Akai ito
livre 1

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Chapitre 9

Lorsque Megumi ouvrit la porte coulissante menant à l'extérieur, cela lui fit un drôle d'effet de constater qu'elle n'était effectivement plus surveillée...

Les soldats campés quotidiennement devant ses deux portes avaient disparus.

Elle resta malgré tout sur ses gardes.

Hayate pouvait leur révéler la vérité à tout moment.

« Je sens qu'il va s'amuser à me stresser jusqu'à épuisement... »

« Allez courage. Tenons le coup pendant au moins trois semaines ! »

« Ça va vite passer... »

La jeune lycéenne longea le couloir extérieur en observant de nouveau les jardins.

Elle ne se lassait pas de contempler cette végétation nouvelle.

Elle qui avait toujours aimé les plantes, elle était servie avec toutes ces variétés inconnues.

Ces couleurs improbables, ces parfums inédits, ces pétales extravagants et originaux...

« Si j'en ramenais dans mon monde... je me demande combien j'en tirerais » se demanda-t-elle en souriant.

Elle cessa le pas et resta un moment ainsi, à les regarder, tandis que son esprit s'égarait.

Elle pensa à son monde. À sa meilleure amie, Mayu...

Elle pensa à ses cours de violons, à ses plantes, à sa mère...

À cette vie qu'elle avait perdue du jour au lendemain.

Et plus elle repensait à son précieux quotidien, plus son cœur devenait lourd.

Les larmes lui montèrent aux yeux.

« Quelle histoire, quand on y pense... »

« Si j'arrive à rentrer chez moi, personne ne croira ce qui m'est arrivée... »

« Il va falloir que je trouve une excuse plausible pour expliquer un mois entier de disparition... »

« Je pourrai toujours dire que je ne me souviens de rien. Visiblement, cette excuse marche plutôt bien... »

- Que fais-tu ici ? Retentit soudain une voix glaciale.

Megumi sursauta, sortant net de ses pensées, et se tourna vers Eisuke qui allait à sa rencontre, le visage fermé.

Il semblait mécontent de la voir déjà déambuler ainsi dans le domaine comme si de rien n’était.

- Euh, je... bégaya-t-elle. Désolée, je pensais que j’avais le droit de... me promener un peu, étant donné que le commandant m'a invitée à rester ici pendant quelques temps...

Il plissa les yeux, en la toisant avec dureté.

- Dois-je en déduire que tu as pour projet de t'éterniser dans le domaine ?

Visiblement, sa présence dérangeait beaucoup le vice-commandant.

- Je... euh, non, je pensais juste... rester deux ou trois semaines, le temps de... récupérer un peu, et de réfléchir...

Eisuke ne semblait pas convaincu.

Il étudiait son visage, comme pour tenter de lire dans ses pensées.

- C'est étrange... Dit-il doucement.

Elle le regarda sans comprendre, alors il ajouta :

- Si j'avais subi une arrestation, suivie de plusieurs jours d'emprisonnement pour cause de suspicion d'espionnage, je serais parti à la minute où j’aurais été relâché... si j'étais innocent.

Il inclina la tête sur le côté, le regard sombre.

- Mais toi, tu t'installes... C'est curieux.

- Euh...

Megumi comprit où il voulait en venir et était totalement d'accord avec son raisonnement, mais sa situation était si particulière...

Que pouvait-elle bien lui répondre ?

Comment lui prouver qu'elle n'était pas leur ennemie ?

- Je ne suis pas une espionne, dit-elle d'une toute petite voix en l'affrontant du regard. Je me sens juste... complètement perdue, je voulais...

La jeune femme réalisa seulement à cet instant que ses joues étaient toujours trempées de larmes.

Elle se détourna et s'empressa de les essuyer avec sa manche avant de le regarder de nouveau.

Eisuke était de marbre.

- Je voulais juste... reprit-elle. Un moment pour réfléchir et savoir quoi faire, car... je n'ai plus d'endroit où aller, et...

Elle se mordilla la lèvre en cherchant ses mots, mais Eisuke la devança.

- Je me fiche bien de tes motifs, il est inutile d'utiliser les larmes pour m'attendrir, je ne suis pas dupe.

- Mais pas du tout, je... sursauta-t-elle.

Megumi s'interrompit et recula en roulant des yeux effrayés tandis qu'il s'avançait vers elle, en l’écrasant de sa hauteur.

Son regard était si dur et dénué de vie qu'il ressemblait à un robot. Elle ne parvenait même plus à le regarder dans les yeux.

- Tes raisons ne m’intéressent pas, sache seulement une chose, dit-il d'une voix glaciale. Tu as peut-être réussi à convaincre le commandant, mais ce n'est pas mon cas. Je garderai un œil sur toi, nuit et jour, et si j'ai le moindre doute...

Il tapota le manche de son sabre.

- Je n'hésiterai pas...

Sa voix était aussi tranchante que son arme.

Elle déglutit, figée comme une statue, et leva ses grands yeux terrorisés vers Eisuke tandis qu'il la fixait comme s'il avait déjà prévu de la tuer.

- Me suis-je bien fait comprendre ?

Elle hocha la tête, en retenant son souffle, le cœur glacé d'effroi.

Eisuke la fixa pendant un instant, puis, il se redressa et tourna les talons en lui envoyant un dernier regard menaçant.

Et tandis qu'il s'éloignait le long du couloir extérieur, Megumi réalisa qu'elle avait cessé de respirer depuis un bon moment.

Elle lâcha un soupir et appuya sa main contre sa poitrine en s'adossant contre le mur de la maison.

Cet homme était le plus effrayant de tous.

Ses jambes en tremblaient encore...

« Bon, récapitulons... » se dit-elle après avoir passé de longues secondes à fixer le vide d'un air tétanisé.

« Je vais devoir tenir trois semaines dans une maison où un type peut me dénoncer à tout moment... »

« Et où un autre type veut ma mort... »

Elle soupira en secouant la tête.

« Non... »

« Il me faut une autre solution... »

- Quelle situation pourrie... souffla-t-elle pour elle-même.

La jeune fille continua sa marche, le long du couloir extérieur, autour de la demeure, le regard perdu dans le vague.

La voix menaçante d'Eisuke continuait de la hanter tandis qu'elle cherchait intérieurement un autre moyen de s'en sortir.

Malgré la peur qu'il lui inspirait, elle comprenait sans mal sa circonspection.

Si elle décidait de rester, elle allait devoir prendre garde à ne pas se montrer curieuse afin d'éviter tout malentendu.

« Si je me fais petite, ça devrait aller... »

Lorsque la jeune femme arriva à la limite du jardin, elle se retrouva face à un large chemin sablé menant jusqu'au portail principal.

Celui par lequel elle était entrée, lors de son arrestation.

C’est à cet instant qu'elle réalisa qu'une haute tour dominait les lieux.

Le mur protecteur passait par le centre du bâtiment, comme pour l'aider à se maintenir debout par temps de guerre.

Elle contempla cette architecture inconnue pendant un instant, puis en entendant des bruits de luttes, elle fit quelques pas supplémentaires.

Un peu plus loin, un grand espace servait visiblement de zone d'entraînement.

Des soldats plutôt jeunes s'exerçaient, armés de sabre en bois.

Un autre groupe, un peu plus loin, s'entraînait au tir à l'arc.

Malgré leur jeunesse, ils semblaient incroyablement disciplinés et écoutaient les recommandations de leurs aînés à la lettre.

Intriguée, Megumi s'approcha d'un pas hésitant, mais sans trop s'éloigner de la maison par précaution.

Manifestement, elle était tombée en plein dans un repaire exclusivement masculin, alors mieux valait rester prudente.

- EH ?! QU'EST-CE QUE TU FOUS LÀ, TOI ?!

Megumi sursauta et fit volteface avec de grands yeux surpris.

Kenji, qui rentrait à priori à l'instant de sa patrouille quotidienne, se ruait vers elle, l'arme au poing, le regard colérique.

Il ignorait visiblement encore qu'elle avait été innocentée.

- Non, attends, je... s'écria-t-elle en reculant vivement par réflexe.

- Kenji, arrête ! Cria Daisuke au loin.

Soudain, le pied de Megumi buta contre l'une des marches en bois derrière elle.

La jeune lycéenne eut à peine le temps d'apercevoir le visage surpris de Kenji, que sa tête tapait déjà avec violence contre une surface solide.

La plongeant brutalement dans l'inconscience…

 

 

* * *

 

Les cils de Megumi se mirent à trembler tandis qu'une serviette gorgée d'eau froide passait sur son visage et sa gorge.

Elle aurait voulu sortir du sommeil, et prendre la fuite, sans vraiment savoir pourquoi.

Personne ne la traquait, mais elle s'était persuadée du contraire dans son délire.

Elle remua, dans une veine tentative de fuite, mais une incroyable lourdeur la maintenait au futon.

Comme si une force puissante et malveillante l'enlaçait et la paralysait...

Elle gémit, effrayée.

Perdue dans le brouillard de l'inconscience, elle s'entendit vaguement appeler sa mère, puis une main tiède se posa sur son front brûlant.

Ce simple contact l'amollit étrangement, et chassa le malaise qui l'avait saisi un peu plus tôt.

Un léger sourire fatigué étira ensuite ses lèvres tandis qu'un soupir vidait ses poumons.

« Maman... ? »

Non. Cette main était beaucoup plus massive et rugueuse que celle de sa mère.

Avec beaucoup d'effort, elle trouva la force de se réveiller.

Elle ouvrit faiblement les yeux et les battements de son cœur s’accélérèrent d'appréhension en apercevant deux hommes penchés au-dessus d'elle.

Ils discutaient de son état à voix basse, un homme qu'elle ne connaissait pas manipulait son crâne tandis que le commandant Akihoshi, lui caressait le front en gardant un œil prudent sur les mains de l'inconnu.

- Commandant ?

La jeune femme eut beaucoup de mal à réaliser que cette voix âpre et rocailleuse était bien la sienne.

Elle tenta de se racler la gorge, mais elle n'en avait pas la force.

- Chhh... Ne t'inquiète pas, tout va bien, lui dit-il à voix basse en posant son habituel regard bienveillant sur elle, le médecin s'occupe de toi...

Megumi leva les yeux vers le médecin en question, qui manipulait le haut de son crâne sans se déconcentrer.

Chacun de ses gestes lui arrachaient une grimace de douleur.

Elle avait si mal à la tête...

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Murmura-t-elle d'une voix faible.

-Ne parle pas, mon enfant, ordonna le médecin, tu vas te fatiguer inutilement.

Elle poussa un gémissement lorsqu'une douleur vive lui traversa le crâne jusqu'à la nuque.

- Qu'est-ce que... vous faites ? Souffla-t-elle.

« Que m'est-il arrivé ? Je me promenais dans le jardin et... »

Soudain, l'image du visage de Kenji lui revint, suivi de sa chute brutale contre les marches d'escaliers... alors la jeune femme se maudit pour sa bêtise.

« Quelle imbécile... »

-Tout va bien, tu as fait une mauvaise chute, et tu subis à présent une petite montée de fièvre, lui expliqua doucement Akihoshi, tu t'es blessée à la tête mais le docteur s'en occupe.

Bercée par la voix douce du commandant, Megumi se rendormit presque en l'écoutant.

- Elle est réveillée ? Demanda soudain une voix.

Megumi sortit net de sa somnolence et tourna ses yeux lourds vers la porte menant aux jardins.

Celle-ci était grande ouverte, laissant pénétrer un courant d'air qui lui glaçait les os.

La nuit étant visiblement tombée depuis un moment, elle distingua à peine les silhouettes de Daisuke et Kenji dans la pénombre.

« Combien de temps ai-je dormi ? »

Son esprit était embrouillé, elle se sentait si confuse…

-Oui, elle s'est réveillée, répondit doucement Akihoshi, ne vous inquiétez pas, je vous appellerai lorsque nous aurons terminé.

Les deux hommes hésitèrent pendant un instant, puis ils repartirent sans dire un mot.

Megumi se remit à somnoler, bercée par les bruits de leurs pas qui s'éloignaient doucement, mêlés au son lointain de leurs chuchotements...

- Kenji culpabilise beaucoup, tu sais, murmura Akihoshi en posant de nouveau un linge frais sur son front.

Megumi cligna des yeux et reporta son regard sur le commandant qui lui souriait avec douceur.

- C'est un garçon très impulsif. Il agit avant de réfléchir, continua-t-il, je te prie de le pardonner, il sera sanctionné.

C'était si inattendu.

Ce nabot, qui souhaitait sa mort depuis le premier jour, culpabilisait pour sa mauvaise chute ?

« Ça m’étonnerait... À mon avis, il est surtout venu vérifier que j'étais bien morte. Ce commandant est bien crédule... »

Elle secoua mollement la tête et grimaça de douleur en fermant les yeux.

Une nouvelle migraine lui meurtrissait le crâne.

- Inutile... de le sanctionner, marmonna-t-elle.

- Comment ? S'étonna Akihoshi en haussant les sourcils. Bien sûr qu'il sera sanctionné. C'est la règle, après tout !

- À quoi bon ? Soupira-t-elle en fermant doucement les yeux. Ce qui est fait est fait. Ça ne changera rien...

- Certes, mais il devra malgré tout expier sa faute, dit-il en trempant le linge dans la bassine d'eau fraîche. C’est la règle. D'autant plus que c'est lui-même qui l'a demandé.

Silence.

- Hein ?

Elle ouvrit de nouveau ses paupières lourdes, certaine d'avoir mal entendu.

- Comment ça ? C'est lui qui a demandé à être sanctionné ?

Elle fronça les sourcils sans comprendre tandis qu'il posait de nouveau sur elle, ce même regard doux et bienveillant.

- Je te l'ai dit, sourit-il, il culpabilise beaucoup.

Megumi le regarda d'un air interloqué, puis un gémissement lui échappa tandis qu'une douleur lancinante lui traversait le crâne.

- Ah, bon sang, mais que me faites-vous à la fin ? Se plaignit-elle.

- C'est terminé, mon enfant, la rassura le médecin en ouvrant sa sacoche, je vais te faire un bandage, et tu devras te reposer pendant quelques temps. Comment te sens-tu ?

Le commandant Akihoshi saisit sa nuque et la souleva, tandis que le médecin faisait rouler un bandage autour de son crâne.

- Je..., réfléchit-elle, j'ai juste mal à la tête et... je suis claquée.

Ils prirent un air interrogateur, alors elle se reprit :

- Fatiguée, je veux dire...

- Ah, c'est normal, tu as besoin de repos. As-tu d'autres symptômes ? Des nausées ? Des hallucinations ?

- Euh... non, pas que je sache.

- Parfait, tu vas vite te remettre, conclut-il en nouant le bandage au niveau de sa nuque.

- Devons-nous la maintenir éveillée ? À cause de son choc à la tête ? S'enquit le commandant en reposant sa nuque avec précaution contre l'oreiller.

- Non, ce n'est pas nécessaire, dans son cas, elle a au contraire besoin de dormir, recommanda-t-il.

Akihoshi hocha la tête et remonta le drap au niveau de son menton.

- Je reviendrai dans deux ou trois jours, alors d'ici là, assurez-vous que votre nièce reste au calme.

« Hein ? Nièce ? »

- J'y veillerai, merci docteur ! Oh, permettez-moi de vous raccompagner !

Akihoshi se leva d'un bond et s'empressa de rejoindre le médecin qui marchait déjà vers la porte menant au couloir extérieur.

- Ah ! Et n'oubliez pas de lui donner des infusions au Juthio, toutes les six heures, pour endormir la douleur, ajouta-t-il soudain en arrivant dehors.

Megumi voulut les suivre des yeux, mais ses paupières étaient si lourdes. Et elle se sentait si fatiguée...

Elle s'accrocha pour essayer d'entendre leur conversation, mais elle perdit rapidement la bataille...

Alors, elle abandonna et se laissa doucement glisser de nouveau dans les bras de Morphée.

 

 

* * *

 

Lorsque Megumi ouvrit péniblement les yeux, elle demeura longuement ainsi, inerte d'esprit comme de corps, puis, tout à coup, une douleur lancinante au niveau du crâne lui arracha une grimace, la réveillant enfin totalement.

« Ah oui, c'est vrai... »

Elle avait presque oublié sa mauvaise chute... et toute cette aventure qui l'avait conduite jusqu'ici.

« Quelle heure est-il ? Quel jour sommes-nous ? » se demanda-t-elle en touchant doucement son bandage.

Les rayons du soleil traversaient la porte coulissante, restée entrouverte. Réchauffant le sol et une partie de son futon.

Il lui semblait qu'une saison entière était passée, alors elle commença à s'inquiéter...

« Si j'ai dormi plus de trois semaines, je pourrai faire une croix sur mon retour chez moi... »

Affolée, elle tenta d'ignorer son atroce migraine et rassembla ses forces afin de se redresser.

- Rallonge-toi, fit soudain une voix sombre qui lui glaça le sang.

Elle sursauta et un cri de frayeur lui échappa, accentuant sa migraine.

C'était Eisuke.

Installé contre le mur, il avait levé le nez de son ouvrage et la regardait avec une lassitude morne.

Megumi le regarda en clignant des yeux sans comprendre.

- Rallonge-toi, répéta-t-il.

- Mais qu'est-ce que vous... pourquoi êtes-vous dans ma chambre ? Balbutia-t-elle en levant instinctivement sa couverture au niveau de son menton.

- Ordre du commandant. Nous sommes restés à ton chevet à tour de rôle.

- Ah... marmonna-t-elle, un peu surprise en touchant de nouveau son bandage. Combien de temps suis-je restée endormie ?

- Deux nuits et trois jours, répondit-il en refermant son livre. Reste allongée, je vais avertir le commandant et les autres que tu es revenue à toi.

Megumi obéit et le suivit du regard tandis qu'il quittait la pièce, le visage froid et indéchiffrable.

Lorsqu'elle se retrouva enfin seule, elle soupira longuement.

Cet homme avait une allure si austère et stricte qu'elle s'étonnait d'être parvenue à dormir non loin de lui.

« Ce sont peut-être ses ondes qui m'ont réveillée » se dit-elle intérieurement.

Un pouffement lui arracha soudain une grimace de douleur.

De toute évidence, sa blessure à la tête était plus profonde qu'elle l'avait supposé pendant les soins du docteur.

Elle n'avait qu'un vague souvenir de sa chute, et plus elle tentait de s'en souvenir, plus une terrible angoisse saisissait son âme.

« Et si je faisais une hémorragie cérébrale ? Ou quelque chose du genre ? »

« Bon sang, comme si je n'avais pas assez de problèmes comme ça, il a fallu qu’en plus je fasse cette mauvaise chute, ici ! »

« Si j'étais chez moi, je me serais retrouvée à l'hôpital. Des médecins m'auraient fait une radio... ou je ne sais pas... »

« Mais je dois me contenter de ce bandage ! »

Des bruits de pas précipités interrompirent soudain le cours de ses pensées et Akihoshi débarqua au pas de courses dans la pièce.

- Ma pauvre petite ! Que l'Unique soit loué, tu es revenu à toi ! Comment te sens-tu ? Soupira-t-il en prenant place près d'elle.

- Euh...Bien, répondit-elle un peu déroutée, tandis qu'il touchait son front, le regard sérieux.

Elle était surprise de constater qu'il s'était sincèrement inquiété.

Il avait l’air de se sentir coupable...

- La fièvre est tombée... dit-il avec un sourire soulagé, avant de lui tapoter l'épaule. Tu as été très courageuse, peti... euh, Megumi ! Tu es sortie d'affaire ! C'est une excellente nouvelle !

Elle répondit un peu maladroitement à son sourire.

- Daisuke ! Fais vite porter un message au docteur ! Dit-il soudain en tournant le visage vers la porte.

Ce fut seulement à cet instant qu'elle réalisa que Daisuke et Kenji étaient sur le seuil de la porte de sa chambre.

- Bien commandant, répondit le géant en inclinant la tête.

Il se détourna et Megumi croisa son regard pendant un bref instant.

Un léger sourire étira ses lèvres, puis, il s'avança le long du couloir, laissant derrière lui un Kenji tout penaud.

Les mains dans le dos, il donnait des petits coups de pieds dans le vide en faisant mine d'être particulièrement intéressé par la couleur des murs.

Un silence embarrassant s'installa et Akihoshi observa le jeune capitaine avec une lassitude grandissante.

Le commandant finit par se racler la gorge.

- Kenji, marmonna-t-il avec impatience.

Le jeune homme pesta, fronça du nez et contracta la mâchoire comme s'il se retenait désespérément d'exploser.

Ses traits étaient si tirés qu'il ressemblait à un enfant à deux doigts de se rouler par terre de rage.

- Nous attendons, ajouta le commandant.

Megumi le regarda sans comprendre avant de poser de nouveau les yeux vers Kenji qui se tournait vers elle, le visage grimaçant.

- Je... Pardon, marmonna le jeune homme en rougissant comme une tomate, le regard fuyant.

Megumi, qui ne s'y attendait pas du tout, haussa les sourcils avec surprise.

- Allons... Elle a tout de même failli mourir par ta faute, je suis certain que tu peux faire beaucoup mieux que ça, mon garçon !

Megumi écarquilla les yeux et s'empressa de cacher son sourire nerveux derrière sa couverture.

Un geste qui accentua visiblement la colère de Kenji, mais Akihoshi était bien trop occupé à fixer son subordonné pour s'en rendre compte.

- Vous...vous ne m'enlèverez pas de la tête que cette fille est une espionne ! Marmonna-t-il entre ses dents.

- Nous avons déjà eu la preuve qu'elle n'a pas menti sur son identité, dit-il, blasé.

Ils avaient manifestement déjà eu plusieurs fois cette même discussion…

«  C’est comme ça qu’il culpabilise, lui ? » se dit-elle, blasée.

- Les rebelles sont quasiment tous nés à Aldagarya ! Ça ne prouve rien ! Ils nous l'ont envoyée, c'est évident ! pesta le jeune capitaine en posant son regard haineux sur elle.

- Kenji... Là n'est pas la question, pour l'heure, tu dois lui présenter tes excuses correctement, insista Akihoshi. Alors dépêche-toi, nous attendons.

Megumi pinça les lèvres, le regard passant de l'un à l'autre.

Elle aurait voulu lui dire que ça allait. Qu'elle n'avait pas besoin de ses excuses, mais il lui sortait tellement par les oreilles qu'elle préférait profiter du spectacle...

Il fronça du nez en détournant la tête, les poings serrés et convulsés de rage.

Puis, après un moment, il soupira, en étirant la bouche d'un air dépité... avant de se décider enfin à s'incliner devant elle.

- Je suis désolé... de t'avoir fait peur... au point de te faire perdre l’équilibre... dit-il d'une voix hachée par la rage et l’embarras. Ce n'était pas... mon intention.

Akihoshi sourit et hocha la tête, satisfait.

- Bien, c'est beaucoup mieux, dit-il en se tournant vers Megumi. Maintenant, repose-toi, ma petite ! Et si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à faire venir Kenji, il sera à ton service durant toute la semaine. Il s'agit de l'une de ses sanctions.

Megumi, qui s'apprêtait à lui rappeler qu'elle n'était pas petite, se retint juste à temps en entendant la suite de sa phrase.

Avait-elle bien entendu ?

« Non mais, je rêve, se dit-elle en se mordant la lèvre pour ne pas rire ».

Elle jeta un regard en coin vers Kenji qui serrait toujours ses poings comme un fou, le regard fuyant, en se redressant.

- Si jamais il ne se comporte pas correctement, fais le moi savoir, et je triplerai le nombre de ses tâches à faire.

Megumi vit le jeune capitaine se raidir, mais elle fit de son mieux pour ne pas éclater de rire, même si c'était très tentant.

- Compris, répondit-elle avec un petit sourire.