir indépendante, marmonna Kenji. Elles devraient toutes en prendre de la graine...

Megumi se mordit la lèvre pour ravaler son sourire.

Elle se sentait profondément touchée.

Malgré leurs différences, ils avaient fait preuve d'une surprenante ouverture d'esprit.

Les entendre prendre son parti était un vrai soulagement pour elle.

« Merci les gars... »

- Mais... Mais... Bon sang, mais dites quelque chose, le vieux !! S'énerva Kyosuke en se tournant vers Akihoshi.

- Que veux-tu que je dise ?! S'affola le commandant. Je ne peux tout de même pas la retenir prisonnière, cette petite !

- Et pourquoi pas ?! Elle est inconsciente ! Elle ignore tous des dangers qu'elle risque !

- Kyosuke ! Cesse de l'appeler ainsi ! Je te signale qu'il est notre commandant ! Lui rappela Daisuke.

- Toi, ne la ramène pas ! Espèce de traître ! Explosa-t-il.

 

* * *

 

- Bien, tu t'es vraiment améliorée, conclut Daisuke avec un sourire fier. Tu lis presque sans hésiter maintenant.

- C'est grâce à toi, merci beaucoup Daisuke, s'amusa-t-elle, intimidée en refermant l'ouvrage.

Le capitaine s'étira avant de bailler paresseusement.

Il était déjà tard, Kenji était parti se coucher, mais ils pouvaient encore entendre les éclats de voix de Kyosuke qui se plaignait à Akihoshi dans la pièce principale.

Il n'avait visiblement toujours pas digéré la nouvelle.

« Pourquoi s'inquiète-t-il autant ? Ce n'est qu'un travail... »

Eisuke ferma son ouvrage à son tour et alla le ranger sur l'étagère avec les autres livres avant de s'avancer vers la table centrale où étudiait Megumi.

- Si tu le désires, j'ai quelques ouvrages très intéressants sur les plantes. Cela devrait t'aider à préparer ta rencontre avec le gérant de la boutique.

- Oh oui, quelle bonne idée ! Merci beaucoup d'y avoir pensé !

- Bon, moi, je vais dormir aussi, décida Daisuke en se levant, visiblement épuisé. Ne te couche pas tard, tête brûlée !

Megumi pouffa lorsqu'il lui caressa affectueusement la tête, puis elle se leva à son tour et suivit Eisuke tandis qu'il se dirigeait vers le cabinet.

Aussitôt, la jeune femme se sentit intimidée et joignit ses mains dans son dos en le suivant d'un pas un peu hésitant.

« Vite, un sujet de conversation ! » s'affola-t-elle.

- Si tu le veux bien, je vais en profiter pour changer tes pansements, fit soudain Eisuke en ouvrant la porte.

- Ah ? Euh oui... murmura-t-elle en baissant timidement la tête.

Le vice-commandant lui changeait chaque jour ses pansements depuis son retour, mais elle n'était toujours pas parvenue à s'y habituer...

Le contact de ses doigts frais contre sa peau la déstabilisait, et à chaque fois que leurs regards se croisaient, les mots de la sorcière lui revenaient.

Megumi ne cessait d'y penser depuis cet étrange rêve.

Et plus elle y pensait, plus son trouble grandissait...

« Nous sommes destinés à finir nos jours ensemble... »

Elle rougit à cette pensée.

La jeune femme se sentait complètement perdue depuis cette découverte.

Elle ignorait si les réactions de son cœur face à Eisuke étaient provoquées par cette histoire de légende ou à cause d'éventuels sentiments naissants.

Elle ne savait plus ce qu'elle ressentait.

D'autant plus qu'elle pensait toujours désespérément à Hayate, malgré ses efforts.

Elle ne le voyait que très rarement depuis la mort d'Aku. Ces derniers temps, il se rendait beaucoup en ville, et même si cela concernait la protection d'Ilias, elle se doutait qu'il ne devait pas se gêner pour s'amuser au passage...

L'image des mains d'Hayate touchant le corps nu d'une autre femme lui fit l'effet de centaines de flèches enflammées en plein cœur, alors elle chassa cette idée de son esprit en se maudissant de le laisser la blesser de cette manière.

« Ça va aller. Je vais l'oublier. Il me suffit de continuer de l'éviter, et ça passera tout seul... »

- Installe-toi, l'invita-t-il en se dirigeant vers les étagères.

Megumi se hissa sur la chaise haute et le regarda manipuler son matériel en se mordillant timidement la lèvre.

- Comment va ta cheville ? s'enquit-il en s'agenouillant devant elle.

Elle rougit en levant légèrement sa robe.

- Beaucoup mieux... Ça me lance moins qu'avant.

Eisuke la débarrassa du bandage et appliqua l'onguent avec un mouvement si doux qu'elle en frissonna.

- Tes coupures se sont refermées, il n'est pas nécessaire de te faire un nouveau bandage mais tu devras continuer d'appliquer cet onguent chaque matin, recommanda-t-il, je vais te donner un flacon. Tu pourras arrêter lorsque tu ne ressentiras plus du tout de douleur.

- D'accord...

Eisuke se redressa et Megumi s'efforça de fixer un point face à elle tandis qu'il lui ôtait le bandage qui cachait la moitié de son visage.

Le regard bleu d'Eisuke observa attentivement ses hématomes et Megumi retint son souffle sans même s'en rendre compte.

Il était bien trop près !

- Ton œil est enfin ouvert, mais il est toujours violacé... Je vais te préparer un cache-œil.

Elle pouffa de rire.

- Comme les pirates ?

- Oui, comme les pirates, dit-il, amusé en appliquant un onguent très doux et parfumé sur son visage.

Megumi ferma les yeux et retint un soupir de bien-être.

C'était si agréable...

- Fais-tu toujours des cauchemars ? S'enquit-il à voix basse.

Megumi garda les yeux fermés et hésita pendant un instant à lui répondre.

- Ta chambre n'est pas très loin de la mienne, et j'ai le sommeil léger... ajouta-t-il.

- Ah... Désolée, grimaça-t-elle, mal à l'aise. Je vous ai réveillé...

- Ce n'est rien... Tu revois ton agresseur dans tes rêves ?

Megumi tressaillit et ouvrit les yeux lorsqu'il eut terminé.

- Euh... Pas tout à fait, répondit-elle d'une voix hésitante.

« C'est plutôt Hayate que je vois chaque nuit... »

Il rangea l'onguent et prépara son cache-œil avec un bandage et une compresse.

- Peut-être qu'en parler t'aiderait à t'en débarrasser... Enfin, je ne dis pas cela pour te forcer la main, bien sûr, mais... se reprit-il en se tournant vers elle. Je voulais juste que tu saches que si tu avais besoin d'en parler, j'étais là...

Megumi sourit et hocha la tête en hésitant intérieurement. Elle souhaitait vraiment lui parler de ces rêves qui la hantaient chaque nuit, mais quelque chose l'en empêchait...

- Ah, maintenant que j'y pense, fit soudain Eisuke en arrêtant son geste à l'instant où il s'apprêtait à lui attacher le cache-œil. Désires-tu que je te coupe les cheveux maintenant ?

- Ah, fit-elle en sortant de ses pensées. Merci beaucoup, oui, je veux bien !

Megumi détacha sa queue de cheval en lui souriant avec reconnaissance. Elle n'avait pas osé le lui redemander de peur de l'importuner, alors elle était soulagée qu'il le lui ait de nouveau proposé.

Il se positionna derrière elle et commença à rassembler ses cheveux avec douceur avant de les coiffer.

Megumi ferma les yeux en soupirant de bien-être.

Ses doigts sur son crâne étaient si doux qu'elle en avait des frissons.

Elle sourit de contentement, et lorsqu'elle ouvrit doucement les yeux, un mouvement attira son attention vers la porte...

Hayate passait dans le couloir pour rejoindre sa chambre.

« Hein ?! Il... Il est rentré ?! »

Megumi sentit son cœur bondir jusqu'à sa gorge et ses poumons cesser net de fonctionner tandis qu'il marchait en les toisant du coin de l'œil d'un air moqueur et malfaisant.

Megumi sentit la pression monter et tout son corps se mit à trembler tandis que son regard insistant et hostile passait de Eisuke à la jeune femme.

Elle s'efforça de l'affronter du regard, malgré la peur qui lui étreignait le cœur et son sang se glaça lorsqu'il disparut derrière le mur avec un discret rire dédaigneux.

Un rire qui se prolongea dans le couloir jusqu'à disparaître derrière la porte de la chambre du capitaine...

Megumi lâcha un soupir et leva la tête en réalisant qu'il avait cessé de la coiffer.

Le vice-commandant fixait le couloir, le regard menaçant.

Il semblait hésiter à agir.

- Vice-commandant... ?

Il cligna des yeux, sortant net de ses pensées, puis il se tourna de nouveau vers elle et lui fit un doux sourire avant de se remettre à l'ouvrage.

Il passa le peigne dans sa chevelure légèrement en désordre et Megumi eut beaucoup de mal à se détendre cette fois.

Le rire cruel et moqueur d'Hayate la hantait toujours...

 

 

* * *

 

 

 

Le grondement sourd de la pluie avait extirpé Megumi du lit de bonne heure.

Angoissée à l'idée de passer son premier entretien d'embauche, la jeune femme avait passé la fin de la nuit à étudier les ouvrages d'Eisuke. Grâce aux cours de Daisuke, elle parvenait à présent à lire, mais avec malgré tout, encore beaucoup de lenteur. Elle avait créé un tableau et y avait inscrit les deux alphabets côte à côte afin de l'aider dans ses lectures. Une feuille qu'elle gardait évidemment secrète afin d'éviter les questions.

« Ah... si seulement je pouvais lancer une recherche internet pour préparer mon entretien. »

Les ouvrages d'Eisuke lui permettaient de se familiariser avec les plantes de ce monde, mais cela restait tout de même très léger pour se préparer à un entretien.

« De toute façon, même en cherchant très bien, je ne trouverais jamais de bouquin du genre Dix mots à ne pas dire pendant un entretien ou encore Tous les conseils pour convaincre ».

« C'est même sûr... » se dit-elle dépitée.

À présent, la pluie avait cessé et le soleil s'était levé. Elle n'allait plus tarder à se rendre en ville avec Eisuke.

Plus que quelques minutes pour réviser.

Elle se remémora les noms des plantes les plus importantes à retenir et l'affolement lui saisit le cœur lorsque le vice-commandant entra soudainement dans la bibliothèque.

- Bonjour Megumi, la salua-t-il.

- Bonjour, vice-commandant, dit-elle timidement.

Il se pencha au-dessus de sa tête pour jeter un œil sur son ouvrage et Megumi sentit son cœur manquer un battement lorsque les pointes de ses longs cheveux sombres vinrent lui chatouiller le front.

- Ah, tu lis le chapitre sur les xyliphes ? Ne t'y attarde pas trop, recommanda-t-il avec douceur. Excuse-moi, je me permets...

Il tourna les pages et Megumi rougit jusqu'à la racine des cheveux en sentant son odeur l'envelopper avec chaleur.

C'était une odeur douce et sucrée. Une odeur de savon.

Rien à voir avec celle d'Hayate...

Cette légère fragrance de cuir, et de bois, mêlée à cette odeur corporelle propre à cet homme. Cette odeur si spéciale et érotique qui lui faisait tourner la tête à chaque fois qu'il passait devant elle...

Elle eut soudain un flashback particulièrement humiliant.

Elle se revoyait, la main mêlée dans son chignon négligé, le nez contre sa nuque, le respirant comme une folle tandis qu'il venait en elle, avec une hâte et un empressement bestial.

- Voilà, c'est ce chapitre, fit Eisuke en s'arrêtant sur une page. Si tu le lis avant de le rencontrer, tout se passera bien.

Elle s'empressa de chasser cette image intense de son esprit et se racla la gorge en hochant la tête.

Les mots horribles d'Hayate lui revinrent à l'esprit, comme pour lui rappeler pourquoi elle ne devait plus penser à lui de cette façon.

« Je dois oublier ! »

« Je dois vite oublier cette maudite nuit ! »

- Très bien... Merci beaucoup, murmura-t-elle.

- Je te laisse réviser encore un peu avant de nous y rendre ?

- Ah euh, oui, juste quelques minutes, s'il vous plait, demanda-t-elle timidement.

Megumi pensa qu'il allait quitter la bibliothèque et revenir plus tard, mais à sa grande surprise, il prit un livre un peu au hasard et s'installa dans un coin de la pièce, non loin d'elle, en l'encourageant à lui poser des questions au moindre doute.

Ce qu'elle fit à deux reprises, et la jeune femme se sentit un peu troublée tandis qu'il lui répondait avec patience.

Sa voix pouvait paraître froide au premier abord, mais elle réalisait à présent que ce ton posé et doux qu'il employait était davantage apaisant que terrifiant.

Lors de leur première rencontre, il lui avait semblé tellement plus effrayant.

Qu'est-ce qui avait changé ?

Était-ce la perception qu'elle avait de lui qui avait évoluée ?

Ou était-ce Eisuke qui avait changé à son égard ?

Lorsqu'elle le dévisagea une seconde de trop, il détourna les yeux en continuant son explication et Megumi remarqua aussitôt qu'il était tourmenté.

Elle rougit et détourna les yeux à son tour.

Non, elle devait se tromper.

Comment une gamine aussi banale qu'elle, pourrait troubler quelqu'un comme lui ?

Il était si charismatique et brillant qu'elle se sentait comme un vulgaire petit insecte à côté de lui.

« Mais... d'après la sorcière, nous sommes liés par le fil rouge, alors... »

« Peut-être, que... »

- C'est bon, je suis prête... annonça-t-elle en fermant le livre avec hésitation. Je crois ?...

Elle devait cesser de penser à cette histoire d'Akai Ito. Elle la perturbait plus qu'autre chose...

Eisuke sourit en la voyant grimacer.

- Ne t'inquiète pas, je te poserai des questions sur le chemin. Tout ira bien.

Megumi répondit timidement à son sourire, puis elle s'empressa d'aller dans sa chambre pour se préparer.

Sa cheville la lançait toujours par moment, mais elle allait beaucoup mieux et son œil était quasiment totalement remis grâce à l'onguent d'Eisuke.

Ses cheveux lui arrivaient à la nuque, à présent. Elle avait un peu de mal à s'y habituer car elle avait toujours eu les cheveux longs... Mais avait-elle le choix ?

« J’espère qu’ils vont repousser vite... »

« Bien, je suis prête ! »

Megumi sortit d'un pas déterminé et rejoignit Eisuke qui l'attendait près de l'entrée.

Il lui fit un de ses sourires doux auxquels elle avait toujours un peu de mal à s'habituer...

Son regard sur elle avait tellement changé depuis le premier jour.

- Prête ?

- Oui, c'est parti...

Ils quittèrent le domaine ensemble et Eisuke l'interrogea durant tout le trajet. Ses questions étaient pointues et difficiles, mais elle devinait que c'était volontaire.

Elle se concentrait du mieux qu’elle le pouvait pour retenir toutes ses explications, mais elle avait surtout l’impression de se noyer sous une masse d’informations.

« Ah là là, ça s’annonce compliqué ... »

- C'est ici...

Megumi se retrouva devant une petite boutique un peu vieillotte mais superbement embellie par des plantes en tout genre.

Quelques clients en sortaient avec des petites boites à thé en bois, visiblement fidélisés depuis de nombreuses années. C’était un endroit très charmant.

- Attends-moi ici, un instant, je vais t'annoncer, dit-il avant de s'avancer vers la boutique.

Megumi joignit ses mains devant elle, un peu intimidée et prit une inspiration afin de gérer son stress.

Son cœur commençait à s'affoler, elle se sentait de plus en plus nerveuse.

Le patron était visiblement une connaissance d'Eisuke de longue date, et cela lui mettait une pression supplémentaire.

« Si je lui fiche la honte, je ne m'en remettrais jamais... »

- Eh, bonjour petite...

« Petite ? » tiqua-t-elle en se tournant vers l'inconnu qui s'approchait d'elle en la couvant des yux avec intérêt.

- Que fais-tu ici toute seule au beau milieu de la matinée ? S'enquit-il.

Megumi fronça les yeux.

- Euh... On se connaît ?

- Évidemment... ricana-t-il. Tu ne me reconnais pas ?

Elle le toisa et détourna la tête avec impatience.

- Ha ha, oui bon, je l'avoue, c'est faux, s'amusa-t-il. Mais j'aurais bien aimé...

- Excusez-moi mais j'aimerais être tranquille. Vous tombez un peu mal et j'aimerais me concentrer.

- Ha ha, allons, ne le prend pas comme ça, rit-il en entourant les épaules de Megumi de son bras.

Megumi sursauta et fit un bond sur le côté pour lui échapper avant de buter contre un torse solide.

- Oui ? En quoi puis-je vous aider ? Fit la voix glaciale d'Eisuke.

Megumi tressaillit et leva la tête vers le vice-commandant qui toisait l'inconnu avec défiance.

Celui-ci le reconnut aussitôt en posant les yeux sur son uniforme, puis il se confondit en excuse et reprit la route, sans regarder en arrière.

Megumi soupira de soulagement et son cœur manqua un battement en réalisant qu'elle était toujours adossée contre le vice-commandant, et que ses mains élégantes et parfumées la retenaient par les épaules avec douceur.

- Tout va bien ? Murmura-t-il.

- Oui, euh...ça va, bégaya-t-elle en mettant lentement de la distance entre eux.

Elle était si rouge qu'elle ne savait plus où se mettre. Elle n'osait même plus regarder dans sa direction.

- Monsieur Yamamoto t'attend... dit-il à voix basse. Je lui ai déjà parlé de toi hier...

Megumi déglutit et hocha la tête en s'efforçant de reprendre le contrôle de ses esprits.

- Bien, j'y vais...

- Je t'attends ici, annonça-t-il.

- Hein ? s'étonna-t-elle en relevant les yeux vers lui. Mais... je croyais que je vous retrouvais au bout de la rue devant les échoppes.

- Je préfère t'attendre ici, dit-il d'un air indéchiffrable.

Son ton était presque froid, pourtant elle y décela énormément de chaleur et d'inquiétude...

Il voulait lui éviter une nouvelle mauvaise rencontre.

Elle sourit, touchée par sa prévenance et il détourna les yeux en gardant son masque imperturbable.

- Je ne m'attarderais pas, dit-elle timidement en s'éloignant sans le quitter des yeux, merci encore... Pour tout, vice-commandant.

Elle se détourna en souriant et s'apprêtait à se diriger vers la boutique lorsque tout à coup...

- Eisuke...

Elle cessa net le pas, se demandant pendant une seconde si elle n'avait pas rêvé, avant de se tourner de nouveau vers lui.

Il la suivait des yeux et Megumi sentit son cœur s'emballer en décelant une lueur agitée dans son regard.

- Appelle-moi... Eisuke, dit-il d'une voix rauque et légèrement hésitante, comme s'il était lui-même surpris par sa propre hardiesse.

Megumi le regarda avec surprise, et l'intensité de son regard bleu la troubla de nouveau.

Lui qui se souciait tant des convenances, l'autorisait à l'appeler par son prénom ?

Elle se mit à sourire sans trop savoir pourquoi.

Pour une raison inconnue, elle se sentait soudain si légère...

- Bien, à tout de suite... Eisuke, murmura-t-elle, intimidée.

Lorsque Megumi entra dans la boutique, elle fut aussitôt frappée par cette forte odeur de terre et d'humidité.

La boutique était en effet pleine à craquer de plantes, de fleurs, et d'étagères remplies à craquer.

- Bienvenue, ma petite, fit abruptement une voix traînante.

Megumi baissa les yeux vers le comptoir et s'inclina en croisant le regard du patron.

C'était un vieil homme frêle aux membres tremblotants.

Il était plus qu'évident que cet homme avait passé sa vie entière à travailler dur.

- Bonjour, monsieur Yamamoto. Je vous remercie beaucoup d'avoir accepté de me rencontrer.

- C'est tout naturel, le petit Eisuke m'a beaucoup parlé de toi. Il paraît que tu es travailleuse, volontaire et ambitieuse.

Megumi rougit en imaginant Eisuke parler d'elle en ces termes.

- J'espère l'être, oui, monsieur, répondit-elle.

- Je vois... réfléchit-il en la dévisageant. Mais je suis un peu étonné... Pourquoi souhaites-tu travailler ? J'ai cru comprendre que tu étais placée sous la protection du commandant Akihoshi. Pourquoi n'attends-tu pas qu'il te trouve un mari qui subviendra à tes besoins ?

- Parce que je n'ai pas l'intention de me marier pour l’instant. De plus, pourquoi devrais-je devenir un poids dans la vie d'un homme ? Je préfère nettement être indépendante, ne dépendre de personne et vivre sur un pied d'égalité avec celui qui partagera ma vie.

Le vieil homme gratta sa longue barbe grise d'un air pensif en la fixant avec curiosité.

- C'est très surprenant. Je n'avais encore jamais entendu une femme s'exprimer ainsi.

Elle comprenait bien sa surprise. Visiblement, dans ce monde, les femmes travaillaient uniquement lorsqu’elles n’avaient pas le choix.

Megumi avait la chance d'avoir obtenu sans effort la protection du commandant d'Ilias, alors son besoin de travail n'était pas vraiment compris par tous.

- Bien, dans ce cas, je vais te poser quelques questions et oublier que tu es une femme, annonça-t-il.

Il était évident que cette situation était inédite pour lui alors elle se sentit reconnaissante de le voir faire cet effort.

- Lorsque le Hyotypu devient rêche, que faut-il faire pour y remédier ?

Megumi se sentit aussitôt un peu plus à l'aise. Eisuke lui avait déjà posé cette question sur le chemin, elle savait donc exactement quoi répondre.

- Il ne faut surtout pas l'arroser et le placer plutôt à l'abri de l'humidité, après avoir appliqué trois gouttes de jurothys.

Il hocha la tête et demanda en fronçant les sourcils :

- Et si des graupythes poussent sur les tiges ?

Megumi fut surprise d'entendre une question si pointue, mais heureusement pour elle, Eisuke l'avait entraîné avant de venir.

- Dans ce cas, il n'y a plus rien à faire, et il vaut mieux broyer la plante et la faire sécher pour en faire un remède contre la toux.

Le regard de Monsieur Yamamoto devint plus appuyé et un sourire amusé étira ses lèvres.

- Je vois que tu as eu un excellent professeur...

Megumi échangea un sourire complice avec le patron, et sa pression retomba peu à peu tandis que la discussion continuait.

Les questions suivantes étaient plus simples et basiques, alors elle s'en sortit très bien pour un premier entretien. Megumi parvint même à lui arracher deux ou trois sourires approbateurs en répondant sérieusement, mais toujours avec une petite note d'humour ici et là.

- Bon, reviens demain, petite, dit-il soudainement lorsque des clients firent leur apparition. Je te prends à l'essai et si tout se passe bien, j'aimerais que tu viennes m'aider entre sept heures du matin et midi, quatre jours par semaine, si cela te convient.

- Oh, c'est parfait ! Merci ! Merci beaucoup ! S'exclama-t-elle en s'inclinant devant lui avec entrain.

- Monsieur Yamamoto, bonjour ! Fit un client au crâne dégarni.

- Bonjour Monsieur Kanoto, lui répondit-il en faisant un discret signe à Megumi. Que puis-je pour vous aujourd'hui ?

Megumi lui fit un dernier sourire et quitta la boutique en cherchant vivement Eisuke des yeux.

Celui-ci n'avait pas bougé. Il leva vivement le visage vers elle d’un air interrogateur en la voyant ressortir.

Elle s'empressa de le rejoindre avec un grand sourire et il soupira avant de sourire à son tour.

- Visiblement, tout s'est bien passé...

- Oui, il me prend à l'essai, je commence demain.

- C'est fantastique, je suis très heureux pour toi.

- Merci... Merci encore,(elle hésita) Eisuke...

Leurs regards se croisèrent et Megumi se perdit dans le bleu de ses yeux pendant quelques secondes.

Il rougit légèrement, le visage fermé.

Se sentant toute bizarre, Megumi pivota sur ses talons en riant pour cacher sa gêne, les mains dans le dos.

Elle sentait le rouge lui brûler les joues.

- Vous avez... quelques courses à faire, n'est-ce pas ?

- Oui, se reprit-il avant de s'avancer à son tour.

Sa voix était stoïque, comme à son habitude, pourtant Megumi était certaine que si elle reprenait la parole, elle bégayerait comme jamais...

Elle sourit, intimidée et le suivit à travers la ville tandis que le vice-commandant faisait ses quelques emplettes.

C'était la première fois que Megumi prenait réellement le temps d'observer ce monde auquel elle allait désormais devoir s'habituer.

Son regard s'arrêtait sur les savons, les légumes et les échoppes remplies de babioles en tout genre.

Elle ne s'y habituerait jamais...

Tout ceci lui paraissait si irréel.

- As-tu froid, Megumi ? S'enquit soudain Eisuke. Il fait un peu frais aujourd'hui.

- Non, pas vraiment... Comme nous marchons beaucoup, je ne m'étais pas du tout rendu compte que...

Soudain, Megumi cessa net le pas, et Eisuke, qui marchait juste derrière elle, lui rentra dedans accidentellement.

Par réflexe, il la rattrapa avant qu'elle ne s'écroule sur le sol, mais celle-ci continuait de fixer un point bien précis à leur droite, comme hypnotisée.

Eisuke suivit son regard et tressaillit à son tour.

Entre deux maisons, dans une ruelle étroite et sombre, à l'abri des regards, se trouvait une jeune femme très sensuelle, adossée contre le mur, tandis qu'Hayate l'embrassait langoureusement, en baladant ses mains sur elle, un sourire irrésistible au coin des lèvres.

Megumi eut la sensation de voir le monde s'écrouler autour d'elle.

Une petite voix lui hurlait de se reprendre, de continuer son chemin et d'avancer comme si de rien n'était, mais elle ne contrôlait plus rien.

Elle se sentait complètement happée par la douleur que provoquait en elle cette vision.

Hayate enroula une mèche de ses longs cheveux cuivrés entre ses doigts, avant de lui susurrer des mots à l'oreille, la jeune femme gloussa en levant le visage vers le ciel et le capitaine s'apprêtait à l'embrasser dans le cou lorsqu'il réalisa qu'ils étaient observés.

Étrangement, il ne sembla ni étonné ni mal à l'aise.

Il ne les regarda qu'une seconde avant de poser de nouveau son regard sur la jeune femme comme si de rien n'était.

L'inconnue passionnée se hissa sur la pointe des pieds et plaqua ses lèvres sur les siennes, Hayate répondit à son baiser en souriant sournoisement avant de balayer l'air de la main, l'air de dire « Allez, du vent, vous gênez !».

- Allons-y, Megumi, pesta Eisuke, contrarié et écœuré, en attrapant la jeune femme par les épaules pour la forcer à s'avancer.

Elle se laissa faire, en silence, le regard perdu dans le vague.

Elle avait l'impression de voir le monde tourner. Son cœur déjà en miette depuis cette fameuse nuit, brûlait comme animé par le besoin de disparaître.

Elle avait mal à en crever...

- Megumi... ?

Une fois qu'ils furent suffisamment loin, il s'arrêta dans un coin tranquille de l'allée principale.

Les mains douces d'Eisuke sur ses épaules la relâchèrent avec douceur et la jeune femme cligna des yeux pour s'efforcer de reprendre ses esprits.

« Plus tard !! Plus tard !! Tu y repenseras plus tard ! »

Elle plaqua un sourire forcé sur son visage figé tandis que le vice-commandant la contournait pour lui faire face.

- Tout va bien ? S'enquit-il avec inquiétude.

- Bien sûr, pourquoi ça n'irait pas ? Rit-elle avec bien trop d'entrain. Bien ! Allez, continuons !

Sur ces mots, elle passa devant lui et s'avança d'un pas bien trop rapide en tentant d'effacer l'image du regard brûlant de désir d'Hayate.

Le même qu'il avait posé sur elle à de nombreuses reprises...

Malgré son rejet, elle avait toujours pensé être quelqu'un d'un peu spécial pour lui, mais elle venait de comprendre qu'elle n'avait été qu'un énième trophée sur son tableau de chasse.

Il s'était servi d'elle. Il l'avait séduite pour s'amuser.

Elle avait si mal et honte qu'elle voulait mourir.

Des larmes coulèrent violemment à grosses gouttes et elle se mordit la lèvre jusqu'au sang pour se calmer.

En vain...

- Megumi ? Fit Eisuke dans son dos.

Elle se maudit et tenta désespérément de se reprendre mais il accéléra soudain le pas et se dressa devant elle pour lui barrer la route.

« Mince ! »

Megumi s'empressa de cacher son visage décomposé derrière ses mains en serrant les dents de rage.

- Pardon... Je... Je vais vite me reprendre ! Je suis désolée !! S'exclama-t-elle, honteuse.

- Megumi... souffla-t-il en posant son sac sur le sol.

- Je suis désolée, ça va passer ! C'est juste... La fatigue ! Je vais me repr...

Un sanglot l'interrompit et elle se sentit incapable de parler. Encore moins de reprendre le contrôle de ses émotions.

Elle pleurait bruyamment, sans retenue, comme l'aurait fait une petite fille.

Son cœur cognait contre sa poitrine avec la même brutalité qu'un coup de poing, sa souffrance était sans fin...

- Je... suis désolée... couina-t-elle difficilement en croisant son regard impuissant à travers ses larmes.

Elle avait si honte de se laisser ainsi aller devant lui...

- Bon sang, Megumi, cesse de t'excuser ainsi... souffla-t-il.

La jeune fille se figea lorsqu'elle sentit soudain ses bras doux et réconfortants l'enlacer avec tendresse.

Cet homme si froid et distant venait de la prendre dans ses bras...

C'était si inattendu.

Ce geste l’acheva pour de bon, et elle s'accrocha désespérément à la tenue du vice-commandant, près de son cœur, avant de se laisser enfin aller...

L'image d'Hayate et de cette femme la hantait, la meurtrissait, la charcutait...

Ce geste de la main lui disant « Dégage, tu déranges ! » était probablement le pire...

Elle ne pensait pas pouvoir le haïr davantage, surtout après la façon dont il l'avait traitée quelques jours plus tôt, pourtant, il avait réussi à faire gonfler sa haine comme jamais.

Elle le haïssait autant qu'elle l'adorait, et ce constat la détruisait tellement qu'elle ne désirait plus qu'une chose : le détruire en retour.