Akai ito
livre 1

« Connais-tu la légende de l’Akai ito? »

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Chapitre Bonus Kenji

La poudre magique

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Le ciel était d’un bleu intense et pur.

Les insectes se réfugiaient à l’ombre des arbres en bourdonnant sans fin, comme pour exprimer leur agacement dû à la chaleur.

Plus de doute, l’été était bel et bien là.

Cette lourde averse qui avait sonné contre les toits durant des jours avait laissé sur son passage de larges flaques d’eau. La verdure et les routes reflétaient à présent les couleurs du ciel. Le tableau était féerique.

Kenji sortit de la maison à toute allure en sautillant joyeusement.

Il allait enfin pouvoir jouer dehors après toutes ces journées enfermé dans la maison de sa tante, à regarder la pluie noyer la terre.

 

- Kenji ! Tu as bien mis tes bottes ? S’écria-t-elle depuis la cuisine

- Oui, oui !! Je peux y aller, maintenant ?! S’excita-t-il en sautillant à l’entrée.

- Oui, mais ne t’éloigne pas trop, et ne t’approche pas de…

 

« De l’étang », je le sais, la coupa t-il vivement en levant les yeux au ciel, J’y vais !

 

- Sois prudent ! Lui lança-t-elle alors qu’il courait déjà à travers le jardin.

 

Il sauta de flaque en flaque en riant aux éclats, heureux de pouvoir enfin jouer dehors.

Il n’avait attendu que cela pendant des jours.

Leur maison étant assez éloignée de la ville, Kenji avait la chance d’avoir un énorme terrain de jeu à lui tout seul.

Lorsqu’il grimpait sur son arbre préféré, à part quelques maisons, il ne voyait que des collines et la forêt à perte de vue.

Un espace si grand qu’il n’était jamais parvenu à l’explorer totalement.

Dévoré par ce soleil de plomb qui tombait sur lui, Kenji s’abrita sous un arbre et commença à confectionner des sabres en bois.

Il aimait beaucoup ramasser des branches et les utiliser pour fabriquer des objets en tout genre, avec des bouts de ficelle.

Il tenta de casser une branche morte avec son pied en poussant une plainte sous l’effort. Cela aurait été beaucoup plus simple avec un couteau, mais sa tante estimait qu’il était bien trop petit pour manipuler les objets tranchants.

Il n’était pourtant pas si jeune ! Il venait d’avoir sept ans après tout…

Il parvint à arracher le bois tant bien que mal et l’attacha solidement à un autre pour obtenir une forme de sabre.

Satisfait, il s’empressa d’en confectionner un deuxième.

Il était plutôt fier de lui. Plus il grandissait, plus ses sabres étaient réussis.

- Voilà ! C'est terminé ! S'exclama-t-il joyeusement en levant ses deux créations vers le ciel. Ha ha, j'espère qu'il sera content !

Impatient de pouvoir les essayer, il sauta par-dessus une flaque et retourna vers la maison au pas de course afin de sortir son grand frère du sommeil.

Mais en arrivant face à la porte, Kenji commençait tout juste à tenter de se débarrasser de ses bottes boueuses, que celui-ci sortait déjà de la maison.

- Harada chan ! S’écria-t-il avec entrain en levant les bras en l’air

- Rah, ne commence pas à beugler dans mes oreilles…Marmonna t-il avec nonchalance en passant devant lui, les mains dans les poches.

Harada était son unique frère, et Kenji lui vouait une admiration sans faille.

Même avant la mort de leur père, il avait toujours été son plus grand modèle.

- Harada chan ! Regarde ! Regarde ce que j’ai fait ! S’exclama t-il joyeusement en le suivant.

- Ah, c'est bien, Fit-il distraitement sans jeter un seul regard vers lui.

- Regarde celui-là, c’est pour moi, et celui-là, c’est pour toi ! Tu viens jouer avec m… ?

- Eh Harada ! S’écria soudain une voix.

Kenji jeta un regard en arrière et vit non sans déception, les quatre amis de son frère, qui lui faisaient de grands signes au loin, derrière leur barrière.

- Tu te ramènes ou quoi ?

- Ouais, ouais, répondit-il paresseusement.

- Hein ? Mais… Harada chan ? Fit Kenji d’une voix hésitante, Tu ne veux pas…venir jouer avec moi ? Regarde, je t’ai fait un beau sabre…

- Mmh ? Ouais, Kenji plus tard, marmonna-t-il en posant un bref regard vide et désintéressé sur son frère.

 

Kenji cessa net le pas et le regarda s’éloigner, tandis que ses bras retombaient mollement le long de son corps…

Harada contourna la barrière et repartit avec ses amis sans un regard pour son frère.

Il se fichait totalement de lui.

Comme toujours…

Autrefois, Kenji passait toutes ses journées avec son frère, mais depuis la mort de leurs parents, celui-ci avait brutalement changé.

Il s’était enfermé dans son mutisme et passait beaucoup plus de temps avec des garçons de son âge.

S’amuser avec son petit frère ne l’amusait visiblement plus du tout.

Kenji se sentit alors si triste et seul qu’il faillit fondre en larmes…

Mais il se mordit la lèvre jusqu’au sang et serra les poings pour ravaler ses sanglots imminents.

Il n’était plus un enfant ! Il était un adulte à présent ! Il ne pouvait plus se permettre de pleurer comme un bébé !

Sa respiration devint de plus en plus sifflante tandis que la colère remplaçait progressivement sa tristesse.

Soudain, il baissa un regard furieux vers ses sabres et les jeta contre le mur de la maison en poussant un grognement de colère.

Il les écrasa ensuite avec son pied avec rage, encore en encore, avant de soudain rouler sur l’un des bâtons.

Il poussa un cri de douleur en se retrouvant par terre, et frotta ses fesses douloureuses en serrant les dents de toutes ses forces, tandis que les larmes lui montaient de nouveau aux yeux…

- Kenji ?

Le petit garçon sursauta et se tourna vivement vers sa tante.

Celle-ci était au seuil de la porte et essuyait ses mains avec un torchon en le regardant avec inquiétude.

- Que se passe-t-il ? Tu t’es fait mal ?

Pendant un bref instant, il eut l’impression de voir sa maman, pourtant, elles n’avaient rien en commun…

Chiho, sa tante était bien plus jeune que sa défunte mère, il ne connaissait pas son âge exact, mais elle devait avoir à peine vingt-cinq ans.

Elle était également plus grande et fine que sa mère. Une jolie silhouette gracieuse qui poussait tous les hommes des environs à la courtiser.

Mais contrairement aux autres femmes, celle-ci ne cherchait pas à se marier, et encore moins pour vivre aux crochets d’un homme. Elle était indépendante et vivait par ses propres moyens grâce à ses talents de guérisseuse.

Elle passait ses journées à concocter des remèdes pour aller ensuite les vendre aux apothicaires des villes voisines et gagnait très bien sa vie.

- Harada chan ne veut pas jouer avec moi, lui répondit-il d'une toute petite voix

- Ah... Soupira-t-elle en s'appuyant contre le mur, je vois...

Elle leva la tête vers la grande route et croisa les bras, le regard pensif, avant de baisser de nouveau les yeux vers son neveu.

- Je peux jouer avec toi, si tu veux…

Il secoua mollement la tête et donna un dernier petit coup de pied au sabre avant de se lever pour rentrer à la maison.

Elle sourit avec douceur et lui caressa la tête lorsqu’il passa devant elle en se débarrassant de ses bottes boueuses.

 

- Ne sois pas si triste, Kenji chan… le consola-t-elle, Ce n’est qu’une période, cela lui passera. C’est normal pour un garçon de neuf ans de privilégier ses amis...

- Mais avec lui, c'est toujours comme ça, chuchota-t-il tandis que les larmes lui montaient de nouveau aux yeux, je crois qu'il ne m'aime plus...

- Mais non voyons ! Je te défends de dire ce genre de bêtise ! Ton frère t'aime plus que tout ! Tu es son plus précieux trésor maintenant que…

Chiho s’interrompit net avant d’aborder le sujet de leurs parents.

Elle pinça les lèvres, avant de lui offrir un petit sourire forcé.

Elle avait encore beaucoup de mal à en parler…

- Enfin bref, je peux t’assurer que tu te trompes, Dit-elle en caressant de nouveau ses cheveux bouclés, Il t’aime énormément. Il a juste… certaines choses à régler dans son cœur. Donne lui du temps..

Kenji baissa la tête, et poussa un soupire attristé.

- Et c’est long, le temps ? Demanda t-il innocemment.

- Ça dépend, mon chéri, Murmura t-elle en réarrangeant ses cheveux, Seul l’Unique le sait…

Un silence s’écoula et sa tante claqua soudain des doigts avec enthousiasme.

- Ah ! Au fait ! Tu sais quoi ? La semaine dernière, sans le savoir, j’ai créé une poudre magique ! S’amusa-t-elle en lui pinçant affectueusement le nez, Il faut que tu vois ça ! Attends un instant !

Elle tourna les talons et retourna dans son atelier avant de fouiller dans son matériel.

- Comment ça une « poudre magique » ? S'enquit-il en la rejoignant

- Ah, la voilà ! S'exclama-t-elle en sortant soudain un petit sachet d'une boîte. Tiens, prends ça !

- Qu'est-ce que c'est ?

Elle lui fit un petit clin d’œil.

- Essaye d’en mettre un peu sur les flaques d’eau pour voir, s’amusa-t-elle, Tu ne vas pas être déçu…

Soudainement excité par tout ce mystère, Kenji retrouva le sourire en croisant son regard rieur et s’empressa de remettre ses bottes avant de retourner dehors.

Il ouvrit le sachet avec précaution et jeta une pincée de poudre magique sur une flaque.

Il eut alors la surprise de voir la surface de l’eau prendre une magnifique couleur rose.

- Wouah ! S’extasia le petit garçon avant de s’empresser d’essayer sur la flaque voisine.

Mais celle-ci prit une teinte orangée cette fois.

Il échangea un regard amusé avec sa tante avant de partir au pas de course, à la quête d’une flaque plus grande.

 

- Ne t’éloigne pas trop Kenji, je te fais confiance ! Lança sa tante dans son dos.

Il lui fit un petit signe avant de jeter un peu de poudre sur la flaque derrière la barrière.

C’était incroyable. La poudre sortait du même sachet pourtant, la couleur n’était jamais la même.

C’était donc bel et bien une poudre magique.

Officiellement, sa tante était guérisseuse. Mais peut-être était-elle en réalité une sorcière ?

Il était si émerveillé qu’il en oublia presque sa contrariété.

Son frère aurait probablement adoré jouer avec cette poudre lui aussi…

« Pff, tant pis pour lui ! Il n’a qu’à aller s’amuser avec ses amis… »

Le petit Kenji continua à errer le long de la route boueuse pendant un long moment, colorant joliment les flaques d’eau sur son passage.

Il savait qu’il n’avait pas le droit de dépasser la route, mais plus il s’éloignait, plus les flaques étaient grandes et belles.

« Si je m’éloigne un tout petit peu, elle n’en saura rien… » se dit-il en jetant un regard en arrière.

Le garçonnet quitta alors la route et s’enfonça dans la végétation, à la recherche d’une flaque plus grande.

Le sachet étant devenu très léger, il décida de garder les derniers grains de poudre magique de côté.

Il était curieux de voir ce que cela donnerait sur une surface plus grande. Comme un étang par exemple.

Il n’avait pas le droit de s’approcher des points d’eau, mais il n’était plus un enfant ! Et il savait parfaitement ce qu’il faisait !

« Je ne m’approcherai pas trop près, voilà tout… »

Et plus il s’engouffrait dans la végétation, plus l’air devenait lourd et humide.

Il enjamba les hautes racines des arbres et marcha pendant encore quelques minutes avant de se retrouver enfin face à l’étang.

L’eau était d’un horrible vert bouteille…

« Ha ha, elle va être tellement plus belle après ! »

Kenji s’empressa d’ouvrir son sachet avec enthousiasme, et fit un pas pour jeter la poudre sur la surface de l’eau, mais la terre était boueuse et glissante.

Son pied glissa soudainement et le garçonnet perdit l’équilibre. Il tenta de se rattraper en poussant un hurlement de surprise et de peur, mais rien n’y fit et il se retrouva brutalement dans l'eau…

Son coeur bondit hors de sa poitrine et il agita ses bras dans tous les sens pour essayer de sortir sa tête et retrouver son souffle.

Après de nombreux efforts, il réussit enfin à prendre une bouffée d'air et à crier de nouveau pour appeler à l’aide. Il avait quitté la route mais il savait que l’un de leur voisin n’habitait pas très loin, alors il cria aussi fort qu’il le pouvait avant de se retrouver de nouveau sous l'eau. Sa poitrine lui faisait mal, ses membres devenaient de plus en plus engourdis.

Il allait mourir s’il ne sortait pas la tête de l’eau très vite !Après d’énormes efforts, il parvint à attraper un rocher et à sortir de nouveau le visage de l'eau, mais durant un court laps de temps seulement, car les rochers étaient bien trop glissants.

- KENJI ! KENJI ! DONNE MOI TA MAIN !

Il eut à peine le temps de reconnaître la voix de son frère qu'il se retrouvait de nouveau sous l'eau.

Son cœur battait à tout rompre. Il n’avait pas rêvé ! Son frère était là ! Il était bien là !

Et il n’était pas seul. Ses amis étaient avec lui et criaient pour attirer les adultes vers l’étang.

Quelle chance ! Ils l’avaient entendu crier !

Kenji aurait voulu s’accrocher davantage, au moins le temps qu’un grand vienne le sortir de là, mais il n’en pouvait déjà plus…

Il ne pouvait même plus bouger ses bras.

C’était foutu. Il allait mourir lui aussi…

Comme ses parents. C’était de sa faute. Sa tante l’avait pourtant mis en garde.

Pourquoi ne l’avait-il pas écouté?

« Pardon Chiho chan… J’avais promis de ne pas m’approcher de l’étang… » Pensa-t-il en buvant la tasse encore et encore.

Soudain, il sentit une main l’attraper brusquement par le poignet et le ramener vivement à la surface.

Ce fut seulement à cette instant-là que Kenji réalisa qu’Harada avait plongé dans l’eau, alors qu'il ne savait pas nager non plus.

« Mais... Mais pourquoi?! »

«  Nous allons mourir tous les deux ! Les rochers sont bien trop glissants ! » S’affola le jeune garçon.

Harada l’attrapa ensuite par l’arrière des cuisses et le poussa vers la surface de toutes ses forces, s’enfonçant lui-même dans les profondeurs.

Kenji prit soudain une intense inspiration à s’en brûler la gorge lorsque sa tête se retrouva enfin hors de l’eau.

 

- DONNE TA MAIN, VITE ! Cria l’un de ses amis

Kenji n’hésita pas un instant et tendit le bras dans sa direction alors qu’il coulait de nouveau.

Une poigne affolée l’attrapa spontanément par le poignet, et l’instant d'après, Kenji se retrouva enfin sur l'herbe. Il reprit son souffle à s’en déchirer la voix, et vomit toute cette eau qu'il avait avalé, avant de se tourner vivement vers le lac.

- HARADA !! QU’EST-CE QUE TU FOUS ?! REMONTE ! Cria son ami

Les autres s’étaient éloignés et continuaient de crier pour ramener des adultes…

Mais personne ne venait et son frère ne remontait toujours pas.

- Harada chan ? Dit-il d’une voix à peine audible

- HARADA, FAIS PAS LE CON ! JE NE SAIS PAS NAGER, JE NE PEUX PAS T’AIDER ! FAIS UN EFFORT ! S’affola son camarade.

Mais la surface de l’étang se calmait peu à peu… Et son frère ne remontait toujours pas.

- Harada chan… 

- Toi, tu restes derrière ! Lui cria-t-il avec colère en plaçant son bras devant lui, Il ne manquerait plus que ça que tu retombes maintenant !

Kenji leva de grands yeux perdus vers le jeune garçon avant de regarder de nouveau l’étang.

Ce n’était pas possible, il était en train de rêver…

Il avait l’impression de flotter, comme si tout ceci n’était qu’un cauchemar.

- Que se passe-t-il ?! S’écria soudain une voix grave.

Il se sentit alors terriblement soulagé en voyant un adulte grand et robuste venir avec les amis de son frère au pas de course.

- IL EST LÀ ! S’écria le garçon à ses côtés, en pointant une zone du doigt.

L’homme ne perdit pas un instant et se débarrassa vivement de ses bottes avant de plonger dans l’eau.

Kenji sentit alors le soulagement lui alléger le cœur.

Tout allait s’arranger ! Harada n'était pas sous l'eau depuis très longtemps ! Il n’allait pas mourir ! Son grand frère était beaucoup plus fort que ça ! C'était le plus fort ! Le meilleur !

Enfin, l’homme remonta à la surface avec le corps inanimé d’Harada, et ses amis s’empressèrent de l’aider à le ramener sur la terre ferme.

Kenji retint son souffle et les regarda faire, tel un spectateur impuissant.

L’homme sortit vivement de l’eau et tenta de le réanimer, en commençant à appuyer en rythme contre sa poitrine.

 

- Allez, reviens, Harada… supplia l’un de ses amis en fixant son visage livide.

L’homme soufflait dans la bouche d’Harada avant de reprendre les pressions contre sa poitrine, encore et encore.

Ses amis commençaient déjà à pleurer, mais Kenji ne désespérait pas.

Harada allait se réveiller.

Il ne pouvait pas mourir maintenant, c’était impossible.

Une noyade ne pouvait tout simplement pas avoir raison de son frère. Il en était persuadé.

Il continuait d’y croire.

Son coeur refusait d'admettre la réalité. Son frère allait se lever !

Mais après de longues minutes, l’homme poussa une plainte et recula avant de passer sa main dans ses cheveux, le visage attristé.

 

- Pauvre gosse… abandonna-t-il dans un soupir.

Le visage de Kenji se décomposa d’un seul coup...

Son cœur avait cessé de net de battre.

Non…

NON !

C’était impossible. Il ne pouvait pas y croire. Harada allait se lever…

Il devait se lever !

« Il le faut ! Il ne peut pas mourir ! »

- Non ! Vous devez essayer plus !! S’écria soudain Kenji.

Sa voix était si déchirée qu’il l’a reconnue à peine lui-même.

 

- Je vous en supplie !! Mon frère ne doit pas mourir !! Pas comme ça ! Pas maintenant ! Je vous en supplie, essayez encore !!

- C’est inutile, petit, soupira-t-il, Il a déjà rejoint l’Unique, j’ai fait de mon mieux, je ne peux plus rien faire… Je suis désolé.

Les sanglots des amis de son frère explosaient autour de lui.

Il ne pouvait pas y croire…

C’était beaucoup trop horrible.

« Non… »

Il venait pourtant de perdre ses parents.

Pourquoi devait-il à présent perdre son frère ?

Pourquoi ? Pour quelle raison ? Qu’avait-il fait de mal ?

Le corps tremblant comme une feuille, il attrapa sa tête entre ses mains, les yeux écarquillés, et fixa le vide tandis qu’il prenait soudainement conscience qu’il était le seul responsable de sa mort…

Il n’avait pas écouté sa tante et s’était approché de l’étang.

L’Unique l’avait puni !

En punition pour avoir désobéi, il avait perdu son frère pour toujours !

Son cœur allait exploser tant il cognait brutalement contre sa poitrine.

La manière dont son frère s’était sacrifié pour le sauver, ne cessait de se rejouer dans son esprit, comme pour le torturer…

Il leva de nouveau les yeux vers la dépouille d’Harada en suffoquant. Des petits cris involontaires jaillissaient entre ses dents serrées.

C’était fini.

C’était terminé.

Son frère n’allait plus jamais se réveiller.

Comme ses parents, ils allaient devoir l’enterrer. Il ne reverrait plus jamais son visage.

Et il allait lui aussi devenir un souvenir…

Non. Non…

NON !

Une douleur insoutenable enflait dans son tout petit corps.

Tout à coup, il devenait cruellement conscient qu’il était très loin d’être un adulte.

Cette souffrance était beaucoup trop grande pour son corps d’enfant. Il ne savait pas comment la gérer.

Elle gonflait, elle l’étouffait.

Elle prenait toute la place en lui. Il allait exploser…

Et soudain, il baissa de grands yeux choqués vers le cadavre de son frère avant de pousser un hurlement qui fit taire toutes les voix autour de lui.

Un hurlement explosif qui déchira chaque parcelle de son être…Et tua son cœur d’enfant pour de bon.

 

 

 

 

Fin