Akai ito
livre 1

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Chapitre 14

Megumi ne sut combien de temps, elle resta ainsi, cachée dans l'ombre de la ruelle, à attendre qu'Hayate ne se décide à sortir de cette auberge.

Mais au bout de quelques heures à surveiller la porte d'entrée, elle abandonna peu à peu l'idée de voir Hayate sortir soudain en catastrophe, inquiet de ne plus la voir s'amuser à l'intérieur...

Sa nausée ne s'était toujours pas calmée, sa migraine était atroce, et son esprit avait dû se repasser une bonne centaine de fois la scène d'Hayate et de cette femme, en boucle.

Elle ignorait pourquoi elle en souffrait tant.

Elle le connaissait à peine...

- Je suis... pathétique, soupira-t-elle, le regard perdu dans le vague.

Elle passa sa main dans ses cheveux et un frisson de dégoût la parcourut, tandis qu'elle revoyait en pensée l'instant où son agresseur lui avait léché le cou.

Cette horrible sensation refusait de disparaître.

« Quelle horreur... »

Elle avait eu de la chance d'être tombé sur un violeur visiblement écœuré par les femmes.

L'idée de perdre sa virginité entre deux murs avec un type de son espèce lui donnait des sueurs froides, et la jeune fille se sentit de moins en moins capable de quitter sa cachette.

Plusieurs fois dans la soirée, elle avait été tentée de rentrer seule, mais elle était si terrifiée à l'idée de refaire une mauvaise rencontre qu'elle avait préféré attendre Hayate.

Mais il l'avait manifestement oubliée...

Il était bien trop « occupé » pour se préoccuper d’elle.

Elle pesta en se maudissant pour sa faiblesse.

Dans son monde, elle avait appris à vivre seule, sans la protection de ses parents, alors elle avait naïvement pensé faire partie de la catégorie des femmes fortes et courageuses, mais elle réalisait à présent, à quel point elle s'était trompée...

Elle en prenait cruellement conscience tandis qu'elle restait en boule, derrière cette caisse en bois moisie, à trembler de peur à l'idée de tomber sur un agresseur qui irait jusqu'au bout, cette fois.

Elle se mordilla la lèvre pour ne pas pleurer, puis, lorsque l'aube commença à montrer le bout de son nez, elle se décida enfin à rassembler le peu de courage qui lui restait... avant de fuir, à toute vitesse, le plus loin possible de cette auberge de malheur.

Elle ne pensait pas avoir ce type de pensée, un jour, mais elle désirait à présent plus que tout, retrouver rapidement le confort et la sécurité de sa petite chambre.

Elle le désirait presque autant que de retrouver son monde, alors elle se mit à courir deux fois plus vite.

Mais, épuisée, elle finit par s'étaler de tout son long pendant sa course, et la jeune fille se sentit plus minable que jamais...

« Bon sang, ce n'est pas vrai... »

Elle s'était éraflé les paumes, et la mâchoire jusqu'au sang.

Ce n'était décidément pas sa soirée...

Les larmes coulaient sur ses joues tandis qu'elle se relevait difficilement, les jambes tremblantes.

« Allez, courage, ce n'est rien... »

« Rien du tout... »

Elle s’avança d’un pas et réalisa brusquement qu'elle s'était également faite mal au genou et à la cheville de la jambe gauche.

Elle se mit alors à boiter, jusqu'à l'allée principale, le regard hagard et l'esprit embrumé par toutes ses mésaventures et l'alcool qu'elle avait ingurgité.

Sa tête lui faisait un mal de chien, et Megumi espéra que la douleur n'avait rien à voir avec sa blessure au crâne.

Le camarade d'Hayate l'avait cogné contre le mur en la repoussant...

- « La meilleure soirée de ma vie », marmonna-t-elle, le cœur lourd, c'est ça, ouais...

C'était probablement le karma. La jeune fille avait commis deux erreurs, elle en subissait à présent les conséquences.

« Je suis sorti en cachette, en pleine nuit, avec un homme peu fréquentable et j'ai bu de l'alcool ».

« En fait, si je compte bien, c'est plutôt trois erreurs » rectifia-t-elle, dépitée.

- Bon sang, ma tête...

La jeune femme leva les yeux en espérant être parvenue à se rapprocher un peu de l'avant-poste, et son cœur manqua un battement en apercevant trois silhouettes au loin.

L'allée était déserte et ils allaient bientôt se croiser...

- Mon Dieu, non... s'affola-t-elle en baissant ses yeux terrorisés vers le sol.

Son cœur battait à tout rompre, elle serra la cape d'Hayate contre elle, et accéléra le pas, en espérant passer sans se faire remarquer, mais elle boitait tellement qu'il lui était impossible de ne pas attirer l'attention.

« Mon Dieu, protégez-moi, protégez-moi ! Je vous en supplie ! ».

« Et je vous jure de ne plus jamais me comporter de cette manière ! ».

« Plus jamais ! Plus jamais ! »

Elle passa devant le petit groupe, en retenant son souffle, les yeux figés sur le sol.

- Megumi ? Retentit soudain une voix dans son dos.

Elle sursauta et se tourna si vivement qu'elle faillit perdre l'équilibre.

Aussitôt, la jeune fille reconnut cet air austère et strict, et elle crut s'évanouir de soulagement.

Eisuke la toisait sévèrement, de la tête aux pieds, accompagné de deux soldats qu'elle n'avait jamais vus.

- Oh mon Dieu... soupira-t-elle soulagée, vice-commandant...

- Puis-je savoir ce que tu fais dehors, et en pleine nuit, vêtue de la sorte ? Demanda-t-il d'une voix un peu trop calme.

Megumi savait qu'elle devait réfléchir à une excuse, mais elle était si bouleversée qu'elle était surtout occupée à contenir sa crise de larmes imminente.

- Je... bégaya-t-elle

Son corps se mit à trembler et la jeune fille réalisa seulement à cet instant, à quel point, elle avait froid.

- J'étais en train...

Elle se mordilla la lèvre en fermant les yeux. Que pouvait-elle lui dire ?

La vérité ?

Oui, c'était tout ce qu'Hayate méritait pour l'avoir traitée de la sorte.

Akihoshi allait assurément être furieux de savoir qu'il avait mis en danger leur jeune et si fragile invitée.

Mais après réflexion, elle préféra s'abstenir.

Elle n'était pas fourbe, elle valait bien mieux que cela.

Et Hayate allait assurément se sentir bien plus honteux si elle ne le trahissait pas.

« D'autant plus qu'il a noté mon nom dans le registre, alors... nous serons quittes si je garde le silence ».

- J'attends, fit Eisuke d'une voix stoïque, mais qui menaçait de perdre patience.

Megumi se mordilla la lèvre et secoua la tête, honteuse.

- Je... Je suis désolée, dit-elle d'une toute petite voix.

- Je ne te demande pas de t'excuser, mais de me fournir une explication.

Épuisée, et effrayée à l'idée de subir son courroux, Megumi recula instinctivement d'un pas en secouant la tête.

- Je... pardon, j'avais seulement envie... de sortir un peu, murmura-t-elle.

La jeune lycéenne se contenait, mais elle était véritablement à deux doigts de fondre en larmes.

Eisuke la dévisagea avec sa sévérité habituelle, puis il soupira d'impatience.

- Tu ne me diras donc pas où il se trouve ?

C'était davantage une affirmation qu'une question.

Megumi continua de fixer le sol, de peur qu'il ne lise la réponse dans son regard.

« Il ? »

« Il parle d'Hayate ? Il a donc bien remarqué notre absence... »

« Ça explique sa présence dehors, à cette heure... »

Elle se mordilla la lèvre presque jusqu'au sang tandis qu'Eisuke se tournait vers ses hommes.

- Continuez de chercher et ramenez-le si vous parvenez à le trouver. S'il refuse ou qu'il s'amuse à vous renvoyer au domaine, n'insistez pas, leur intima-t-il, préférant visiblement rester sur ses gardes.

Megumi revit alors en pensée le Hayate fou et sanguinaire qu'elle avait aperçu sur le champ de bataille, lors de son arrivée dans ce monde, et elle comprit aussitôt la prudence du vice-commandant.

Cet homme était bien trop imprévisible.

Les soldats s'inclinèrent devant lui, et continuèrent leur route tandis qu'Eisuke se tournait de nouveau vers Megumi, le visage imperturbable.

Il la regarda pendant un instant avant d'ajouter d'une voix un peu moins stricte :

- Je sais que c'est lui qui t'a fait sortir, alors tu n'as pas besoin de le couvrir.

Megumi baissa davantage la tête, en espérant qu'il mette vite un terme à son interrogatoire.

- Et visiblement, tu n'as pas passé un très bon moment, alors... raconte-moi tout et il sera sanctionné.

Elle secoua de nouveau la tête, en grimaçant, tandis qu'elle peinait de plus en plus à contenir cette boule qui lui montait à la gorge.

- Megumi, s'il t'a fait quoi que ce soit, tu dois me le dire, insista-t-il.

- Non, ce n'est pas lui, gémit-elle tandis qu'un premier sanglot la secouait.

Eisuke la dévisagea calmement en s'approchant d'un pas.

- Qui est-ce, dans ce cas ?

- Personne, c'est personne, s'il vous plaît ! Explosa-t-elle enfin pour de bon.

Elle enfouit son visage dans ses mains et éclata en sanglots, sous le regard froid d'Eisuke qui continuait de la fixer intensément de ses yeux sombres, comme pour lire en elle.

- S'il vous plaît... Je suis désolée... Je suis vraiment désolée d'être sorti en cachette au milieu de la nuit, sanglota-t-elle comme une fillette, c'était une immense bêtise, et je ne recommencerai plus... Je suivrai vos règles durant le reste de mon séjour ici, je vous le promets alors, je vous en prie...

Elle émit un hoquet sonore qui surprit le vice-commandant.

- Je... bégaya-t-elle entre deux sanglots. Je veux juste rentrer...

Les bras croisés, Eisuke la regarda d'un air ennuyé, puis il soupira lourdement, avant de se tourner en direction du domaine.

- Bien, nous en reparlerons plus tard, rentrons.

Megumi renifla misérablement dans sa manche et hocha la tête avant de faire un pas dans sa direction, mais, sans savoir pourquoi, ni comment, elle s'étala (une deuxième fois) de tout son long, aux pieds d'Eisuke, qui clignait des yeux d'un air sidéré.

« Non, mais... je rêve là !! »

- Tu n'es pas blessée ? S'enquit-il, un peu surpris, en se penchant pour l'aider.

Rouge de honte, Megumi saisit ses mains et se redressa en ravalant les nouvelles larmes qui débordaient de ses yeux.

- Merci...murmura-t-elle, je suis désolée, ce n'est décidément pas ma soirée.

Elle pouffa de rire pour dédramatiser et essuya ses larmes avec ses manches.

Eisuke la regarda du coin du l'œil pendant un instant, puis il lui présenta son bras, en regardant ailleurs, l'air un peu embarrassé.

- Appuie-toi, dit-il d'une voix froide malgré la chaleur de son geste. Nous rentrons…

 

 

* * *

 

 

- Assied-toi là, fit Eisuke d'une voix blanche.

Megumi se retrouva dans une petite pièce sombre. Une forte odeur de plantes séchées lui vint aux narines et elle grimaça en fronçant du nez.

Des étagères étaient disposées contre les murs et regorgeaient de fioles et de flacons de toutes les formes.

« Je suppose que c'est l'infirmerie » devina-t-elle en le voyant ouvrir la porte extérieure afin d'éclairer la pièce.

- Bien, montre-moi tes blessures, maintenant, dit Eisuke en plongeant ses mains dans un grand bol d'eau.

- Oh euh, ce ne sont rien que des... égratignures, balbutia-t-elle en réalisant brusquement que sa paume saignait plus qu'elle ne l'avait pensé.

Le visage toujours indéchiffrable, Eisuke ouvrit une boîte et attrapa un tissu propre avant de l'imbiber du liquide contenu dans une fiole bleue.

Il s'approcha d'elle et observa sa plaie au niveau de la mâchoire avant de commencer à la nettoyer.

Megumi écarquilla les yeux, surprise par l'intense sensation de brûlure.

- Oui, ça pique un peu, supporte-le, dit-il impassible.

Mais c'était bien trop insoutenable, elle avait l'impression qu'une flamme lui rongeait l'os.

- N... Stop ! Gémit-elle en attrapant son poignet pour tenter de l’éloigner. Ce n'est pas nécessaire, ce n'est qu'une petite égratignure de rien du tout !

La jeune fille sentit son cœur se serrer d'angoisse tandis qu'il levait un regard lourd vers elle.

Il aurait visiblement désiré faire autre chose que perdre son temps ici, avec elle, à une heure pareille...

Il soupira, l’air un peu las.

- Tu es une fille, lui rappela-t-il à voix basse. Et une fille n'est pas censée avoir de cicatrice, encore moins au visage…

« Hein ? Ah bon ? »

Elle déglutit difficilement, son regard était calme et froid, pourtant, contrairement à d'habitude, il ne semblait plus la considérer comme une ennemie.

Malgré sa présence dans le registre, il n'avait jamais cessé de se méfier d'elle, mais la voir dans un état si pitoyable l'avait visiblement libéré de quelques-uns de ses doutes.

Elle grimaça lorsqu'il appuya de nouveau le tissu contre sa mâchoire et réalisa, non sans surprise, qu'elle n'avait plus si mal qu'au départ.

Il l'inspecta une dernière fois, puis, satisfait, il baissa les yeux vers sa main ensanglantée.

Elle frissonna en sentant les doigts glacés d'Eisuke saisir délicatement son poignet, et un gémissement de douleur lui échappa lorsqu'il nettoya la plaie.

- Vas-tu finir par me dire qui t'a blessée ainsi ? Dit-il enfin, brisant le silence. Il est inutile de le couvrir de toute façon, il sera sanctionné quoi qu'il arrive.

- Ce n'est pas lui qui m'a blessée...

« Du moins, pas physiquement... »

Elle détourna les yeux et fixa le vide, pour contenir les larmes qu'elle ne voulait plus verser.

Elle avait déjà bien trop pleuré...

- Je me suis retrouvée seule à un moment, continua-t-elle d'une voix tremblante. J'ai fait une mauvaise rencontre, et je suis tombée en prenant la fuite... C'est tout.

Eisuke leva un regard intrigué mais imperturbable vers elle, avant de baisser de nouveau les yeux vers la plaie qu'il terminait de désinfecter.

- Tu saurais me le décrire ? S'enquit-il en lui confectionnant un petit bandage.

Elle secoua aussitôt la tête, et il la regarda du coin de l'œil.

Il était inutile de le dénoncer. Il n'avait pas eu le temps de lui faire grand-chose de toute façon…

Elle voulait juste oublier très vite toute cette histoire.

- Il faisait noir et... je dois avouer que j'avais un peu bu, avant que ma soirée ne dégénère, alors...

Il ferma brièvement les yeux, comme s'il désapprouvait intérieurement son comportement, et pour une raison qui lui échappait, la jeune fille se sentit attristée à l'idée qu'il puisse mal la juger.

- Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, ajouta-t-elle en riant nerveusement, c'est la première fois de ma vie que je fais ce genre de... folie. Enfin, je crois, s'empressa-t-elle d'ajouter. Comme j'ai perdu la mémoire, je ne suis plus sûre de rien, ha ha, qui sait ? Peut-être que c'est ma véritable personnalité qui a refait surface ! Ha ha, (Elle sursauta et secoua la tête) euh mais qu'est-ce que je raconte ?! Pas du tout, ce n'est pas moi, ce n'est pas du tout moi ! Ça ne peut pas être moi ! C'est vrai, c'est même tout sauf moi...

Eisuke noua le bandage et Megumi crut déceler l'ombre d'un sourire sur son visage.

Ou peut-être avait-elle rêvé...

- Désolée, j'arrête de parler, c'est mieux... marmonna-t-elle en récupérant enfin sa main.

Eisuke recula d'un pas et baissa les yeux vers ses jambes.

- Tu t'es tordu la cheville, en tombant ? S'enquit-il.

- Euh... hésita-t-elle, oui, je crois...

Il releva les yeux vers elle et s'avança d'un pas.

- Tu permets que j'y jette un œil ? Je peux faire venir le médecin si tu préfères.

- Oh euh... Non, je vous en prie, dit-elle après une courte hésitation.

Mais lorsqu'il s'accroupit devant elle, la jeune fille commença presque à regretter, et son cœur s'affola tandis qu'il la débarrassait de sa chaussure avec douceur.

Sentir ses doigts froids contre sa cheville endolorie lui fit soudain tant de bien qu'elle en eût la chair de poule.

- As-tu mal lorsque je la manipule ? Demanda-t-il en remuant doucement sa cheville.

Elle secoua la tête en se mordillant la lèvre.

Embarrassée, elle sentit une boule se former dans sa gorge. Elle l'avala difficilement.

- Bien, ce n'est qu'une légère foulure, conclut-il en attrapant un flacon à sa portée, au niveau de l'étagère la plus basse.

Il appliqua ensuite une étrange mixture, semblable à une crème, le long de sa cheville.

- L'odeur est un peu incommodante, la prévint-il, Mais c'est très efficace.

Megumi se pencha et pouffa de rire en respirant l'odeur de la mixture.

- Effectivement ! Ça sent les pieds, s'amusa-t-elle, c'est marrant qu'une crème pour les pieds sente les pieds.

Il eut l'air agacé et soupira d'impatience.

- Ce n'est pas une crème pour les pieds, mais du Hukhole. C'est pour guérir les foulures et apaiser les hématomes.

- Ah ! Pardon, grimaça-t-elle en se redressant, j'avais dit que j'arrêtais de parler...

Il se redressa en refermant le flacon, et Megumi vit enfin clairement un petit sourire passer sur son visage.

Elle cligna des yeux, comme pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas, mais il avait déjà repris son expression habituelle.

Il s'avança vers l'étagère, et dans la lumière vive du soleil matinal, il lui parut soudain plus humain que jamais.

Elle avait tendance à oublier ce détail, avec ce visage froid et inexpressif qu'il arborait en permanence.

- As-tu mal ailleurs ? S'enquit-il.

- Euh, non... ça va.

« L'autre fou m'avait cogné la tête, mais ça a l'air d'aller mieux »

- Bien, dans ce cas...

Il saisit une petite boîte et la posa sur la table.

- Voici un nécessaire à couture, dit-il froidement, je te laisse raccommoder le pantalon que tu as déchiré, nettoyer l'ensemble et le rendre au soldat Kakuzo.

Elle haussa les sourcils et le regarda quitter la pièce un peu surprise.

Hayate avait donc bien volé la tenue de quelqu'un...

Elle pinça les lèvres, de nouveau embarrassée.

- Bien... je m'en occupe. Désolée...

 

 

* * *

 

 

- TU TE FICHES DU MONDE, HAYATE !

Megumi se réveilla en sursaut, et se redressa en retenant son souffle.

« Hein ? Qu'est-ce que... ? »

Elle fixa les étagères sans vraiment les voir pendant un instant, avant de baisser les yeux vers le pantalon qu'elle avait commencé à recoudre... avant de s'endormir sur la table comme une masse.

Elle secoua la tête et se frotta les yeux en grimaçant.

La jeune fille s'était rarement sentie aussi épuisée de sa vie, elle peinait à garder les yeux ouverts.

« Je ne me souviens même pas m'être endormie... »

- C'est vraiment tout ce que tu trouves à me dire, mon garçon ?! Aucune excuse ? Retentit soudain la voix d'Akihoshi.

« Ah... !!! AH ?! »

Megumi avait presque oublié la raison de son réveil brutal.

Elle se réveilla pour de bon et se figea sur place en roulant des yeux affolés.

Hayate était rentré...Et il subissait en ce moment même, la colère du commandant.

La jeune femme n'éprouvait aucune compassion pour lui, mais sa conscience lui rappelait qu'elle avait elle aussi fait le mur, et qu'il n'était pas juste de laisser Hayate assumer seul leur bêtise.

« Même si c'était son idée... » se dit-elle avec lassitude, en quittant finalement son siège, tandis qu'Akihoshi continuait de lui crier dessus.

Elle s'avança jusqu'à la salle principale avant de s'arrêter un moment au milieu du couloir. La peur la faisait hésiter...

- Ta punition va être à la hauteur de ta bêtise ! Crois-moi !! S'écria-t-il.

Megumi grimaça, puis, elle prit une inspiration pour se donner du courage et frappa timidement à la porte, avant de l'ouvrir avec précaution.

Hayate était avachi sur sa chaise, face à la longue table, tandis qu'Akihoshi faisait les cent pas, non loin d'Eisuke qui se contentait d'observer la scène, les bras croisés, le dos contre le mur.

- Ma petite Megumi ? S'étonna Akihoshi, dont le visage colérique avait brusquement fondu pour laisser la place à une expression beaucoup plus douce. Que fais-tu ici ?

Un sourire mauvais étira les lèvres d’Hayate, mais il ne lui accorda pas un regard. Quant à Eisuke, il la regardait en fronçant des sourcils, comme pour lui ordonner de repartir.

- Je suis désolée de vous interrompre, mais... je ne trouvais pas cela très juste de le laisser affronter votre colère seul, alors, permettez-moi d'assumer aussi mes erreurs... s'expliqua-t-elle en fermant la porte derrière elle

- Mais... Voyons, Megumi, que veux-tu dire ?! Toi, tu n'as rien à te reprocher !

- J'ai fait le mur, moi aussi... dit-elle sur le ton de l'évidence en s'approchant de la table.

- Mais, c'est parce qu'il t'a embarquée dans ses bêtises ! s'indigna-t-il.

- Certes, mais il ne m'a pas mis le couteau sous la gorge, je suis sortie de mon plein gré, malgré le couvre-feu... Parce que j'avais envie de...

Sa voix se mit à trembler, alors elle prit un instant pour se reprendre, et tripota nerveusement l'une des chaises autour de la table.

- J'avais envie de faire une folie, avoua-t-elle enfin, un peu honteuse. Et de m'amuser, alors j'ai accepté de le suivre, mais... je peux vous assurer que j'ai bien retenu la leçon. Je ne referai plus cette erreur.

Megumi jeta un regard en coin vers Hayate et le surprit en train d’observer le bandage qui entourait son poignet. Il détourna ensuite nonchalamment le visage avec un petit sourire moqueur, et elle ne sut comment interpréter cette expression glaciale...

- Je suis ravi de l'entendre, Megumi, fit Akihoshi. C'était effectivement très téméraire de ta part, et tes regrets me suffisent. En revanche... (il reporta son regard furieux sur Hayate) le problème, c'est que cet imbécile ne semble pas prêt de se remettre en question !

Hayate soupira de lassitude et fit reculer sa chaise afin de poser confortablement les pieds sur la table.

- Capitaine Hayate Masatoshi ! S'indigna Eisuke, en se détachant du mur, les poings serrés.

- Quoi ? S'amusa-t-il, la petite réunion n'est apparemment pas prête de se terminer alors je me mets à l'aise...

- Tes provocations ne vont...

- Calme-toi, Eisuke, l'interrompit doucement Akihoshi. Pour l'heure, ce n'est pas le plus important...

Le commandant posa ensuite un regard furieux mais triste sur le jeune capitaine.

- Hayate, n'éprouves-tu donc aucuns remords ? Demanda-t-il à voix basse, je me fiche que tu aies fait le mur, nous reparlerons de ce détail à un autre moment, mais... À partir de l'instant, où tu as décidé d'embarquer Megumi dans tes frasques, tu es devenu responsable d'elle, tu te devais donc de ne pas la quitter des yeux et de la protéger !

Il leva les yeux au ciel, visiblement lassé de ses leçons de moral.

- Mais c'est ce que j'ai fait, vieux ! Je l'ai travestie pour lui éviter de se faire emmerder !

Megumi vit l'indignation passer dans le regard d'Eisuke, et elle le comprenait...

« C’est le type le plus irrespectueux que je n’ai jamais rencontré ».

- Et pourtant regarde-la ! C'est justement ce qui lui est arrivé pendant que tu traînais je ne sais où, avec je ne sais qui ! S'énerva Akihoshi.

Megumi chassa rapidement de son esprit, l'image de la serveuse se penchant vers l'oreille d'Hayate.

« N'y pense pas. N'y pense plus jamais... »

Hayate haussa les épaules avec indifférence.

- Je n'y peux rien si elle allume les gens...

Un silence scandalisé s'abattit soudain sur la pièce.

Megumi avait eu la sensation de recevoir un coup de poing dans le ventre.

Elle resta un moment bouche bée, à fixer son profil moqueur, sans réellement le voir.

- Là, tu dépasses les bornes, mon garçon... souffla Akihoshi.

- Euh... Je suis désolée, je... balbutia Megumi en se levant d'un bond.

Elle ignorait si c'était la fatigue, les effets de sa première gueule de bois, ou la tension dans la pièce qui la bouleversaient à ce point, mais ses yeux étaient gorgés de larmes.

« Mon Dieu, depuis hier, je ne fais que ça ! Chialer et chialer ! ».

- S'il vous plaît... sanctionnez-moi aussi, mais... Puis-je disposer finalement ? Demanda-t-elle d'une voix qu'elle ne contrôlait plus du tout.

Le visage d'Akihoshi s'attrista en la voyant ainsi, et il lui fit signe de partir.

Elle croisa brièvement le regard froid d'Eisuke, qui luttait visiblement pour ne pas tuer Hayate, puis, elle tourna les talons avant de sortir à toute hâte.

- Tu me fais honte, Hayate... soupira la voix du commandant, une fois qu'elle eut refermé la porte, vraiment honte...

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