Akai ito
livre 1

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Chapitre 29

Lorsqu'ils furent de retour au domaine, Megumi afficha un sourire heureux si trompeur qu'elle faillit berner Eisuke lui-même.

Akihoshi, Kenji et Daisuke étaient les seuls présents pour les accueillir. Kyosuke entraînait les nouvelles recrues tandis qu'Hayate était censé patrouiller en ville avec ses hommes...

Megumi devinait qu'il leur avait laissé le sale boulot pour aller passer du bon temps avec cette femme de son côté.

Elle chassa vivement la vision de son esprit. Elle avait déjà bien assez pleuré comme ça !

- Tu as réussi ? fit mine de s'enthousiasmer Akihoshi. Wouah ! Quelle bonne nouvelle...

Il mentait très mal.

Megumi pouffa de rire.

- Félicitation, tête brûlée ! S'amusa Daisuke en la décoiffant.

Elle se dégagea de sa main taquine, en riant aux éclats.

- Ah ! Au fait ! J'aimerais que vous me laissiez cuisiner ce soir, pour fêter ça ! Dit-elle avec entrain. Cela ne vous dérange pas ?

- Oh ? Bien sûr que non, au contraire... fit le commandant.

- Euh... hésita Kenji.

Megumi fronça les sourcils face à son regard inquiet.

- Quoi ? Je te signale que je sais très bien cuisiner, c'est juste... que je ne me souviens plus très bien comment faire.

La jeune femme avait oublié ce détail...

Elle ignorait encore tout de leurs aliments et de leur manière de les préparer.

« Et sans les vidéos YaTube, je vais avoir du mal... »

Akihoshi et Daisuke pouffèrent de rire avec hésitation, soudainement inquiets pour leurs estomacs.

- Je vais t'aider... marmonna Kenji, un peu à contrecœur.

- Ah ? Mais j'ai dit que je m'en occupais !

- Tu ne sais même pas quoi est quoi, avec ton amnésie bizarre là ! Râla-t-il. Je viens et c'est tout ! Je n'ai aucune envie de tomber malade !

- Bon...

- Dans ce cas, c'est réglé, s'enthousiasma Akihoshi, visiblement soulagé.

Cet homme était décidément aussi transparent qu'un verre d'eau...

- Bon, et bien, allons-y, céda-t-elle en s'avançant vers la maison avec Kenji. Je vous laisse annoncer la grande nouvelle à Kyosuke, concernant mon travail.

- Oui, grimaça Akihoshi. Il va être fou de joie...

Megumi s'esclaffa en ouvrant la porte tandis que Kenji soupirait de lassitude.

- Franchement, qu'est-ce que ça peut leur faire que tu travailles ? Se plaignit Kenji. Ils ont passé la journée à râler, j'en avais plein le cul...

- Ils se font simplement du souci, c'est normal. Ils ne sont pas habitués à voir les femmes travailler.

- Moi non plus, et j'en fais pas tout un cataplan.

Megumi fronça des sourcils.

« Ah, une nouvelle expression ! »

En arrivant dans la cuisine, Megumi se lava les mains, ouvrit la porte menant à l'extérieur, rangea Hayate dans un coin de sa tête, et se montra attentive tandis que Kenji lui expliquait tout sur les aliments dont ils disposaient.

Aucun ne ressemblait à ceux de son monde à part le riz, et tous ne pouvaient pas être cuisinés ensemble.

Elle commençait à avoir la tête lourde. La jeune fille avait l'impression de se gaver d'informations depuis qu'elle était là.

« Heureusement que j'apprends vite... »

- NON, PAS MAINTENANT ! hurla-t-il à l'instant où elle s'apprêtait à plonger les légumes dans l'eau bouillante.

- Mais, c'est toi qui as dit que...

- Non ! Je t'ai dit que ceux-là devaient cuire en dernier ! T'écoutes rien ou quoi ?

- Rooh ça va, je ne peux pas tout retenir du premier coup. Tu n'es pas obligé de brailler.

- Je braille si je veux !

Elle pesta en reposant les légumes, le regard noir braqué sur le jeune homme.

- Quoi ? Grogna-t-il.

- Rien... Je me disais juste qu’après avoir fait mon rapport aux Koaki, je me ferai un plaisir de les regarder te torturer...

- Imbécile, commence déjà par les appeler correctement ! S'énerva-t-il. C’est Aokitsu ! De plus, c'est impossible que tu sois une espionne. Tu ne sers à rien et tu ne sais rien faire !

Elle pinça les lèvres, vexée.

- L'imbécile, c'est plutôt toi, l'ami, dit-elle avec un sourire supérieur. Il ne t'est jamais venu à l'esprit que tout ceci n'était peut-être qu'une stratégie pour vous forcer à baisser la garde ?

Kenji, qui coupait un légume, se figea pendant un instant avant de reprendre en pouffant, un peu mal à l'aise.

- Impossible, tu es trop simplette, c'est écrit sur ta face de moche. Si tu avais été une espionne, je t’aurais grillée depuis longtemps...

Megumi sourit et s'efforça de garder un silence inquiétant, tandis qu'il coupait les légumes avec des gestes bien moins maitrisés.

- Tu blaguais, hein ? Tenta-t-il soudain de s'assurer.

 

 

* * *

 

 

Un peu plus tard, Kenji la laissa seule afin de prendre son tour de garde. Il ne restait plus qu'à surveiller la cuisson et il lui avait expliqué comment faire. Le plus dur était passé...

Mais à présent qu'elle se retrouvait de nouveau seule avec ses pensées, elle ne pouvait plus songer à autre chose qu'à la peine que lui avait infligé Hayate dans la journée.

Elle coupa les fruits pour le dessert avec hargne et brutalité, comme s'il s'agissait du cœur d'Hayate.

Elle rêvait de le détruire comme il ne cessait de le faire, mais elle devait reprendre ses esprits. De telles pensées étaient indignes d'elle.

Elle ne se lancerait pas dans une bataille puérile.

Il l'avait blessée, certes, mais la meilleure vengeance, ... n'était-elle pas de trouver le bonheur sans lui ?

Oui. Elle allait l'oublier.

Elle allait faire son possible pour libérer son cœur de son emprise et devenir heureuse.

Elle aurait évidemment voulu le voir tomber à ses pieds et s'excuser en pleurant comme le chien qu'il était, mais il ne fallait pas trop rêver...

La femme qui le rendrait fou d'amour n'était probablement pas encore née.

Alors ce plan était le seul dont elle disposait.

Le visage tourmenté d'Eisuke lui traversa soudain l'esprit et un soupir lui échappa tandis qu'elle rougissait de honte.

Il avait probablement compris ses sentiments à cause de sa ridicule crise de larmes...

« Aah, soupira-t-elle embarrassée, en passant sa main dans ses cheveux, j'ai dû mettre de la morve sur ses fringues... »

Elle disposa le fruit tranché dans une assiette avant d'en attraper un autre.

Le regard bleu du vice-commandant lui revint doucement en mémoire et elle se sentit un peu moins mal tandis qu'elle se laissait aller à penser à lui.

Le souvenir de ses bras réconfortants lui réchauffait le cœur et lorsqu'elle servit le dîner ce soir-là, elle l'observa avec un regard nouveau.

Au départ, il n'avait été que l'incarnation de l'autorité à ses yeux, et il l'impressionnait autant qu'il la fascinait avec sa prestance incroyable qui le caractérisait tant...

Mais depuis quelques temps, elle découvrait la face cachée que le vice-commandant ne dévoilait que rarement, et elle réalisait que malgré son masque de froideur, il était en réalité profondément gentil et chaleureux.

Comme s'il avait lu dans ses pensées, Eisuke leva soudain les yeux vers elle et Megumi sentit son cœur bondir contre sa poitrine.

Elle détourna les yeux par réflexe avant de le regarder de nouveau.

Celui-ci la fixait du coin de l'œil en silence, comme dans une interrogation muette.

Megumi lui sourit pour le rassurer avant de prendre enfin place sur son siège habituel.

- Voilà, vous pouvez commencer, annonça-t-elle. Et ne vous inquiétez pas, Kenji m'a aidée... ajouta-t-elle, blasée en les voyant se pencher vers l'assiette avec hésitation.

- Ha ha, nous ne doutons pas de tes talents, ma petite Megumi, s'amusa Akihoshi. Bien, bon appétit à tous !

- Moi, je ne mange pas, râla Kyosuke, les bras croisés.

- Hein ? Mais pourquoi ? S'étonna-t-elle. J'ai déjà goûté, je te rassure ! Et comme tu peux le voir, je ne suis pas malade...

- Je n'avalerai plus jamais rien de ma vie tant que tu n'auras pas oublié l'idée d'aller travailler ! bouda-t-il.

-  Hein ? Ce n'est pas vrai ! Tu es encore avec ça ? Râla-t-elle, dépassée.

- La lourdeur... soupira Kenji.

- On ne t'a pas sonné, toi, le nabot ! S'énerva-t-il.

Soudain, la porte s'ouvrit avec fracas et Megumi sentit un grand froid lui traverser la poitrine lorsqu'elle reconnut la silhouette d'Hayate du coin de l'œil.

- Ah, on fête quelque chose ? S'amusa-t-il en s'installant à sa place habituelle, avec nonchalance.

La table était en effet bien plus garnie que d'habitude.

- Tu as vu l'heure, Hayate ! S'énerva Akihoshi, le regard rébarbatif braqué sur lui. Il m'a semblé pourtant avoir été clair concernant les horaires !

- Ouais, ouais, je sais, je ne le referai plus, marmonna-t-il taquin et indolent en se servant dans le plat principal.

- Je crois que tu m'as sorti ce mensonge une bonne centaine de fois, déplora-t-il en continuant son repas.

Megumi le regarda du coin de l'œil avec mépris et baissa les yeux avant de chercher Eisuke du regard.

Celui-ci la regardait discrètement avec inquiétude.

Touchée par sa sollicitude, elle s'efforça de lui sourire et lui fit signe de continuer son repas.

Son cœur battait à tout rompre, et la main tenant ses baguettes tremblait légèrement...

« Ça passera, se répéta-t-elle intérieurement. Ce n'est qu'une question de temps, ça passera ! »

« Je vais l'oublier... »

- Ah, mais, c'est vrai, c'était aujourd'hui, ton entretien ! Fit soudain Hayate.

Megumi tressaillit et le regarda du coin de l'œil tandis qu'il lui souriait de cette manière si détestable et sexy à la fois.

« Sois naturelle. Ne montre pas ta haine... »

- Oui, répondit-elle en lui souriant en retour. Et ça s'est très bien passé, je commence demain.

- Ooh, fit-il, épaté. Félicitations ! Je ne m'y attendais pas du tout !

Il reprit une bouchée, l’air de rien, sans en parler davantage.

- Euh, tu veux dire quoi par-là ? Dit-elle, piquée.

- À ton avis ? S'amusa-t-il en haussant les épaules. Tu es une fille alors je m'attendais à ce qu'il t'envoie cueillir des fleurs ailleurs... Oh, Eisuke, j'adore ton haut ! envoya-t-il avant de se servir de nouveau.

Eisuke haussa un sourcil, pincé.

Il avait effectivement enfilé une tenue de ville bleue qui lui allait à ravir...

Mais venant d'Hayate, ce compliment sonnait plutôt comme une raillerie et elle ne fut visiblement pas la seule à le penser...

« C'est moi ou l'ambiance est devenue électrique depuis qu'il est là ? »

- Hayate... soupira Daisuke.

- Quoi ? Dit-il d'un air faussement innocent, un petit sourire insupportable au coin de la bouche.

- Garde tes sarcasmes pour toi.

- Mais je n'ai fait que le complimenter sur sa tenue, se justifia-t-il d'un air clairement moqueur. Sans déconner, Eisuke, j'adore ton haut !

Le vice-commandant continuait son repas sans lui accorder un regard et Megumi en fit de même, ravie par la réaction d'Eisuke.

Le silence était effectivement le meilleur des mépris. Elle allait en prendre de la graine.

Soudain, une cloche retentit et ils se levèrent tous d'un bond en s'échangeant des regards déchaînés.

- Encore les rebelles ?... Ou des hommes d'Akiyama ? Fit Kenji en s'assurant que son arme était toujours accrochée à sa ceinture.

- Cela n'a pas d'importance, trancha Akihoshi en se rendant à l'extérieur. Si l'alerte vient de sonner, cela signifie que nous devrons nous battre !

Megumi se leva en tremblant, un peu secouée par ce bouleversement inattendu.

- Megumi, fit Eisuke en posant une main douce sur son dos. Je vais t'accompagner jusqu'à l'abri.

« Oh non, pas encore ce trou noir et effrayant, par pitié... » pensa-t-elle, désespérée, en se remémorant la dernière attaque nocturne.

Mais elle n'avait visiblement pas le choix...

- Je vais t'envoyer deux de mes hommes afin qu'ils protègent la porte menant à l'extérieur, tu ne risqueras rien...

Une fois arrivés à la salle de soin, il leva le tapis qui cachait la trappe et l'ouvrit rapidement avant de l'aider à s'y engouffrer.

Elle était terrifiée à l'idée d'y passer des heures toute seule, mais elle prit sur elle afin de faire bonne figure devant Eisuke.

- Ne sors d'ici sous aucun prétexte, cette fois... D'accord ? Murmura-t-il en plongeant son regard dans le sien. Tu m'as bien compris ?

Elle hocha la tête sans le quitter des yeux et la main d'Eisuke lâcha doucement son bras... avant de caresser sa joue avec douceur.

Megumi frémit, frappée par la chaleur de son geste, et son trouble se mit à grandir en elle tandis qu'elle décelait une lueur étrange dans le bleu de ses yeux.

« Est-ce que... je rêve ou... ? »

Puis, sans dire un mot de plus, il recula et ferma la trappe, la plongeant de nouveau dans cette obscurité totale qu'elle redoutait tant.

 

 

* * *

 

 

- J’ai plus le time, je go ! Chantonna-t-elle en essayant tant bien que mal de se souvenir de la chorégraphie. J’ai plus le time, je go oh oh, yeah !

Elle roula des hanches, les yeux fermés pour éviter de voir une éventuelle ombre dans l'obscurité et se mit à chanter un peu plus fort pour ne plus entendre cet insupportable silence qui lui glaçait le sang.

Soudain, elle poussa un cri en entendant un grincement au-dessus de sa tête.

Les deux soldats avaient ouvert la trappe et la regardaient d'un air contrarié. Elle se figea dans son pas de danse, et les regarda à tour de rôle.

- Tu sais... Le but d'une cachette, commença l'un des deux soldats, c'est de ne jamais être trouvée... mais ça va être compliqué, étant donné qu'on peut t'entendre depuis la ville...

Megumi reprit une position normale en grimaçant un sourire.

- Je suis désolée, c'est juste que j'ai peur du noir et que...

Megumi sentit son cœur se geler soudain sur place en voyant une ombre surgir dans leur dos.

Elle tenta de hurler pour les avertir, mais elle venait à peine d'ouvrir les lèvres que leur sang lui tombait déjà dessus.

Elle poussa un cri étouffé et une trouille bleue la paralysa soudain lorsqu'une main puissante l'attrapa brutalement par le col, avant de la soulever comme si elle était aussi légère qu'un sachet de céréales.

Elle aurait voulu hurler pour appeler à l'aide mais c'était comme si la terreur avait bloqué sa voix.

La peur lui prenait le ventre et rendait sa peau moite.

- Tiens, tiens... Quelle agréable trouvaille, que voilà, murmura une voix rauque.

Megumi leva un regard tétanisé vers l'intrus qui venait de tuer les deux soldats et elle retint instinctivement son souffle en croisant ce regard terne et mauvais.

Instinctivement, et sans prendre le temps de réfléchir, elle leva la main vers lui et lui creva les yeux avec ses doigts.

Son expression avide se mua en surprise, et Megumi s'empressa de prendre ses jambes à son cou lorsqu'il la lâcha par réflexe.

Il lui hurla des mots dont elle ne saisissait pas le sens, tandis qu'elle fonçait à travers la maison, à la recherche d'une arme.

Pourquoi n'avait-elle pas encore eu ses premières leçons de combat ?!

Kyosuke s'était engagé à tout lui apprendre mais...

« À cause de ma maudite blessure à la cheville, je n’ai pas encore eu le moindre petit cours ! »

Que pouvait-elle faire ?!

« Aïe aïe aïe, ça craint ! Ça craint ! »

En passant par le couloir de l'entrée, elle saisit l'une des armes en bois en espérant trouver mieux plus tard. Elle s'apprêtait à sortir pour s'éloigner le plus possible de son agresseur, mais à peine arrivée au seuil, elle se figea sur place, stupéfaite par le spectacle qui s'offrait à elle.

La bataille faisait rage et les ennemis étaient bien plus nombreux que lors de leur dernière attaque.

Beaucoup d'hommes étaient à terre et son regard chercha instinctivement la silhouette d'Hayate.

Il luttait contre deux soldats, trempé de sang, un sourire machiavélique aux lèvres. Visiblement, il s'amusait comme un fou...

Elle soupira de soulagement et se cacha derrière un poteau en cherchant les autres.

Elle trouva Akihoshi, Eisuke, Daisuke...

Mais où étaient passés Kyosuke et Kenji ? Peut-être étaient-ils derrière.

Elle ne retrouvait pas leurs silhouettes parmi les dépouilles...

Soudain un bruit de casse se fit entendre dans la demeure et Megumi retint son souffle en espérant ne pas voir son agresseur sortir par la porte d'entrée.

« Bon sang, quelle pagaille...se dit-elle en évitant de regarder vers les combats sanglants. Alors ça va être ça ma vie ? Je vais devoir m'habituer à un tel quotidien ? »

Elle saisit sa tête entre ses mains en s'efforçant de respirer calmement.

« Mais qu'est-ce que je fous là, bon sang ?! Je devrais être devant ma télé à regarder des dramas ! Je n'ai rien à faire là ! »

Elle s'accroupit et se roula en boule en serrant son épée en bois de toutes ses forces dans sa main.

- Ça va aller... Ils vont régler ça, et demain matin, tout sera déjà terminé...tenta-t-elle de se rassurer.

Elle prit une nouvelle inspiration pour retrouver son calme, et lorsqu'elle releva les yeux vers les combats, elle sursauta en voyant le duel de deux soldats déborder vers les jardins d'Eisuke.

Le soldat d'Ilias tomba lourdement sur le magnifique parterre de fleurs et para difficilement le coup ennemi.

Sans réfléchir à ce qu'elle s'apprêtait à faire, Megumi sortit de sa cachette et se précipita vers eux en criant de colère et de peur.

Ce jardin avait une histoire, et comptait énormément pour Eisuke qui se donnait du mal chaque matin pour l'entretenir !

Il était hors de question que qui que ce soit ne le piétine !

Elle cria en le frappant dans le dos avec son épée en bois, l'ennemi la regarda, intrigué alors le soldat en profita pour attaquer depuis le sol.

Mais il l'esquiva de justesse et Megumi vit avec horreur la pointe de l'épée ennemie se planter dans sa pomme d'Adam.

- Oh mon Dieu ! Gémit-elle dans un cri perdu entre la terreur et le sanglot.

Elle s'empressa de reculer lorsqu'il se tourna vers elle, l'arme au poing.

Le choc des armes assourdissait les cris et les gémissements autour d'elle.

Tout se confondait et devenait de plus en plus chaotique et irréel tandis que le sang continuait de couler...

Se souvenant tout à coup de la raison de sa venue ici, elle secoua la tête et leva son arme vers l'ennemi.

- Ne... Ne marchez pas sur les fleurs ! Bégaya-t-elle en rassemblant le courage qui lui restait.

Son pouls s'accélérait et sa poitrine la comprimait de plus en plus. Elle arrivait à peine à respirer...

Il baissa les yeux vers les fleurs en riant, puis, il fondit sur elle et le sang de Megumi ne fit qu'un tour. Le sang lui fouettait les tempes, elle était pétrifiée par la terreur.

« Je... Je vais mourir ici ?! »

« Comme ça ?! »

Soudain, Eisuke se dressa devant elle et planta profondément sa lame dans le cœur du soldat surpris.

Megumi leva de grands yeux larmoyants vers le dos du vice-commandant tandis que l'ennemi

s'écroulait lourdement sur les belles plantes qu'Eisuke avait récemment ajoutées.

Elle serra les lèvres et essuya les larmes qui lui avait échappé, tandis qu'Eisuke se tournait vers elle, le visage déchaîné.

- Par l’Unique, mais que fais-tu là ? S'énerva-t-il en la secouant par les épaules. Qu'est-ce qui t'as pris de venir au milieu des combats ?!

Megumi le dévisagea intensément, le regard bouleversé.

- Je... Je protégeais vos fleurs... murmura-t-elle d'une voix absente.

Le regard du vice-commandant se brisa, il la dévisagea pendant un instant, troublé, puis il lâcha un soupir et l'attira brusquement contre lui.

- Idiote, souffla-t-il.

Megumi rougit comme une tomate et s'accrocha maladroitement à ses vêtements tandis que ses jambes se dérobaient sous elle.

Eisuke la retint solidement contre lui et malgré l'enfer qui les entourait, elle se sentit réellement en sécurité dans ses bras.

Elle avait la certitude que plus rien ne pouvait lui arriver, à présent qu'il était là.

« L'homme qui t'aimera à en mourir » résonna la voix de la sorcière.

Le cœur de Megumi se mit à battre un peu plus fort et elle revint brusquement sur terre en voyant un combattant ennemi se ruer vers eux, prêt à trancher le dos d'Eisuke.

Elle eut à peine le temps de crier qu'Eisuke lui transperçait déjà le ventre sans même se retourner.

Elle sursauta et le regarda mourir, les yeux plongés dans les siens, tandis qu'il tombait lourdement sur le sol.

- Oh mon Dieu... souffla-t-elle tandis qu'Eisuke s’avançait légèrement, la forçant à reculer d’un pas.

- Megumi...

Son regard était à la fois tendre et douloureux. Megumi se noya encore dans le bleu de ses yeux en songeant que ce n'était guère l'endroit pour une scène romantique.

Ils étaient au beau milieu d'un bain de sang.

- Tu crois que des fleurs sont plus importantes que ta vie ? S'énerva-t-il d'une voix étranglée. Espèce d'idiote ! J'ai cru que mon cœur allait s'arrêter ! Je...

Il s'interrompit, ne sachant plus comment exprimer ce qu'il ressentait et Megumi sentit un flot de chaleur l'envahir, tandis que des larmes lui montaient aux yeux.

Le temps sembla s'arrêter, la bataille s'effaça peu à peu autour d'elle, et elle n'entendit plus rien lorsqu'il saisit son visage entre ses mains avec une douceur passionnée, avant de poser ses lèvres sur les siennes.

Sa tête tournait. Ses pensées s'étaient figées, liquéfiées, tandis que son cœur s'emballait chaudement dans sa poitrine.

Comme s'il venait de reprendre ses esprits, Eisuke s'arracha vivement à ses lèvres avec un gémissement rauque avant de la dévisager avec une stupeur enflammée.

- P... Pardonne-moi, Megumi, je...

La jeune femme retrouva brutalement ses sens et un froid la traversa lorsqu'elle entendit des pas précipités se ruer vers eux.

Eisuke n'eut pas le temps de réagir, et reçu soudain un coup au visage avec une telle violence, une telle brutalité, qu'il se retrouva sur le sol un peu plus loin.

Megumi poussa un cri de stupeur et son cœur fit un bond lorsqu'elle posa les yeux sur le visage tâché de sang d'Hayate.

Celui-ci toisait Eisuke depuis sa hauteur, et ce qu'elle lisait dans son regard la tétanisait sur place.

Son sourire était dément, presque possédé, tandis qu'il s'avançait vers Eisuke en ricanant comme le diable en personne, visiblement prêt à le trancher...

Megumi ne sut comment elle parvint à dominer sa peur tant elle ne le reconnaissait pas. Pourtant, elle se retrouvait bel et bien devant Hayate, à le secouer par les épaules pour le forcer à la regarder.

Mais il continuait de charger comme un buffle en direction d’Eisuke.

- ARRÊTE !! NE LUI FAIS PAS DE MAL !! HAYATE !

Le regard fou, il la bouscula et la jeune fille se retrouva sur le parterre de fleur.

Elle qui avait quitté sa cachette pour protéger le jardin, elle aurait finalement mieux fait de s'abstenir.

Eisuke se leva d'un bond, le regard déchaîné et bloqua son attaque à l'aide de sa lame en plongeant ses yeux furieux dans les siens, sans se démonter.

Des ennemis venaient par moment, mais chacun s'en occupait sans lâcher l'autre des yeux, comme si ces soldats n'étaient rien de plus que de vulgaires insectes.

Hayate ricanait. Il riait comme si tout ceci l'amusait et Megumi commençait sérieusement à se demander s'il n'avait pas perdu la tête.

Après quelques croisements de fer, Hayate flanqua un violent coup de genou dans le ventre d'Eisuke qui, surpris, se plia en deux, et le capitaine lui assena ensuite un coup de tête, semblable à une masse, qui le renvoya par terre.

- MAIS ÇA SUFFIT, BON SANG !!! Explosa-t-elle en se dressant devant Eisuke dans un geste de protection. TU ES DEVENU FOU OU QUOI ?!

Elle entoura les épaules du vice-commandant de son bras en levant les yeux vers Hayate.

Celui-ci la toisait de sa hauteur, le regard si diabolique qu'elle percevait à peine ses pupilles.

Sa tête s'inclina sur le côté et il pouffa de rire d'une manière terrifiante en posant son regard assassin sur Eisuke.

- Eh ? Ça t'amuse d'essayer de voler les jouets des autres, Eisuke kun ? demanda-t-il d'une voix dangereusement calme.

Megumi tressauta et le regarda en fronçant des yeux tandis que le sourire d'Hayate disparaissait progressivement de son visage, pour laisser la place à une extrême froideur.

« Jouet ? »

- Tu sais pourtant que je déteste que l'on touche à mes affaires... murmura-t-il.

« Non, mais je rêve... ? »

« Je rêve là ?! »

Elle était si indignée, que son cœur en brûlait de rage.

Elle n'arrivait pas à croire ce qui était en train de se passer.

- Elle ne t'appartient pas... souffla Eisuke en reprenant ses esprits.

Megumi baissa un regard inquiet vers lui tandis qu'il relevait de nouveau la tête vers le capitaine.

- Megumi n'est pas à toi. Et elle est encore moins ton jouet !

Son regard bleu brûlait de colère. Hayate prit un air moqueur et dédaigneux avant de poser des yeux sadiques sur Megumi.

- Détrompe-toi, Eisuke-kun... dit-il d'une voix rieuse, si basse qu'elle semblait sortie tout droit des enfers.

Megumi eut un mauvais pressentiment et leva un regard menaçant vers Hayate.

Non. Il n'oserait pas...

- Tu ne lui as pas raconté, Megu chan ? S’enquit-il d'une voix sombrement malicieuse.

La jeune femme sentit son cœur lui retomber lourdement dans l'estomac tandis qu'elle le dévisageait de ses grands yeux ronds.

« Non... »

« Je n'arrive pas à y croire... »

« Je le savais cruel mais pas à ce point-là... »

Elle plongea son regard dans le sien, en espérant qu'il n'aille pas plus loin, mais elle commençait à le connaître...

Lorsqu'il arborait des yeux pareils, plus rien ne pouvait l'arrêter.

Deux ennemis se ruèrent soudain dans son dos, mais Hayate retourna ses lames et les tua sans lâcher le visage désespéré de Megumi des yeux.

Il semblait prendre un malin plaisir à la tourmenter. Elle était dans tous ses états, elle n'osait plus regarder vers Eisuke. Elle ne savait plus où se mettre...

Elle aurait voulu prendre ses jambes à son cou et fuir cette terrible et honteuse situation.

Soudain, la main douce d'Eisuke saisit doucement le bras de Megumi, et la jeune femme osa à peine regarder vers lui.

- N'entre pas dans son jeu, Megumi... dit-il avec patience. Ne fais pas attention à lui. Viens. Tu n'as rien à faire ici, je vais te mettre en sécurité...

Sa voix était douce et gentille, comme à son habitude.

Megumi se releva avec lui, et jeta un rapide regard méfiant vers Hayate tandis qu'Eisuke la ramenait vers la maison.

Son cœur battait à mille à l'heure. Il n'allait pas en rester là. Elle le savait.

- Eh bien, eh bien, fit Hayate d'un air faussement épaté en applaudissant dans leur dos. Quel esprit chevaleresque ! Je t'ai vraiment mal jugé, « Eisuke kun » ! Être prêt à te sacrifier pour sauver sa réputation ! Moi, je dis, bravo ! Je ne peux que t'applaudir !

Ils le regardèrent sans comprendre tandis qu'il s'approchait d'eux avec son habituelle démarche nonchalante.

- Te connaissant, tu vas l'épouser avant de faire tes petites affaires, du coup, non ? Alors si je peux te donner un conseil... Ne tarde pas trop, parce que ça va vite se voir...

- De quoi parles-tu ? S'impatienta Eisuke.

- Mais enfin, tu le sais bien, non ? Je parle de mon rejeton, que tu as visiblement prévu de reconnaître comme étant le tien ! Lâcha-t-il avec un grand sourire.

La mâchoire de Megumi tomba par terre, tant elle ne s'attendait pas à ça.

- Je t'en remercie d'ailleurs, parce que moi, le mariage, grimaça-t-il. C'est pas du tout mon truc... Et les gosses, encore moins.

- J'en ai assez de tes inepties ! S'impatienta le vice-commandant en faisant un geste pour partir.

- Des inepties ? Fit-il d'un air faussement outré. Tu penses que je me fous de toi ?

Il pouffa de rire, visiblement très amusé par la pagaille qu'il était en train de mettre entre eux et se tourna vers Megumi.

- Je t'invite à le vérifier en posant directement la question à ta "dulcinée"...

Eisuke fronça les sourcils et chercha le regard de Megumi mais celle-ci ne lâchait pas Hayate de ses yeux sombres.

Elle ne le supportait plus. Elle ne pouvait plus supporter ne serait-ce que le son de sa voix...

Elle voulait le voir disparaître !

- Ouais... le nargua Hayate, un sourire cruel aux lèvres. Tu as très bien compris. Je l'ai baisée. Je l'ai baisée pendant une nuit entière, sans m'arrêter, et tu sais quoi ? Elle a adoré ça !

Le poing d'Eisuke s'abattit soudain brutalement sur le visage d'Hayate. Celui-ci encaissa, et goûta le sang de sa lèvre blessée avec un sourire vicieux.

- Allons, allons... cogner est tellement indigne de toi, Eisuke kun ! Se moqua-t-il, le défiant par le regard de recommencer.

- Allons-y, Megumi ! S'impatienta-t-il en la prenant par le bras.

- Ha ha ! Je t'offre généreusement mes miettes, Eisuke kun ! Fais-en bon usage ! Lui envoya-t-il avec un rire qui faillit faire exploser Megumi.

Elle aurait voulu crier, et le rouer de coups.

Mais elle savait que c'était ce qu'il voulait. Il rêvait de la voir perdre la tête…

Alors elle avait rongé son frein et serré les poings à s'en faire mal, jusqu'au bout.

Megumi ne s’était jamais sentie ainsi. Elle tremblait de rage et peinait à respirer correctement.

« Je vais le tuer... »

« Je vais le massacrer ! »

Eisuke se débarrassa de quelques ennemis en cours de route, avant de la cacher dans un petit enfoncement sous la demeure.

- Reste là, jusqu'à la fin, recommanda-t-il avant de rebrousser chemin. Cela ne sera plus très long.

Megumi chercha son regard, mais il l'évita soigneusement, le visage fermé comme jamais.

Elle se mordit la lèvre de rage et suivit le vice-commandant des yeux, tandis qu'il retournait combattre...

Que pensait-il d'elle à présent qu'il savait ?

Elle versa des larmes de fureur et gronda de haine en écrasant son poing contre le sol.

L'idée qu'il pouvait mal la juger lui était intolérable...

- Haya...te, grogna-t-elle en serrant les dents de toutes ses forces.

Ce type ! Des centaines de noms d'oiseaux lui venaient, mais aucun n'était assez fort pour le qualifier.

Comment faisait-il pour se faire davantage détester alors qu'elle avait toujours la sensation d'avoir atteint sa limite ?

Elle avait l'impression de devenir folle.

Elle allait exploser...

Comment avait-il pu oser l'humilier ainsi, et devant Eisuke de surcroît ?!

« Je le hais. »

« Je le hais... »

- Je le hais !

 

 

* * *

 

 

Les combats étaient terminés depuis un moment déjà, pourtant Megumi n'avait toujours pas quitté sa cachette.

Roulée en boule, le front contre ses genoux, elle se repassait en boucle le dernier dérapage d'Hayate.

Sa colère et sa rage s'étaient quelques peu atténuées pour laisser la place à la tristesse et la fatigue.

Hayate avait osé tout révéler à Eisuke...

Mais pourquoi ? Dans quel but ?

Elle se souvint du baiser d'Eisuke, mais cette chaleur qu'elle était censée ressentir en se remémorant ce doux moment était gâchée par cet insupportable malaise, causé par la réaction d'Hayate.

Elle ne comprenait décidément plus cet homme.

Cette nuit-là, elle aurait été capable de le suivre jusqu'au bout du monde.

Mais il l'avait rejetée avec autant de désintérêt que si elle n'avait été qu’un objet inutile.

Et à présent qu'un autre homme lui témoignait un peu d'intérêt, il se comportait comme un enfant capricieux refusant de céder ses vieux jouets.

« Jouet. »

Il avait osé la qualifier de jouet.

Ce sale type ne la considérait même pas comme un être humain.

Comment avait-elle pu se donner à un type comme lui aussi facilement ?

Elle aurait tant voulu revenir en arrière...

Et ne jamais se laisser aller à l'aimer ainsi.

- Megumi ?

La jeune femme sursauta, sortant net de ses pensées, et leva le visage vers Eisuke qui se penchait doucement vers elle.

- C'est terminé, tu sais ? Tu peux sortir...

Il faisait trop sombre, elle ne voyait pas son expression.

Sa voix était dénuée d'émotion...

Dans quel état d'esprit était-il ?

Elle déglutit en rougissant, le cœur battant douloureusement dans sa poitrine.

- Je le sais... souffla-t-elle d'une voix vide.

Megumi sentit son regard sur elle dans la pénombre et elle n'hésita qu'un instant avant de saisir sa main tendue.

Une boule lui montait à la gorge tandis qu'un silence s'installait entre eux.

Elle avait si honte...

Je l'ai baisée toute la nuit ! Et tu sais quoi ? Elle a adoré ça ! 

Ces mots raisonnaient lourdement en elle, meurtrissant sa fierté.

Elle revoyait encore son air arrogant et victorieux, alors qu'il lui envoyait ces grossièretés au visage en ricanant.

Cette nuit avait été la plus intense de sa vie. Il lui avait fait goûter à des sensations extraordinaires qu'elle n'aurait jamais pu imaginer, même dans ses rêves les plus fous...

Pourtant, elle regrettait à présent amèrement de s'être offerte à lui.

Elle aurait voulu remonter le temps et ne l'avoir jamais suivi sous la pluie, cette nuit-là.

La main d'Eisuke pressa légèrement la sienne avant de la relâcher avec douceur.

- Tu as l'air remuée... Je t'accompagne jusqu'à ta chambre.

Elle secoua mollement la tête en se mordillant la lèvre, le regard figé sur le sol.

- Avant, je veux m'assurer que tout le monde aille bien...

Il la regarda du coin de l'œil avant de hocher la tête avec un petit sourire.

- Je comprends... Viens.

Il fit un pas et la jeune femme le suivit, en jetant des coups d'œil dans sa direction.

Il faisait comme si de rien n'était...

N'allaient-ils donc pas reparler de ce qui s'était passé ?

Pourquoi ne lui posait-il pas de question ?

- Ah Megumi ! S'écria soudain la voix de Kyosuke dans son dos.

Elle sursauta et se tourna vers le capitaine qui tirait un ennemi par le pied d'une main, tout en tenant sa gigantesque épée contre son épaule de l'autre.

- Ça va ?! Tu n'as rien ?!

- Non, je vais...bien, hésita-t-elle en voyant le captif s'accrocher au sol en criant de terreur.

Kyosuke lui avait visiblement fait passer un sale quart d'heure.

- Tu en es sûre ? Attends, tiens-moi ça ! dit-il en donnant la cheville de sa victime à Eisuke.

Celui-ci la saisit un peu sans réfléchir et observa l'ennemi d'un air intrigué tandis que Kyosuke s'empressait de palper le crâne de Megumi après avoir planté son arme au sol.

-  Tu n'as pas été prise dans les combats ? Pas de coup perdu ?

- Non, non... dit-elle tandis qu'il touchait ses bras pour s'en assurer.

- Bon, soupira-t-il au bout d'un moment. Je me suis inquiété pendant des heures. J'ai regretté de ne pas t'avoir donné de cours avant...

- Je t'avoue que j'y ai pensé aussi, dit-elle tandis qu'il récupérait la jambe de sa victime.

- On va s'y mettre dès que possible. Demain, si tu veux, dit-il en commençant à s'éloigner.

- Ah ? Après le travail, ça te va ?

Il pesta et repartit en marmonnant dans sa barbe.

Cette idée de travail ne lui plaisait décidément pas du tout.

« Enfin, il finira bien par s'y faire... »

Ils arrivèrent enfin sur l'allée principale du domaine où Akihoshi et les autres discutaient, la mine sinistre.

Des cadavres gisaient sur le sol, c'était un tableau si atroce qu'elle se sentait obligée de détourner les yeux.

Son regard trouva instinctivement Hayate et elle s'empressa de se détourner de nouveau.

Elle ne supportait plus sa vue...

Il la répugnait.

- Ma petite Megumi... Tout va bien ? S'enquit soudain Akihoshi.

- Oui, oui... Je suis restée cachée, dit-elle. Et vous ?

Ils étaient tous recouverts de sang, alors elle ne pouvait pas vraiment constater les dégâts.

- Ne t'inquiète pas... hésita-t-il en se plaçant devant un de leur soldat à terre, comme pour le cacher. Euh, Megumi, tu devrais aller te coucher. Tu te lèves très tôt, demain, pour ton premier jour de travail.

- Ah... Oui, c'est vrai, se souvint-elle. Mais... Permettez-moi de vous aider avec les blessés et...

- Ne t'inquiète pas, nous sommes suffisamment nombreux pour nous en occuper. Je t'en prie, va plutôt te reposer...

Il avait l'air de vouloir l'éloigner des cadavres. Craignait-il de la voir subir une nouvelle crise d'angoisse ?

De toute façon, elle était bien trop lasse pour insister.

- Je t'accompagne, Megumi, fit doucement Eisuke en posant une main fraîche mais douce sur son bras.

L'image d'Eisuke l'embrassant dans le feu de l'action au milieu des combats lui revint soudain comme un boomerang et le rouge lui monta aux joues.

« Pourquoi ai-je ce flash-back maintenant ? » paniqua-t-elle intérieurement.

Elle sourit doucement pour cacher son trouble et se laissa guider vers la maison en silence.

- Merci de l'escorter, Eisuke kun, lui lança Hayate avec un mépris moqueur, elle a dû oublier où était sa chambre après toutes ses émotions !

Megumi jeta un regard en arrière par réflexe et lorsqu'elle croisa le sien, elle se sentit obligée de l'affronter.

Elle ne pouvait pas baisser les yeux la première, c’était impossible !

Elle ne pouvait pas le laisser prendre le dessus encore une fois, ni le laisser croire qu'il avait encore un quelconque pouvoir sur elle.

Elle fronça légèrement les yeux et l'affronta du regard sans se laisser impressionner.

Hayate, un sourire jusqu'aux oreilles, inclina la tête sur le côté et passa sa langue sur sa lèvre, les yeux brûlants de sadisme.

« Psychopathe... » marmonna-t-elle sans le lâcher du regard.

- Allons-y, Megumi, fit soudain Eisuke en posant doucement sa main sur son poignet.

Megumi leva un regard un peu dérouté vers lui, avant de regarder de nouveau vers Hayate qui la défiait toujours...

- Oui, allons-y...

Megumi détourna ses yeux avec une indifférence teintée de mépris, puis elle retourna vers la maison, aux côtés d'Eisuke, le dos bien droit, comme pour cacher sa honte et sa fierté blessée.