Akai ito
livre 1

couverture - Copie_edited.jpg

Chapitre 26

- As-tu mal ailleurs ? Demanda-t-il en terminant le bandage sur son visage.

Megumi, ravala la boule qui lui nouait la gorge et secoua la tête.

Sa cheville était toujours enflée mais elle ne supportait plus cette tension.

Elle avait l'impression de retrouver le Eisuke hostile des premiers jours, et c'était bien trop pesant pour elle...

Elle avait seulement besoin d'être seule.

- Très bien, dit-il. Si tu as la migraine ou autre, fais-moi venir.

Elle hocha distraitement la tête et le regarda du coin de l'œil tandis qu'il rangeait son matériel.

Il devait vraiment beaucoup lui en vouloir pour faire une tête pareille.

- Repose-toi bien, dit-il d'une voix vide avant de quitter la chambre sans un regard en arrière.

Et à la seconde où il ferma la porte, elle enfouit son visage dans sa couverture pour camoufler ses sanglots.

Elle s'était contenue de toutes ses forces, elle était à présent enfin seule et libre de pleurer sans être jugée.

Megumi était si abattue. Entre ses mésaventures et son espoir de rentrer chez elle qui s'était envolé pour toujours, elle se sentait si désespérée qu'elle voulait disparaître.

Ce lieu était devenu sa seconde maison, et voir un Eisuke si froid changeait tout. Elle avait à présent la cruelle impression d'être de trop. De gêner, et de participer à la chute d'Akihoshi...

Elle ne pouvait pas rester ici.

Même si elle n'avait pas d'autre endroit où aller, et qu'elle ignorait encore tout de ce monde, elle devait trouver la force de grandir et de s'assumer.

Elle devait s'en aller !

Soudain, la porte s'ouvrit avec fracas et Megumi sortit brusquement son visage en pleurs de sa couverture.

Eisuke était revenu, légèrement essoufflé, sa boite de soin sous le bras.

Son regard froid était animé par une sorte de colère.

Il la dévisageait sans rien dire et Megumi le regarda en retour pendant un instant avec surprise avant de détourner vivement les yeux.

- Euh... bégaya-t-elle en s'empressant de passer sa main sur son visage pour essuyer ses larmes. Tout va bien ?

Un court silence s'installa et Eisuke le brisa, en lui demandant d'une voix étonnement tranchante malgré le bouleversement qu'elle avait aperçu dans ses yeux :

- Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu étais blessée aux jambes ?

Elle se figea et leva un regard surpris et interrogateur vers le vice-commandant.

Il semblait furieux.

- C'est... Kyosuke qui vient de me demander si ta cheville avait encore gonflé... continua-t-il.

Elle déglutit difficilement et baissa la tête en serrant les dents pour contrôler son envie de pleurer.

Il était revenu trop vite, elle n'avait pas eu le temps de décharger sa douleur sur sa couverture.

- Pardon... C'est juste... que je ne voulais pas vous déranger, murmura-t-elle.

- Me déranger ?! S'étonna-t-il, outré en refermant la porte derrière lui. Par l’Unique, mais Megumi...

Il pesta, ravalant la fin de sa phrase et s'installa de nouveau près d'elle en posant sa boite de soin sur le sol.

Megumi passa la main sur son visage d'un air embarrassé. Elle se sentait un peu honteuse à présent.

Il se redressa et leva un regard interrogateur et hésitant vers la jeune femme.

- Puis-je ?

Megumi sentit son cœur rater un battement à l'idée de lui dévoiler ses jambes, mais elle prit sur elle pour cacher son élan de pudeur et sortit de ses couvertures avant de se tourner vers lui.

Le visage indéchiffrable, Eisuke retroussa doucement les bas de sa robe, et Megumi sentit son cœur s'emballer pour de bon tandis que le rouge lui montait aux joues.

Le visage d'Hayate lui traversa l'esprit et elle s'empressa de le chasser.

Les mains froides d'Eisuke sur sa jambe la firent frissonner, elle se mordilla la lèvre pour cacher son embarras.

Si le médecin de la dernière fois était venu la soigner, elle n'aurait pas été aussi gênée...

Mais Eisuke l'impressionnait tant.

Son charisme et sa présence occupaient l'espace, elle se sentait comme un petit insecte insignifiant lorsqu'il posait son regard froid sur elle.

- Comment as-tu pu ne rien me dire ? Soupira-t-il, agacé en fouillant sa boîte. Ce genre de blessure ne doit pas être prise à la légère !

Elle retint une grimace et garda le silence tandis qu'il revenait vers elle avec un petit flacon.

- Je ne voulais pas vous importuner... répondit-elle.

- Eh bien, c'est réussi, marmonna-t-il avec ironie.

Megumi leva un regard hésitant vers lui avant de regarder de nouveau ses doigts.

Ils étaient doux, longs, fins... et d'une blancheur pure. Elle n'avait jamais vu de mains d'hommes aussi belles et harmonieuses...

Rien à voir avec celles d'Hayate, qui elles, étaient larges, puissantes, rugueuses, un peu veineuses...

Elle s'empressa de chasser les images torrides qui lui venaient à l'esprit.

« Bon sang ! Je ne veux plus penser à lui ! »

- Tes pieds aussi sont dans un sale état... observa-t-il en les manipulant. Tu as dû courir pieds nus pendant un bon petit moment...

- Euh oui... balbutia-t-elle. Il y avait pas mal de rochers et... comme il faisait noir, je ne pouvais pas trop les éviter.

Eisuke appliqua un onguent sur les multiples coupures et gonflements, après les avoir désinfectés avec le contenu d'un flacon bleu nuit.

Puis il banda ses pieds avec une telle douceur que Megumi en versa une larme...

Après toutes les cruautés qu'elle avait subies, elle avait l'impression d'être devenue sensible au moindre geste de gentillesse.

- Je suis désolé pour tout à l'heure... murmura-t-il en terminant le bandage. Je ne voulais pas me montrer si virulent, mais... te voir revenir dans cet état m'a tant accablé que j'ai perdu le contrôle de mes paroles...

Megumi leva un regard surpris vers lui et son cœur rata un battement.

- H... Hein ?

« C'était... juste pour ça ? »

- Mais... Et pour le commandant ? Vous ne m'en voulez pas ? Demanda-t-elle d'une voix tremblante.

- Le commandant ? Pour quelle raison ?

Ses yeux sombres lui firent perdre ses moyens, elle rougit et baissa la tête pour éviter son regard.

- Non, pour rien, pardon...

Pouvait-il sentir son pouls affolé juste en tenant sa cheville ?

Cette idée la mettait terriblement mal à l'aise.

- Te sens-tu... responsable de la décision que semble vouloir prendre le commandant ? Demanda-t-il sans quitter son visage du regard.

Megumi resta stoïque pour ne pas se trahir et Eisuke soupira en reposant ses jambes avec douceur sur le futon.

- Ce n'est pas uniquement à cause de ton enlèvement qu'il songe à abandonner... dit-il doucement. Il encaisse les coups bas depuis un bon moment déjà.

- Oui mais... il n'avait jamais parlé de partir jusqu'à aujourd'hui, non ? Dit-elle d'une voix tremblante.

- Il ne partira pas, lui assura-t-il en posant doucement la couverture sur elle. Pour le moment, il est bouleversé et en colère, mais une fois que le brouillard sera passé, il comprendra qu'il ne peut abandonner sa place.

Il releva le visage vers elle et lorsqu'un sourire doux et rassurant étira ses lèvres, Megumi sentit son cœur bondir tandis que les images de l'apparition de la sorcière dans ses rêves lui revenaient à l'esprit.

Celui que tu recherches a la peau aussi blanche que la neige, des cheveux longs aussi sombres que la nuit, et un sourire d'une douceur sans pareille. 

Megumi ne s'était jamais vraiment arrêtée sur les propos de la sorcière peu avant d'arriver dans ce monde.

Elle avait été trop occupée à gérer le choc de s'être retrouvée du jour au lendemain si loin de chez elle...

Mais elle se souvenait à présent de la légende du fil rouge qu'elle lui avait contée.

Elle se souvenait également avoir été envoyée ici pour rencontrer son destin...

Le visage d'Hayate lui traversa l'esprit, encore et encore.

Tu t'es rapprochée de la mauvaise personne, ma petite... 

Elle avait fait ce rêve juste après avoir passé la nuit dans les bras d'Hayate...

« Mais... Mais alors... ?! »

Elle le dévisagea intensément et devint soudain si rouge qu'Eisuke le remarqua et rougit légèrement à son tour.

- Megumi ? Hésita-t-il.

Celui que tu recherches a la peau aussi blanche que la neige, des cheveux longs aussi sombres que la nuit, et un sourire d'une douceur sans pareille. 

- Mais... What the fuck ?! S'étouffa-t-elle, sidérée.

- Pardon ?

 

 

* * *

 

 

La lune ronde, pleine et scintillante filtrait à travers la porte entrouverte.

Ilias dormait depuis un moment.

Megumi n'entendait plus que les bruits de pas silencieux des soldats chargés de protéger le domaine durant la nuit.

Malgré son épuisement, la jeune femme sortit de son futon et se traîna jusqu'à la porte avant de l'ouvrir totalement, le regard vide.

Grelottante, enroulée dans sa couverture, elle regrettait déjà la chaleur de son futon, mais elle avait passé la soirée à dormir, alors elle avait besoin de prendre un peu l'air.

Ses pieds ne lui faisaient quasiment plus mal, mais sa cheville était toujours douloureuse.

Elle lâcha un soupir et appuya sa tête contre la porte, en fixant la pleine lune, le regard sans vie...

« Cette fois, ça y est... »

« Je ne pourrai plus jamais rentrer chez moi... »

Ces heures de somnolences agitées avaient marqué ses yeux de sombres cernes.

Elle était épuisée, mais elle ne pouvait plus fermer l'œil sans voir Hayate la noyer.

Hayate...

Megumi entendit de nouveau la voix de la sorcière, et le visage d'Eisuke lui apparut.

Son regard indéchiffrable, sa silhouette gracieuse, son doux sourire...

La jeune femme sentit alors un frisson lui parcourir l'échine et un nœud se former au creux de son estomac.

Prise d'un profond malaise, elle avait la sensation d'être avalée par les ténèbres.

La lune lui brûlait les yeux, comme pour mieux lui rappeler sa malédiction...

Eisuke.

Si la légende disait vrai, elle était donc destinée à partager sa vie avec le vice-commandant ?

Cette idée la perturbait et la faisait rougir en même temps.

À la minute où elle avait fait leur rencontre, elle avait immédiatement éprouvé une puissante et déroutante attirance envers Hayate.

Un sentiment inexplicable et brutal qui s'était renforcé alors qu'elle s’était donnée à lui dans la chapelle abandonnée...

Eisuke l'avait impressionnée d'emblée grâce à son charisme naturel, mais elle ne l'avait jamais regardé de cette manière.

« Du moins... Je ne le pense pas » hésita-t-elle en se remémorant leurs premières discussions.

À présent qu'elle les connaissait mieux, il était clair qu'Eisuke lui correspondait beaucoup plus.

Elle avait toujours aimé les hommes matures, réfléchis, responsables, doux et bien élevés.

Hayate était l'exact contraire de lui.

Il était impulsif, égoïste, arrogant et terriblement méchant.

Le souvenir de son rejet lui avait laissé une profonde blessure sur le cœur. Le simple fait de repenser à ses paroles cruelles suffisaient à la briser de nouveau.

Megumi.

Ce n'était que de la baise...

Ne me dis pas que tu l'as pris au sérieux ?

Ces mots raisonnaient en elle et atteignaient son cœur comme des flèches empoisonnées, le saignant à blanc.

Elle se mordilla la lèvre en passant sa main sur ses larmes.

Lorsqu'elle se repassait la scène, elle tentait toujours de trouver une explication logique à cette nuit-là.

Megumi avait reçu une éducation particulière, et elle avait toujours rêvé de vivre sa première fois avec un jeune homme beau et gentil qui l'aimerait à en mourir, comme dans tous ces livres à l'eau de rose qu'elle avait dévorés.

Alors elle ne comprenait pas comment Hayate était parvenu à la faire sienne si facilement.

Il lui avait suffi d'un baiser enflammé et de quelques caresses pour lui faire perdre le contrôle d'elle-même.

Comment était-ce possible ?

Elle pesta et se maudit pour sa faiblesse tandis que sa voix continuait de la hanter.

Megumi.

Megumi.

Il ne l'avait jamais appelé par son nom complet jusqu'à ce fameux matin où il l'avait rejetée.

Ce surnom qu'elle avait pourtant toujours détesté lui manquait cruellement...

Elle repoussa cette pensée avec rage.

Après une telle humiliation, comment pouvait-elle encore penser à lui de cette façon ?

Elle devait l'effacer.

Le faire disparaître de son esprit et de son cœur.

Elle prit une inspiration et essuya de nouveau ses larmes tandis que son esprit repartait très loin, vers cette ville de Tokyo qu'elle ne reverrait jamais.

Elle pensa aux examens de fin de trimestre qu'elle allait rater.

À ce concert auquel elle ne pourrait plus participer.

À ses plantes qui devaient mourir de soif...

« Mayu a dû les récupérer depuis... » se rassura-t-elle.

« Mayu... »

Sa meilleure amie lui manquait tellement.

Megumi avait tant besoin de se confier à elle, surtout en ce moment.

Entre sa découverte concernant celui auquel elle était soi-disant destinée, et ses sentiments dangereux envers celui qui l'avait brisée, elle n'arrivait plus à réfléchir.

« Au pire, je m'en vais... » songea-t-elle soudain.

« Je peux toujours quitter Ilias et m'installer ailleurs... »

Tout ceci devenait un peu trop difficile à gérer pour elle, alors la fuite semblait être une bonne alternative.

Soudain, Megumi se figea sur place et fixa le vide avec de grands yeux choqués tandis qu'une terrible pensée lui traversait l'esprit.

Elle avait couché avec Hayate...

Et évidemment sans aucune contraception !

Son sang ne fit qu'un tour. Elle avait l'impression que le plancher se dérobait sous ses pieds et qu'elle basculait dans le vide.

- Non... suffoqua-t-elle en posant instinctivement sa main sur son ventre.

Comment avait-elle pu oublier un détail pareil ?

Ses oreilles se mirent à bourdonner tandis que son cœur semblait vouloir sortir de sa poitrine.

« Mon Dieu, qu'est-ce que je vais devenir si jamais... »

Non. Elle ne pouvait pas être enceinte. Certainement pas de lui !

Jamais ! Elle préférait mourir plutôt que de porter son enfant !

- Tout va bien, ma petite Megumi ?

La jeune femme sortit soudain de ses pensées et se tourna vers Akihoshi qui marchait pieds nus, le long du couloir extérieur.

Il lui souriait gentiment, comme à son habitude.

- Oui, je... J'avais juste besoin de prendre un peu l'air, bégaya-t-elle.

- Moi aussi, dit-il avec un sourire attristé. Puis-je me joindre à toi ?

- Bien sûr.

Akihoshi prit place sur le sol et s'adossa contre la porte avant de lever les yeux vers la lune.

Megumi fit alors de même et soupira, le cœur toujours paniqué après la terrible découverte de ce problème supplémentaire.

« Décidément, je les enchaîne en ce moment... » songea-t-elle.

- Daisuke m'a fait un rapport détaillé, tout à l'heure, fit Akihoshi d'une voix lointaine, sans lâcher le ciel des yeux.

Megumi le regarda de nouveau et se sentit attristée par la douleur et la culpabilité qu'elle décelait dans ses yeux clairs.

La jeune femme allait lui demander de cesser de se sentir si coupable lorsqu'elle réalisa brutalement que quelque chose clochait.

Elle se pencha vers lui, profitant de la lumière de la lune pour mieux le voir, puis elle étouffa un cri sidéré derrière sa main.

Où était donc passé son chignon habituel ?!

Où étaient d'ailleurs passés ses cheveux tout court ?!

- Commandant... Vous vous êtes... coupé les cheveux ?!

Il s'était quasiment rasé le crâne. Il n'avait laissé que cinq millimètres de longueur à peine.

Il rit, un peu mal à l'aise.

- Je sais, cela ne me va pas du tout, mais..., plaisanta-t-il en se grattant la tête. Disons que je tenais à ce que tes cheveux restent plus longs que les miens...

- Hein ?!

« Non, mais ce n'est pas vrai... ?! »

« Il a fait ça car il culpabilisait trop... ? »

Megumi se mordilla la lèvre tandis que l'émotion lui montait aux yeux.

- Mais... Purée, qu'est-ce qui vous a pris ?

Il lui fit un sourire bienveillant et posa une main réconfortante sur sa tête.

- Ne t'inquiète pas. Les cheveux repoussent vite...

- Oui mais, ce n'est pas la quest...

Un sanglot l'interrompit presque par surprise et la jeune femme fondit en larmes, le front contre ses genoux frêles.

Elle en avait assez de pleurer.

Comment pouvait-elle encore parvenir à verser des larmes après avoir déjà tant sangloté ?

« Il faut que je m'endurcisse si je veux survivre dans ce monde ! »

- Pardonne-moi, ma petite Megumi... souffla-t-il d'une voix tremblante en appuyant sa caresse sur son crâne. Je suis désolé pour tout ce que tu as traversé...

« Si vous saviez... »

« Mes soucis sont loin d'être terminés... »

Elle serra les dents pour contenir une soudaine nausée, tandis que sa peur d'être enceinte enflait dans son cœur.

Hayate, Eisuke, la bille, ses cauchemars...

« Un problème à la fois », se décida-t-elle en tentant de se reconcentrer malgré ses larmes qui coulaient à flot.

« Demain, je m'occuperai de ce souci en premier. Je sais qu'il y a un genre de pharmacie en ville. Je dois trouver un moyen de m'y rendre sans leur révéler pourquoi. »

Megumi aurait très bien pu en parler à Eisuke, mais elle préférait mourir plutôt que d'assumer ouvertement sa partie de jambes en l'air avec Hayate.

Et lorsque la jeune femme sentit son estomac se nouer à l'idée qu'Eisuke puisse l'apprendre et être dégoûté d'elle, Megumi réalisa qu'elle était peut-être bien plus perdue qu'elle ne l'avait pensé...

 

 

* * *

 

 

Le petit matin était sombre et brumeux.

Megumi n'était pas parvenu à trouver le sommeil car elle n'avait cessé de cogiter et d'espérer trouver une solution rapide à son problème.

Il était hors de question pour elle de tomber enceinte !

Elle devait régler cela au plus vite !

Elle avait besoin d'aller rapidement à la pharmacie pour être fixée.

Elle s'avança à travers le couloir en espérant trouver rapidement l'un des capitaines.

« Il est peut-être encore un peu tôt... »

Mais en arrivant à la cuisine, elle trouva deux soldats et Kenji, qui préparaient visiblement le petit déjeuner.

« Je croyais qu'il était censé resté couché, lui ? Décidément... »

- Bonjour, leur dit-elle.

Les deux soldats se tournèrent vers elle et se mirent aussitôt à rougir en la saluant, avant de s'empresser de se remettre au travail.

Une réaction bien étonnante...

- Kenji, je peux te parler ?

Il haussa les épaules d'un air endormi.

- Bah, vas-y...

Elle attendit et prit un air blasé.

- Je veux dire, en privé... ajouta-t-elle avec impatience.

Il la regarda sans comprendre alors elle lui fit signe de s'approcher avec une grimace embarrassée.

Il soupira et lâcha son couteau à contrecœur avant de se diriger vers elle, en baillant à s'en décrocher la mâchoire.

Une fois arrivés au couloir, Megumi ferma la porte de la cuisine et jeta un regard inquiet autour d'eux.

- Alors ? Tu veux quoi ? Marmonna-t-il.

- En ville, on peut trouver un genre... de « pharmacie », n'est-ce pas ? Chuchota-t-elle.

Il fronça les sourcils sans comprendre.

- Pharma... quoi ?

- Oui, un endroit où on peut acheter des médicaments ou des trucs pour se soigner, tu vois ?

- Ah, un apothicaire ?

- Oui ! Oui exactement, un apothicaire ! s'enthousiasma-t-elle. Il y en a bien un en ville ?

- Évidemment, pourquoi ?

Elle joignit aussitôt ses mains en le regardant d'un air suppliant.

- Emmène-moi là-bas, maintenant, s'il te plait !

- Hein ? Pourquoi moi ? Et pourquoi maintenant ?

- Parce que c'est très urgent et que je tiens à ce que le moins de personnes possible le sache.

- Ouais, mais pourquoi faire ? Si tu as mal quelque part, demande à Eisuke, il a probablement ce qu'il faut.

- Non, je ne veux pas le demander à Eisuke !

- Et pourquoi ça ?

La moutarde commençait à lui monter au nez. Pourquoi lui posaient-ils tous toujours autant de questions ?

- Parce que j'ai un problème avec mes « saignements » ! Grinça-t-elle en lui faisait les gros yeux. Ça te va là ?!

Touché. Il rougit jusqu'à la racine des cheveux et la regarda en écarquillant les yeux.

- Idiote ! Tu n'étais pas obligée de me le dire !!

- C'est toi qui insistes avec tes questions !

- Ouais mais tu pouvais très bien me dire que c'était un truc intime, j'aurais compris !! S'énerva-t-il en rougissant davantage. Ce que tu peux être vulgaire !!

- Bon, tu m'emmènes ou quoi ?!

- Baaah, je n'ai pas trop le choix, non !? Râla-t-il en retournant vers la cuisine. Bon, va t'habiller et attends-moi devant le portail, je fais au plus vite.

- Ok, mais pas dans trois heures, hein ? Marmonna-t-elle. On part tout de suite !

- Bordel, commence pas à me mettre la pression ! S'énerva-t-il à voix basse. Je fais au plus vite, je te dis !

Megumi s'empressa de retourner dans sa chambre sans faire de bruit et enfila des vêtements de ville, avant de vérifier son reflet.

Ses cheveux coupés de travers étaient une véritable catastrophe.

Elle les attacha et enfila sa cape en songeant qu'elle allait devoir faire quelque chose pour arranger cela.

Et à l'instant où elle s'apprêtait à faire un nœud, son regard s'arrêta sur le suçon qui n'avait toujours pas déserté son cou...

Elle déglutit difficilement tandis que la sensation de la bouche affamée d'Hayate lui revenait avec intensité.

C'était comme si sa peau s'en souvenait.

Elle en avait la chair de poule.

Le souvenir de cette fameuse nuit, alors qu'il l'avait emmenée voir les insectes lumineux lui revint également et elle baissa son col...

Elle avait une marque presque violacée sur son décolleté.

Elle l'insulta intérieurement et referma la robe d'un geste brusque.

« Pourvu que ce problème soit vite réglé, que je puisse l'oublier et passer à autre chose ! »

Elle fit un nœud bien serré, attrapa sa besace et sortit par la porte extérieure afin d'éviter d'attirer l'attention.

Elle eut alors la surprise de trouver Kenji devant la grande porte qui tapait du pied avec impatience.

- Tu me presses et c'est finalement toi qui te fais attendre ! S'énerva-t-il. Tu te fous de ma gueule ?!

- Désolée, je pensais que tu mettrais plus de temps, pouffa-t-elle.

Ils se tournèrent vers les gardes qui s'empressaient déjà d'ouvrir la porte.

Kenji les avait visiblement mis au courant de leur sortie.

Il leva la tête vers le sommet de la tour et fit un signe d’un geste paresseux.

Megumi suivit son regard et reconnut aussitôt cet homme qu’elle avait soigné avec Eisuke quelques jours plus tôt.

Il s’agissait de Kei. Le gardien des portes.

Lorsqu’elle croisa son regard, il inclina poliment la tête, alors elle s’empressa d’en faire de même avec un petit sourire poli.

- Allez, on y va… marmonna Kenji en baillant.

- Très bien, dit-elle en le suivant.

Megumi grimaça en sentant une douleur au niveau de la cheville, mais elle prit sur elle pour marcher sans trop boiter.

Kenji sembla le remarquer et marmonna avec mauvaise humeur :

- Franchement, quelle idée... Tu pouvais très bien en parler à Eisuke. Tu n'aurais pas eu besoin de sortir et il s'en serait chargé.

- Je ne veux pas lui en parler, ça m'intimide trop...

- Ah bon ? Et avec moi par contre, ça ne te dérange pas de partager tes problèmes de bonne femme ?! Râla-t-il.

Megumi fit mine de ne pas remarquer son sarcasme et répondit avec bonne humeur.

- Non, j'ignore si c'est à cause de ta petite taille ou de ta manie de râler à tout bout de champ comme une belle-mère, mais je te vois un peu comme une copine.

- CHERCHE-MOI ET JE T'ABANDONNE LÀ ! Explosa-t-il furieux tandis que Megumi riait aux éclats

Il accéléra le pas avec colère tandis que Megumi tentait tant bien que mal de le rattraper.

- Mais allons, je te taquinais, s'amusa-t-elle, tu n'as donc aucun sens de l'humour ?! Allez, quoi, attends-moi !

- Lâche-moi ! Arrête de parler ! Aboya-t-il.

Megumi pouffa de rire. Elle se sentait profondément reconnaissante de pouvoir affronter son problème aux côtés de Kenji.

Lorsqu'il était à ses côtés, elle oubliait presque ses soucis tant l'ambiance devenait légère.

Enfin, au bout de quelques pas, ils se retrouvèrent sur l'allée principale du village qui commençait peu à peu à se réveiller.

Megumi retrouva son sérieux et s'élança vers Kenji pour le rattraper en tachant d'ignorer sa cheville douloureuse.

La brume s'était dissipée, les villageois sortaient de chez eux, prêts à commencer leur journée.

Le soleil chassait la nuit pour de bon.

- C'est ici, marmonna-t-il en s'arrêtant devant une vieille façade en bois. Vas-y, je t'attends là...

Megumi sentit son estomac se nouer, elle déglutit et hocha la tête avant de s'avancer vers l'apothicaire.

Elle poussa une lourde porte, faisant retentir une clochette, et la jeune femme rougit en croisant le regard d'un très vieil homme tout chétif.

Il se tourna vers elle et inclina la tête tandis qu'elle en faisait de même.

- Bonjour, que puis-je pour vous ?

- Euh, je... bonjour, bégaya-t-elle en rougissant. Je viens de la part ... d'une amie, elle m'a demandé de... Enfin, voilà, elle a fait quelque chose avec un homme et...

Elle rougit de plus belle tandis que le vieil homme la fixait de son regard inquisiteur.

Megumi déglutit et tenta de trouver ses mots.

- Mmh, effectivement, en vous regardant, je doute que vous soyez venue pour vous-même, s'amusa-t-il. Laissez-moi deviner, c'est l'une des filles de « l’auberge rouge » qui vous envoie ?

- Hein ?

Mais celui-ci se tournait déjà pour attraper un sachet posé sur l'une de ses étagères.

- Dites-lui de boire ça avec un grand verre d'eau et elle perdra son bébé d'ici ce soir, dit-il en le posant devant elle.

Il était visiblement habitué à ce genre de transaction.

- Oh euh... non, je suis désolée, il y a méprise, elle... Elle n'est pas enceinte, mais elle... a fait ça avec un homme il y a deux jours, alors... Est-ce que vous n'auriez pas... un genre de pilule du lendemain, ou je ne sais pas... enfin là, ça serait plutôt du surlendemain, mais bon...

- Mmh, réfléchit-il. Si c'est si récent, elle n'a donc pas besoin de quelque chose d'aussi fort.

Il reposa le sachet et en prit un autre.

- Elle doit avaler ceci le plus vite possible. Il est possible qu'elle ressente des douleurs pendant quelques heures, mais ensuite, elle sera tranquille.

« Ah bon ? »

« Tout simplement ? »

Megumi était si soulagée qu'elle aurait pu se jeter dans ses bras pour le remercier.

- C'est parfait, merci beaucoup.

- Je vous en prie. Cela fera douze neys, s'il vous plait.

Megumi marqua un temps d'arrêt et le fixa bêtement pendant quelques secondes.

Quelle idiote ! Comment avait-elle pu oublier un détail pareil ?

- Ha ha, euh... je reviens, bégaya-t-elle embarrassée avant de tourner les talons à toute allure.

Elle tira la lourde porte pour sortir et s'empressa de rejoindre Kenji qui l'attendait en baillant paresseusement.

- Prête-moi douze neys, s'il te plait !

Il la regarda d'un air blasé avant de fouiller dans sa poche.

- Ah ouais ? « Prêter » ? Et tu comptes me rembourser avec quoi ? Des poux ?

- Je m'arrangerai, je trouverai un travail, mais je t'en supplie, magne ! Le pressa-t-elle.

Il sortit un porte-monnaie marron et lui donna quelques pièces en soupirant avec lassitude.

- Tu es déterminée à me casser la tête aujourd'hui...

- Je te revaudrai ça, vraiment, tu es le meilleur ! Je retire tout ce que je t'ai dit tout à l'heure, tu es un homme, un vrai ! Un brave gars solide, et fiable !  Tu peux être fier de la personne que tu...

- Bon vas-y là ! Va te payer ta merde ! S'impatienta-t-il.