Akai ito
livre 1

couverture - Copie_edited.jpg

Chapitre 20

Megumi avait le cœur qui battait encore follement tandis qu'elle essayait tant bien que mal de faire ses besoins en s'appuyant contre un arbre.

Le souvenir de ces yeux verts lui brûlaient encore la peau, elle ne parvenait pas à se détendre.

Ce ne fut qu'après une longue lutte contre elle-même qu'elle parvint enfin à se soulager malgré son stress.

Heureusement que la demi-lune brillait suffisamment pour l'éclairer.

Elle évitait d'y penser, mais marcher à travers la forêt en pleine nuit, la faisait trembler d'angoisse.

« Non, non si tu y penses, tu n'arriveras jamais à trouver le courage d'aller jusqu'à la rivière ! »

- J’attrape mes rêves ! Oui, j’attrape mes rêves... chantonna-t-elle en se rhabillant. Je laisse mon âme s’éveiller, les ténèbres sont balayées...

« Bon, au moins, je n'ai pas perdu de sang de la journée, songea-t-elle en jetant un dernier coup d'œil au fin tissu blanc immaculé qu'elle utilisait en guise de serviette, elles n'ont duré que trois jours à peine, je dois être un peu déréglée... »

« En tout cas, je devrais être tranquille maintenant. »

« Enfin une bonne nouvelle... »

Surtout qu'ils n'avaient pas terminé leur recherche, et qu'elle n'avait pas besoin de ces maudites crampes pour la tourmenter !

« Bon, allez, c'est parti... »

Megumi prit une inspiration pour se donner du courage, puis elle marcha en direction de la rivière en continuant de fredonner :

- I’m a king, I’m a boss...

La forêt était si sombre. C'était tellement terrifiant...

- Aaah... grimaça-t-elle avant de reprendre : Et j’attrape mes rêves ! Oui, j’attrape mes rêves...

Heureusement pour elle, la rivière n'était pas très loin.

Elle passa devant quelques arbres volumineux et quelques rochers glissants, avant de se retrouver enfin devant ce qui allait être sa salle de bain, le temps d'une nuit.

« Voilà... soupira-t-elle intérieurement, ce n'était pas si terrible... »

Elle s'accroupit et observa le reflet du ciel étoilé pendant un long moment, sans oser toucher à l'eau de peur de briser la magie.

L'eau coulait calmement, silencieusement...

Le son était si relaxant.

C'était un véritable enchantement.

Son émerveillement lui fit presque oublier sa peur pendant un instant.

- Que c'est beau... soupira-t-elle.

- C'est encore mieux par là-bas...

- Où ça ?

Il lui fallut une seconde pour se rappeler qu'elle était censée être seule, elle sursauta et retomba sur les fesses, le cœur battant soudain à mille à l'heure.

Hayate était oisivement accoudé contre ses genoux, et la regardait d'un air faussement innocent.

Depuis combien de temps était-il tranquillement assis là, à côté d’elle ?

Pourquoi ne l'avait-elle pas entendu s'approcher ?

- Mais... Bon sang, qu'est-ce que tu fais là ?! S'étouffa-t-elle, le feu aux joues.

- À ton avis ? Je m'inquiétais pour toi, Megu chan..., s'amusa-t-il.

Elle prit un air blasé pour cacher son chamboulement.

Après le regard qu'ils s’étaient échangé, elle s'était douté qu'il allait la rejoindre... mais sans réellement croire qu'il oserait.

« J'avais oublié qu'il était fou ! »

- C'est très aimable, mais comme tu peux le voir, je m'en sors très bien, alors retourne avec eux avant de briser ma réputation pour de bon !

Il pouffa de rire en levant le visage vers le ciel. Un son qui éveilla une faim inavouable en elle.

Elle détourna les yeux...

Cette coupe lui allait décidément beaucoup trop bien !

- Ne t'inquiète pas pour ça, dit-il à voix basse, je leur ai dit que je partais patrouiller, pour sécuriser la zone. Et je me suis éloigné en faisant mine d'aller dans l'autre sens...

Un sourire dangereux étira le coin de sa bouche et il saisit une mèche de ses longs cheveux en désordre, avant de l'enrouler autour de son doigt.

Megumi déglutit difficilement, le visage enflammé. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait répondre ou penser.

Une petite voix lui ordonnait de crier, et une autre lui sommait de mettre un terme à ces retrouvailles secrètes et de rejoindre les autres, afin de ne pas lui laisser une occasion de se jouer de nouveau d'elle...

Mais ces voix ne criaient pas assez fort, et Megumi se sentait comme hypnotisée par ces deux merveilleuses pupilles vertes qui soutenaient son regard...

La sensation de ses doigts jouant avec ses cheveux l'électrisait, elle perdait le contrôle de ses pensées...

Et lorsqu'il relâcha sa mèche, Megumi se sentit tiraillée entre une insupportable frustration et une peur panique de ce qui allait suivre.

Hayate la garda un instant sous le feu de son regard, puis il inclina la tête sur le côté avec un petit sourire.

- Viens, suis-moi, j'ai quelque chose à te montrer, dit-il à voix basse avant de se relever.

- H... Hein ? Balbutia-t-elle.

Le capitaine tendit la main vers elle et l'observa avec un sourire serein.

Il n'avait pas le moindre doute, il savait qu'elle allait le suivre.

Et elle se maudit en voyant sa main partir à la rencontre de la sienne.

Son cœur battait furieusement, comme pour l'alerter du danger, ou peut-être était-ce la sensation de sa main dans la sienne qui l'affolait à ce point ?

Il l'aida à se relever, et conserva sa main dans la sienne.

Elle était extrêmement chaude contrairement à la sienne, Megumi en avait la chair de poule...

- Tu me fais confiance ? Chuchota-t-il avec un regard qui n'augurait rien de bon.

Elle se mordilla la lèvre inférieure tandis qu'une folle et surprenante envie de sourire la prenait.

- Non, répondit-elle sans hésitation.

Il se mit à rire et elle eut soudain la bouche sèche.

Dieu, ce qu'il était beau quand il riait...

- Mais tu vas quand même me suivre ?

Ce n'était pas une question.

Il savait qu'elle le suivrait.

Il n'en avait aucun doute.

- Tu essayes de me faire peur ?

- Je te fais déjà peur, Megu chan... souffla-t-il.

Son sourire sadique et cruel était si injuste...

Elle avait la sensation de sentir son cerveau s'éteindre lorsqu'il lui souriait de cette manière...

Son regard devint malicieux, puis le capitaine recula, et commença à s'éloigner en la tirant derrière lui. Elle referma ses doigts autour de sa main chaude et rêche, puis elle accéléra le pas pour marcher à ses côtés.

Megumi ignorait pourquoi elle le suivait comme une imbécile, sans se poser de question...

Elle ignorait pourquoi ce type n'avait qu'à la regarder dans les yeux pour obtenir ce qu'il voulait d'elle...

Mais tandis qu'ils s'enfonçaient dans l'obscurité de la nuit, la jeune lycéenne s'accrocha à la chaleur de sa main, et la voix de sa meilleure amie, Mayu, lui vint brusquement à l'esprit :

« Tu sais, c'est comme ça que l'on vérifie le cœur d'un homme. Si sa main est froide, ça signifie que son cœur est bon... Mais si au contraire, sa main est chaude : fuis sans te retourner ! »

 

 

* * *

 

 

Ils s'étaient tant enfoncés dans les bois que la lune ne parvenait plus à se frayer un chemin à travers les feuilles.

Avancer à l’aveuglette de cette façon était particulièrement angoissant pour la jeune lycéenne.

« Purée, si un animal nous tombe soudain dessus, on est morts... »

- Tu arrives à y voir quelque chose, toi ? Chuchota-t-elle.

- Évidemment, sourit-il.

Il la guidait effectivement comme si elle était la seule à ne rien voir.

C'était un peu frustrant...

Elle avait beau forcer, elle ne voyait rien du tout.

Seule la main d'Hayate l'empêchait de sombrer dans les ténèbres.

Le ventre noué par l'inquiétude, elle serra sa main un peu plus fort et se rapprocha instinctivement de lui.

- N'aie pas peur... l'entendit-elle souffler.

- Je n'ai pas peur...

Mais le tremblement de sa voix la trahissait. Évidemment qu'elle avait la trouille.

Elle inspira profondément, s'armant de courage.

- On y est presque... dit-il.

Sa voix rauque dans la nuit lui paraissait bien plus belle que d'habitude.

Elle lui affolait le cœur...

Megumi aurait voulu lui demander où il l'emmenait, mais c'était inutile.

Il était évident qu'il laissait planer le mystère volontairement.

« D’ailleurs, ça commence à faire un moment que nous sommes partis... » réalisa-t-elle.

Les autres avaient probablement déjà commencé à s’inquiéter en ne la voyant pas revenir.

Il était plus raisonnable de faire demi-tour, mais...

Comme lors de cette fameuse nuit où elle l’avait suivi en dehors du domaine, elle n'avait pas envie de se poser de question.

L'excitation prenait le pas sur le reste.

« Celle qui parviendra à ravir son cœur un jour aura intérêt à aimer l’aventure, au moins autant que lui ... »

Son cœur se serra à cette idée.

Hayate avec une femme...

« Cela arrivera forcément un jour... »

« Tout comme moi, j'épouserai un avocat ou un patron que ma mère m'aura probablement présenté... »

Un étrange malaise lui noua l'estomac tandis qu'elle prenait conscience de cet étrange sentiment qu'Hayate lui inspirait.

Elle repoussait cette idée depuis le premier jour, mais pour une raison obscure, il lui suffisait de le regarder pour effacer de son esprit tous les torts qu'il lui avait causés.

Avec lui, elle se sentait incapable de se montrer rancunière...

Elle détestait cette emprise dangereuse qu'il exerçait sur elle.

- On y est...

Il cessa le pas et Megumi plissa les yeux pour mieux voir, mais c'était inutile, il faisait bien trop sombre.

- Où ça ?

- Chh...

Son souffle chaud lui chatouilla le cou. Elle se raidit, les yeux fixant le néant, tandis que le capitaine se glissait dans son dos.

Megumi réalisa alors brutalement qu'elle avait suivi un homme, sans se poser de question...

Et qui plus est : Hayate !

Que comptait-il lui faire ?

Était-ce pour la tourmenter qu'il l'avait isolée du groupe ?

Comment avait-elle pu être assez bête pour ne pas se méfier ?

Hayate la saisit par le coude et l'attira doucement vers le sol, sans bruit.

Le cœur de Megumi se mit à battre la chamade tandis que l'air commençait à lui manquer.

Elle était partagée entre l'appréhension, la peur, la curiosité, et l'excitation.

Comme s'il pouvait lire dans ses pensées, Hayate rit doucement, puis elle sentit les mèches de son chignon négligé effleurer son oreille tandis qu'il se penchait pour lui chuchoter :

- Pas un bruit...

Son cœur allait exploser, elle était à deux doigts de défaillir.

Il tendit le bras devant elle et Megumi entendit comme un bruit de feuillage.

Que faisait-il ?

Il appuya sa main contre son dos pour l'inviter à s'y engouffrer, et Megumi sentit chaque poil de sa nuque se hérisser.

Elle se laissa faire, hésitante, puis, alors qu'Hayate la rejoignait à l'intérieur du buisson, elle leva les yeux et un petit son étouffé lui échappa, face au spectacle qui s'offrait à elle.

Au-dessus de la rivière, cachés entre les arbres, des centaines et des centaines d'insectes lumineux dansaient et virevoltaient en frôlant les flots.

Des insectes visiblement propres à ce monde et qu'elle n'avait encore jamais vus.

Il s'agissait d'une sorte de croisement entre la libellule et le papillon.

Certains étaient dorés, d'autres bleus... et quelque uns arboraient une très jolie couleur rose.

Leurs ailes scintillaient tant.

C'était un spectacle si merveilleux et féerique...

- Oh mon Dieu... souffla-t-elle.

Elle était si émerveillée qu'elle en avait les larmes aux yeux.

- Nous sommes juste sous un nid d'Argynias, lui expliqua-t-il à voix basse.

Elle aurait voulu lui dire qu'elle n'en avait jamais entendu parler, mais elle préféra profiter des petits sons que les insectes poussaient.

Un genre de bourdonnement un peu aigu, mais qui étrangement, l'apaisait autant que les sons de la rivière.

« Quelle merveille... » se dit-elle en continuant de les contempler.

Elle avait la curieuse impression qu'elle ne devrait pas être là. Que cette scène féerique n'avait pas à être vue par de simples humains.

L'ambiance était mystique, magique...

Elle suivit un grand et magnifique Argynia des yeux, l'esprit s’égarant dans ses rêveries.

Une odeur florale et sucrée la grisait à la façon d'un vin parfumé.

Elle se sentit alors un peu étrange. Heureuse, nostalgique, triste, émue, émerveillée... Un peu de tout à la fois.

Son nez commença à la démanger, puis soudain, elle lâcha un éternuement si sonore que les insectes se ruèrent précipitamment dans les feuillages des arbres, les illuminant telles des décorations de Noël.

- Oh mince, se maudit-elle tandis qu'Hayate éclatait de rire dans son dos. Désolée...

Elle tressaillit lorsqu'il appuya soudain son front contre son épaule frêle, le corps encore secoué par ses éclats de rire.

Megumi rougit et déglutit en tentant de garder son calme, mais elle sentait déjà son visage devenir brûlant.

Ils étaient bien trop à l'étroit dans cette cachette.

Elle ramena nerveusement ses cheveux sur son épaule, un automatisme qu'elle avait pris depuis qu'il l'avait marquée dans le cou.

Il soupira joyeusement avant de se détacher enfin de son épaule.

- Tu es tellement gaffeuse, Megu chan... s'amusa-t-il.

- Je ne te le fais pas dire... soupira-t-elle, dépitée.

Elle avait l'impression de pouvoir de nouveau respirer, à présent qu'il n'était plus contre son dos.

Les yeux toujours rivés sur l'arbre lumineux, Megumi remarqua que quelques insectes commençaient déjà à sortir de leur cachette.

Mais ils étaient craintifs, et repartaient timidement derrière les feuillages avant de ressortir de nouveau, toujours un peu hésitants.

Un sourire illumina de nouveau le visage de Megumi lorsqu’elle remarqua deux petits Argynias, qui virevoltaient en suivant leur mère.

- Oh, des petits bébés, c'est trop mignon... craqua-t-elle, les yeux humides.

Leurs ailes étaient encore rondes, petites et battaient maladroitement.

C'était si attendrissant...

Plus les secondes s'écoulaient, plus les Argynias se détendaient et retournaient danser sur la rivière.

Megumi aurait pu les observer ainsi toute la nuit. Impossible de se lasser d'un tel spectacle...

Mais au bout d'un instant, elle eut une drôle de sensation.

Un peu comme si elle était observée, mais c'était impossible, il faisait beaucoup trop sombre dans ces buissons.

- Hayate ? Souffla-t-elle en le cherchant des yeux dans la pénombre.

Silence.

- Tu es en train de me regarder ? Osa-t-elle enfin demander.

- Ça fait un moment, oui...

La gorge soudain serrée, elle resta immobile et muette.

Son cou et son visage s'embrasèrent et elle déglutit, le cœur battant à mille à l'heure.

Megumi se sentait presque nue tant elle tremblait sous son regard.

Elle ne le voyait pas, mais elle sentait ses yeux verts la détailler dans l’ombre. Ils lui brûlaient la peau...

- Arrête... souffla-t-elle.

Silence.

Elle tressaillit lorsqu'il effleura son cou du bout des doigts. La jeune femme l'avait pourtant à peine senti remuer...

Elle aurait voulu le stopper, dégager sa main, et sortir du buisson en déclarant qu'elle retournait au camp.

Mais elle n'en avait pas envie...

Peut-être allait-elle le regretter plus tard, lorsque la magie de l'instant se serait évaporée, ou après une énième maladresse blessante d'Hayate.

Elle en était même certaine...

Mais lorsqu'elle était avec lui, elle avait toujours cette furieuse envie de ne pas se poser de question. De voir jusqu'où il comptait l'emmener...Alors, elle fit taire son cerveau.

Lorsque le souffle d'Hayate caressa sa joue, Megumi sentit comme des milliers de papillons fourmiller dans sa poitrine...

Elle leva une main hésitante dans le vide et son cœur s'emballa en constatant à quel point il était près d'elle.

Elle laissa ses doigts glacés et tremblants parcourir sa joue, sa mâchoire rugueuse...

Puis, enhardie par l’obscurité, elle s'aventura sur son cou, et sur la naissance de ses épaules, avant de s'attarder sur sa clavicule...

La poitrine de Megumi se soulevait et s'abaissait de plus en plus vite.

Le feu qui parcourait ses veines, descendait le long de son corps avant de trouver refuge, quelque part dans l'intimité de son bas-ventre...

Megumi sentait son regard vert sur elle, elle perdait la tête.

- Tu joues avec le feu, fillette...

Megumi sentit son cœur manquer un battement, puis, sans savoir pourquoi, un sourire aussi incontrôlable que bouillant lui échappa... et Hayate mordit dedans avec avidité.

Une vague de sensation la submergea et Megumi se sentit vaciller lorsqu'elle sentit sa main large la saisir par le cou, comme pour mieux la dominer.

Elle s'accrocha aux vêtements d'Hayate, en tremblant de tous ses membres, puis lorsqu'elle sentit la langue du capitaine frôler la sienne, cet émoi nouveau, qui torturait son bas-ventre, l'entraîna dans une torture aussi délicieuse qu'insupportable…

Les lèvres d'Hayate souriaient contre celles de Megumi, il ne tremblait pas non plus...

Comment pouvait-il être aussi calme alors qu'elle était à deux doigts de s'évanouir ?

Mue par une sorte d'instinct primitif, elle oublia son manque d'expérience, et sa propre langue se mit en mouvement, douce et caressante.

La main d'Hayate sur son cou se crispa, et sa bouche s'affola contre la sienne.

Elle éprouvait une étrange et grisante sensation de vertige.

Lorsqu'il y mit fin, Megumi reprit son souffle et rougit en réalisant que son nez était presque collé au sien.

Sa proximité la rendait fébrile.

Allait-il l'embrasser à nouveau ?

Elle retint son souffle, le corps vibrant d'attente...

Puis elle tressauta en sentant soudain ses lèvres contre sa gorge.

Il déposa une lente pluie de baisers sous son menton, le long de son cou... jusqu'à ce point sensible sous son oreille qu'elle ne connaissait pas encore...

Il aspira la peau entre ses lèvres, lui arrachant un gémissement.

Elle ferma les yeux et frissonna tandis qu'un courant électrique lui traversait le corps, jusqu'à la racine des cheveux.

Cette sensation était extraordinaire, il lui semblait que le monde tournait autour d'elle en une ronde folle.

Il prit le lobe de son oreille entre ses dents et Megumi en eut le souffle coupé, elle ouvrit ses yeux lourds de désir en soupirant d'étonnement.

Elle découvrait le monde des sens, qui lui était jusque-là inconnu.

La main droite d'Hayate se serra légèrement autour de sa gorge tandis que la deuxième glissait sur son dos, avant de s'arrêter sur sa hanche, comme pour en découvrir la courbe voluptueuse.

- Hayate... gémit-elle, frissonnante tandis que ses dents et ses lèvres descendaient le long de son cou.

Une bouffée de chaleur monta en elle, et elle devint toute molle dans ses bras.

- Viens là...

Sa voix était harassée et basse.

Elle l'entendit à peine...

Sans hésiter, elle leva son regard alourdi vers lui et l'enlaça tandis qu'il la soulevait comme si elle était aussi légère qu'une plume.

Elle inspira fébrilement et une petite sonnette d'alarme retentit dans son cerveau tandis qu'il la plaçait sur lui, à califourchon.

Son cœur cognait dans sa poitrine, ses seins se soulevaient en cadence, elle était à la fois choquée et follement excitée par sa manière de la tenir étroitement enlacée.

Elle regrettait presque d'avoir enfilé un pantalon...

Elle enfouit sa main dans le chignon d'Hayate et l'empoigna lorsqu'il se baissa pour embrasser sa peau juste sous sa gorge.

Il mordit dans son décolleté en empoignant ses fesses d'une main puissante, pour la plaquer contre lui.

Megumi eut un sursaut de pudeur, mais qui s'évapora rapidement lorsqu'elle sentit la partie la plus secrète d'Hayate contre son intimité brûlante.

Sa main dans son chignon se crispa et elle poussa un son étouffé.

Son ventre s'était contracté, chaque muscle de son corps s'était enflammé.

Instinctivement, elle remua des hanches et s'agrippa à lui, à bout de souffle.

Elle avait la sensation que son cœur allait s'arrêter.

Sans cesser de mordiller la naissance de sa poitrine, il malaxa ses fesses à travers son pantalon, en la ramenant de nouveau contre sa virilité.

Elle crut devenir folle.

La tête renversée en arrière, elle se frotta contre lui en soufflant son prénom, totalement bouleversée par ce qu'elle était en train de découvrir.

Hayate aspira la peau de sa poitrine entre ses lèvres, et Megumi eut des bouffées de chaleur à l'idée d'avoir une nouvelle marque dans un endroit aussi intime.

Elle se mordit la lèvre, son pouls palpitait à son oreille.

Quelque chose montait en elle...

Quelque chose de brûlant qui lui arrachait déjà un sourire euphorique.

- Megu chan... Si tu me provoques comme ça, il ne faudra pas venir pleurer après...

Son ton était presque menaçant, et le pouls de Megumi s'accéléra tandis qu'il levait le visage vers le sien.

Quelques insectes lumineux s'étaient approchés, elle put donc enfin l'apercevoir malgré la pénombre.

Il plongea son regard vert dans le sien, ses pupilles étaient si dilatées que l'iris de ses yeux était réduit à un mince cercle.

Son odeur lui faisait tourner la tête, elle relâcha son chignon et laissa sa main glisser sur sa nuque.

Dieu qu'il était beau.

Tout en lui la rendait folle.

Elle s'était totalement perdue...

- C'est toi qui a commencé, Hayate... souffla-t-elle, la gorge nouée.

La seconde suivante, Hayate goûtait de nouveau à sa bouche. Elle entrouvrit ses lèvres, sentant qu'il s'apprêtait à la mordre, et un sourire étira les lèvres de la jeune femme lorsqu'elle sentit ses dents contre sa chair.

- MEGUMIIII !! Résonna soudain une voix dans la forêt.

Megumi sursauta, se demandant si elle avait rêvé, et lorsqu'elle croisa le regard blasé d'Hayate, elle comprit que ce n'était pas le cas.

Elle revint brusquement sur terre et se souvint soudainement des autres qui avaient dû se faire un sang d'encre en ne la voyant pas revenir.

« Mince... »

Un petit sourire malicieux étira les lèvres d'Hayate.

- Dommage, murmura-t-il en appuyant de nouveau ses lèvres contre les siennes.

Megumi sentit son cœur fondre et répondit à son baiser avec douceur, en tentant d'ignorer la frustration de son corps...

Son insolence coutumière avait fait place à quelque chose de plus mystérieux.

« Je donnerais tout pour entrer dans sa tête, en ce moment. Juste un instant. »

Hayate l'aida ensuite à arranger son col, même s'il n'avait pas eu le temps de lui dénuder la poitrine, puis, sans perdre un instant, elle sortit de la cachette en entendant les cris se rapprocher.

- Je suis là ! S'écria-t-elle.

Elle fouilla la forêt des yeux mais il faisait si sombre qu'elle n'y voyait rien.

- Megumi ?!

C'était Aku.

- Oui, je suis là ! Dit-elle en tendant les mains devant elle.

- Mais enfin, qu'est-ce que tu fichais ?! Tout le monde te cherche depuis tout à l’... !

Megumi entendit Hayate sortir à son tour, dans son dos, alors elle devina aisément pourquoi il s'était soudainement interrompu.

- Oui, j'étais en train de me rafraîchir dans la rivière quand je suis tombée sur Hayate, bredouilla-t-elle, mal à l'aise. Alors on a décidé d'aller regarder les papillons... Euh les libellules, euh...

- Argynias, l'aida Hayate.

- Ah oui, voilà, c'est ça, des Argynias ! Dit-elle avec entrain. C'était si beau que je ne voulais plus bouger, ha ha...

- Ah... soupira-t-il. Tu nous as fait peur, j'ai cru que tu n'avais pas supporté ta chute de tout à l'heure et que tu t'étais isolée pour te suicider !

- Imbécile, marmonna-t-elle.

Il éclata de rire.

- Hum ! Bon, nous devrions rentrer au campement maintenant. Le capitaine Kyosuke est malade d'inquiétude, il n'arrête pas de jurer que c'était la dernière fois qu'il te laissait faire tes besoins toute seule.

- Il rêve, lui ! Marmonna-t-elle entre ses dents.

Il pouffa de rire et tourna les talons pour ouvrir la marche.

Megumi l'entendit s'éloigner dans la pénombre, et son cœur manqua un battement lorsque la main d'Hayate se referma doucement sur la sienne, afin de la guider dans l'obscurité.

 

 

* * *

 

 

Aku parlait joyeusement, tout en surveillant où il mettait les pieds, visiblement bien moins habitué au coin qu'Hayate.

Celle-ci lui répondait, mais sa voix était toujours rauque et tremblante.

Tout ce qui venait de se passer lui paraissait irréel.

Elle avait tenu Hayate dans ses bras, ils s'étaient enlacés, serrés, touchés...

Durant un instant trop bref, ils étaient restés dans une bulle de chaleur. Hayate avait été sien, elle avait été sienne.

Et de sa vie, jamais elle n'avait eu autant la sensation d'avoir trouvé sa place...

Elle aurait voulu se rincer le visage pour rassembler ses idées et essayer d'y voir plus clair tant elle se sentait perdue.

La main de Megumi était devenue moite au contact de la paume d'Hayate.

Elle ne pouvait pas réfléchir tant qu'il la touchait encore. Elle n'avait pas les idées claires.

Elle se mordilla la lèvre, les yeux baissés sur le sol.

La jeune lycéenne était fébrile. Elle avait l'impression que l'odeur d'Hayate avait pénétré sa peau pour se mêler à la sienne. La sensation que sa bouche se promenait encore sur sa gorge, et que ses mains se promenaient toujours sur son corps.

Megumi était encore sidérée par ce qu'elle venait de vivre. Par ces sensations nouvelles...

Et elle en voulait presque à Aku de les avoir interrompus, même si au fond d'elle-même, sa conscience, qui était momentanément enfermée à double tour quelque part, soupirait de soulagement.

- Ah, enfin sortis, s'amusa Aku en enjambant tant bien que mal un tronc sur son passage.

Hayate pressa la main de Megumi une dernière fois, avant de la relâcher avec douceur.

La jeune fille se sentit aussitôt perplexe lorsque son cœur se serra, sitôt privée de la chaleur de sa main...

- NOM D'UN BOUT DE MERDE ! TU ÉTAIS PASSÉE OÙ ?! Explosa soudain la voix de Kyosuke lorsqu'ils sortirent enfin de la forêt.

Megumi cligna des yeux et un éclat de rire nerveux lui échappa tandis qu'il les rejoignait en tapant du pied avec rage.

« Nom d'un bout de merde ? »

- Je ne rigole pas !! Tu te rends compte de la frayeur que tu nous as...

- Calme, calme, c'est moi le responsable, l'interrompit soudain Hayate.

Surprise, Megumi jeta un regard intrigué vers Hayate tandis qu'il s'approchait d'eux d'un pas nonchalant, le regard froid.

- Toi ?! Gronda-t-il entre ses dents, soudain fou de rage, Que lui as-tu fait ?!

Un sourire sadique étira ses lèvres et Megumi sentit son cœur louper un battement.

- Demande-le lui... l'invita-t-il sournoisement.

Aussi rouge qu'une tomate, Megumi se dressa entre eux tandis que le géant semblait déjà vouloir l'écraser de ses mains.

- Il m'a juste montré un coin magnifique avec des Argynias qui volaient au-dessus de la rivière, c'est tout. C'était tellement beau que je n'arrivais plus à partir !

- Tiens donc ?! Bien sûr ! Grogna-t-il, en levant un regard menaçant vers Hayate. J'aurais dû m'en douter ! Tu n'avais pas d'autre fille sous la main, ce soir, alors tu t'es rabattu sur la petite, c'est ça ?!

- Hein ? Petite ? Tiqua-t-elle.

- Tu n'as pas honte ?! Espèce de Galopiot !?

Hayate ricana, moqueur, avant de se rapprocher du feu, avec son habituel démarche nonchalante.

La façon dont il snobait Kyosuke était aussi agaçante... que sexy.

« Bon sang, reprends-toi ! »

- Ce sale t... !!

Megumi saisit le bras de Kyosuke alors qu'il s'apprêtait à le rattraper.

C'était la première fois qu'elle les voyait s'adresser la parole, et l'atmosphère était devenue soudain si électrique qu'elle comprenait que la réconciliation allait devoir attendre...

- Kyosuke, calme-toi, je t'assure qu'il ne s'est rien passé...

Elle était la première surprise. Elle ignorait qu'elle était capable de mentir avec tant d'aisance.

- Aujourd'hui, peut-être, grinça-t-il. Mais crois-moi, je connais ce sale type ! Si Aku ne vous avait pas trouvés, il... (Kyosuke rougit, le regard colérique) il t'aurait déshonorée sans scrupule ! Sache-le !

Megumi sentit son cœur se serrer tandis que sa raison commençait à se libérer de ses chaînes.

Kyosuke disait vrai.

Un peu plus, et elle l'aurait laissé faire d'elle ce qu'il voulait.

Elle l'aurait laissé aller jusqu'au bout.

Comme ça. Sans réfléchir. Dans l'euphorie du moment.

Et cela... ce n'était pas elle !

Non, Megumi rêvait de vivre une belle histoire d'amour, douce et poétique.

Elle n'avait jamais eu d'autres fantasmes que quelques baisers échangés, des rendez-vous au cinéma, ou des mains enlacées...

Rien d'autre.

Hayate lui avait ouvert une porte dont elle n'avait jamais soupçonné l'existence. Elle en tremblait encore...

- Tu te trompes, il s'est comporté en vrai gentleman, lui assura-t-elle.

- Et si je peux me permettre, capitaine, intervint Aku, lorsque je les ai retrouvés, ils regardaient bel et bien les lumières, je n'ai rien vu d'autre.

Megumi aurait voulu lui faire un câlin tant elle se sentait reconnaissante. Aku n'avait rien vu, mais il avait pourtant décidé de lui prêter main forte.

- Peut-être, mais je peux t'assurer qu'il ne se serait pas gêné s'il avait eu plus de temps, s'énerva-t-il avant de plonger ses yeux affolés dans ceux de Megumi. Alors, méfie-toi de lui, c'est compris ?! Ne le laisse pas obtenir ce qu'il veut !

Elle grimaça un sourire, un peu gênée.

- Bien, marmonna-t-elle. J'ai compris...

- Vu ta tête, je n'en suis pas certain !

Ce ne fut qu'après un interminable monologue que Megumi put enfin s'installer près du feu pour aller dormir.

Il était tard et elle était épuisée après une telle journée.

Sa besace était là, posée contre le tas de couvertures qui allait lui servir de sac de couchage.

Ils avaient dû tous paniquer en ne trouvant que son sac devant la rivière.

Elle tenta d'ignorer sa culpabilité et s'installa dans les couvertures en cherchant Hayate des yeux.

Il s'était éloigné et semblait s'assurer qu'aucun danger ne menaçait le camp.

Elle s'allongea en le suivant des yeux, troublée.

Elle aimait tellement sa façon de marcher. Comme si le monde lui appartenait... et qu'il s'en fichait.

Le cœur battant, elle se tourna sur le côté pour mieux le regarder, avant de sombrer, peu à peu, dans les bras de Morphée.

Elle ne dormit que quelques minutes, car les hommes s'activaient autour d'elle.

Elle les entendait d'une oreille lointaine, parler de tour de garde, et de nourriture.

Elle les écouta en somnolant, avant de se rendormir à nouveau.

Ce fut le froid qui la réveilla une nouvelle fois.

Malgré le feu et les couvertures, elle grelottait.

« C'est la première... et je l'espère, la dernière fois, que je dors dehors ! »

« Le camping, ce n'est vraiment pas pour moi »

Elle remua pour tenter de trouver une meilleure position et fixa le ciel pendant un moment avant de regarder autour d'elle.

Son cœur manqua aussitôt un battement lorsqu'elle réalisa qu'Hayate avait pris le tour de garde.

Tous les autres ronflaient autour d'elle.

Installé face au feu, il fixait les flammes d'un regard vide et lointain.

Il semblait être à mille lieux d'ici...

Et ses pensées n'avaient pas l'air très agréables.

À quoi pensait-il ?

Il soupira et passa une main dans le chignon que Megumi avait défait dans le feu de l'action.

Il ne sembla s'en rendre compte qu'à cet instant-là, car il les détacha, plaçant la longue ficelle entre ses dents avant de rassembler ses cheveux pour les attacher de nouveau en chignon, le regard creux.

Megumi l'observa, fascinée, tandis que sa poitrine se réchauffait délicieusement.

Sa gorge se serra et la jeune fille eut une étrange envie de pleurer...

Elle en ignorait la raison, mais quelque chose chez Hayate la rendait émotive.

Elle avait du mal à démêler ses sentiments, tant ils étaient contradictoires.

Quelques heures plus tôt, elle le détestait, et le soir-même, elle l'embrassait comme si sa vie en dépendait...

Elle se mordilla la lèvre tandis que son corps vibrait au souvenir de leur étreinte.

Elle fixa ses mains, sa nuque dégagée, la forme de son visage, la largeur de ses épaules, la nonchalance de sa position...

Il termina son chignon et appuya ses coudes contre ses genoux, le regard perdu dans le vague, avant de saisir un bâton pour remuer le feu.

« Hayate... »

Il lui faisait ressentir des choses puissantes et étranges qu'elle n'aurait jamais pu imaginer. Son cœur battait si fort, son regard s'embuait tant...

« Mon Dieu, ce qu'il est beau... »

À cet instant précis, Megumi eut un électrochoc.

Un déclic aussi brutal qu'un coup de tonnerre.

Elle écarquilla les yeux et eut soudain l'impression que son cœur pesait au moins une tonne.

« Oh non... »

« Je crois que... »

Elle le chercha de nouveau des yeux et l'émotion fit gonfler la boule dans sa gorge tandis qu'elle donnait enfin des mots à ce qu'elle ressentait pour lui.

Le rouge lui monta aux joues et elle retint son souffle alors qu'elle contemplait son visage, le cœur serré.

« Je crois... que je l'aime. »

Comme s'il avait lu dans ses pensées, Hayate regarda soudain dans sa direction et Megumi eut la sensation que la foudre s'abattait soudainement sur elle.

Un léger soupir étouffé lui échappa et elle devint rouge des pieds à la tête.

Un sourire satisfait étira lentement les lèvres d'Hayate, tandis que son regard la toisait avec malice.

Rouge de honte, le cœur sur le point de défaillir, elle ferma les yeux et fit mine de se rendormir...

Mais elle ne pourrait plus s'endormir.

Plus jamais !