Akai ito
livre 1

couverture - Copie_edited.jpg

Chapitre 22

Lorsque Megumi sentit une main se poser entre sa poitrine et sa gorge, elle sortit net de son sommeil, mais sans ouvrir les yeux.

Le souffle coupé, elle essaya de réfléchir à un plan d'attaque, mais elle était prise de court...

« Calme-toi... »

« Réfléchis ! »

Elle serra le poing pour s'assurer qu'elle n'avait pas perdu son arme.

Mais elle était toujours là.

« N'hésite pas. Attaque sans réfléchir, comme hier ! »

Elle ouvrit soudain ses yeux fous et brandit son arme en poussant un grognement de rage...

Mais elle s'immobilisa net lorsqu'elle croisa le regard d'un petit animal qui la fixait curieusement.

Assis sur sa poitrine, il inclinait la tête sur le côté en remuant le museau.

Megumi le regarda avec de grands yeux choqués, puis elle reposa son arme avec un soupir de soulagement.

Elle avait l'impression d'avoir pris dix ans d'un seul coup.

- Tu m'as fait peur... souffla-t-elle en tendant la main vers lui.

Il ressemblait à un lapin, mais avec d'adorables petites oreilles rondes.

Il était terriblement mignon...

Cette vision lui mit tant de baume au cœur après toutes les horreurs qu'elle avait traversées, qu'elle en eut la gorge nouée.

Elle se mordilla la lèvre et un sanglot lui échappa.

Un sanglot bien trop bruyant. Elle s'empressa de plaquer sa main contre sa bouche en espérant qu'ils n'étaient pas dans le coin.

Elle était traquée par trois hommes, ou plutôt deux, mais elle n'était plus sûre de rien...

Elle devait se montrer silencieuse et tenter d'entreprendre le voyage en sens inverse afin de retrouver les autres.

Elle n'était pas certaine de parvenir à se souvenir correctement du chemin, elle n'avait jamais été très douée en orientation. Mais elle devait essayer.

Elle n'avait pas d'autre choix.

Megumi soupira profondément et se redressa, forçant l'animal à bondir vers le sol.

La lumière du jour était si vive qu'elle l'aveuglait, alors qu'elle était toujours dans l'arbre. Depuis combien de temps dormait-elle ?

« Mince, ne me dites pas que je suis en train de roupiller ici depuis des heures ?! » s'affola-t-elle en s'empressant de jeter un regard à l'extérieur.

Rien à l'horizon.

« Il faut que je file... J'ai déjà perdu bien trop de temps ! »

Elle baissa les yeux pour ranger l'arme dans le fourreau, et elle remarqua seulement à cet instant-là que le petit animal n'était pas seul.

Une dizaine d'adorables paires d'yeux la regardaient avec curiosité. Ces petites créatures remuaient le museau avec curiosité.

Megumi les regarda pendant un instant, et un sourire ému étira ses lèvres.

- Je comprends mieux pourquoi je n'ai pas eu froid cette nuit, chuchota-t-elle en tendant doucement le doigt pour caresser la tête de celui qui l'avait réveillée un peu plus tôt. Merci beaucoup...

Elle s'autorisa encore un instant à les regarder et à les caresser, puis, elle prit son courage à deux mains et sortit de sa cachette.

Ses pieds étaient dans un sale état, ses mollets étaient recouverts d'éraflure, et ses cuisses étaient encore marquées par les traces de doigts de son agresseur.

Son visage devait être dans un état bien pire.

Son œil lui faisait si mal…

Elle tendit l'oreille et avança avec précaution, en tachant de faire le moins de bruit possible.

Ses ravisseurs avaient probablement passé la nuit à la chercher, elle avait l'avantage de s'être reposée, même si elle ne s'était toujours pas débarrassée de sa fatigue.

Sa bouche et sa gorge étaient sèches, elle avait si soif...

Mais il ne lui semblait pas avoir vu de point d’eau pendant sa fuite.

Elle n'avait rien avalé de consistant depuis la dernière nuit qu'elle avait passée avec ses camarades.

« Ce n'était qu'avant-hier, je crois... Et pourtant, ça me parait si loin, maintenant. »

« Purée, j’ai tellement faim... »

« Je tuerais pour un gros burger au poulet et un jus d’ananas... » rêva-t-elle en salivant.

Lorsqu'elle buta mollement contre un long bâton, elle le regarda d’un air endormi avant de finalement décider de l’utiliser comme béquille.

Sa cheville droite lui faisait un peu mal, probablement à cause de sa chute dans la pente, mais elle n'avait pas l'air cassée.

La seule urgence était finalement de trouver de l'eau. Sa bouche était si sèche qu'elle sentait la peau délicate de ses lèvres se craqueler à chaque inspiration.

« Vais-je mourir ici ? »

« Vais-je rendre l'âme dans cette forêt, toute seule ? » songea-t-elle en s'appuyant contre un arbre.

Elle était essoufflée, des gouttes de sueur perlaient sur son front. Elle ne faisait pourtant que marcher...

Megumi grimaça lorsqu'elle marcha sur un morceau de roche et s'appuya contre son bâton pour ne pas s'écrouler.

Elle gémit de douleur et prit une inspiration pour se retenir de hurler...

De toute façon, elle n'en avait pas la force.

Elle déglutit difficilement pour se libérer de cette boule oppressante qui lui nouait la gorge, puis elle reprit sa marche, tant bien que mal.

Elle rôda pendant des heures, essayant de trouver un moyen de sortir de ces bois, en vain.

La soif, la faim et la fatigue l'accablaient, elle se sentait mourir à petit feu...

« Je n'aurai pas vécu très longtemps, finalement... »

Depuis son plus jeune âge, elle travaillait dur pour préparer son avenir et rendre fière sa mère.

Si elle avait su...

D'ailleurs, que faisait sa mère en ce moment ?

Quasiment un mois s'était écoulé depuis sa disparition. Elle était probablement rentrée après avoir appris sa disparition...

« Peut-être que je suis devenue célèbre et que mon visage est diffusé partout pendant que la police me recherche... »

« Peut-être même qu'ils recherchent mon corps en ce moment... »

Elle pouffa tristement de rire, complètement désespérée.

« Je ne pense pas qu'ils penseront à chercher ma dépouille ici... »

Soudain, un bruit sourd l'extirpa de ses sinistres pensées.

Elle se figea en écarquillant les yeux, le souffle coupé, avant de s'empresser de se cacher derrière un arbre.

Quelqu'un marchait dans sa direction.

Ses pas étaient discrets mais lourds, c'était le grand blond.

Ils l'avaient retrouvée encore une fois !

Son cœur s’affola brutalement tandis qu'elle serrait un peu plus fort la dague dans sa paume tremblante.

« Mon Dieu ! Qu'est-ce que je dois faire ?! »

Si elle restait cachée là, il allait finir par la retrouver.

Ce type était un traqueur !

Non, elle devait en profiter pour le prendre par surprise et en finir, tant qu'il était seul.

« J'aurais dû le tuer, hier... Je n'aurais pas dû hésiter ! »

« Cette fois, pas de quartier ! Droit dans le cœur ! »

Déterminée, elle empoigna la dague de toutes ses forces, attendit qu'il soit suffisamment près de l'arbre, puis elle sortit de sa cachette et brandit son arme dans sa direction en poussant un cri de rage.

- CRÈVE ! Cria-t-elle d'une voix à peine humaine.

Elle s'apprêtait à l'enfoncer dans sa poitrine, mais le grand blond attrapa son poignet par réflexe, d'une main ferme.

Le cœur de Megumi lui monta à la gorge et elle se mit à hurler à plein poumons, complètement désespérée, avant de le rouer de coups à l'aide de sa main libre, avec le peu de force qui lui restait.

- Megumi ! Megumi, calme-toi, c'est moi ! Regarde-moi !

Elle se figea, et fixa le vide pendant un instant avant de lever les yeux vers son ravisseur...

« Cette voix... »

Elle cligna son œil valide, et reconnut peu à peu les traits familiers de cet homme en qui elle avait tant confiance...

Non, cela ne pouvait être qu'un rêve. C'était impossible...

- D... Daisuke ? Souffla-t-elle d'une voix à peine audible.

Megumi ne reconnut pas sa propre voix, tant elle était harassée par la fatigue.

Elle n'arrivait pas à y croire.

Était-ce un rêve ?

Le regard de son ami la détaillait des pieds à la tête avec incrédulité.

Son haut ouvert dévoilait sa poitrine, et les multiples marques sur son corps.

Une expression rageuse défigura ses traits, il releva les yeux vers elle, visiblement déterminé à l'interroger, mais en croisant son regard désespéré et larmoyant, il contracta la mâchoire pour garder son calme.

- C'est fini, Megumi... Je te ramène à la maison.

Ces quelques mots raisonnèrent en elle comme un baume sur son cœur, sa main relâcha sa dague et elle fondit en larmes tandis que ses jambes se dérobaient sous elle.

Il la rattrapa avant qu'elle ne s'écroule, et la jeune fille s'accrocha à son cou avec l'énergie du désespoir.

- C'est terminé, murmura-t-il, c'est fini. Je suis là...

Elle pleurait comme une enfant, toute la pression retombait doucement, elle se sentait si soulagée !

Daisuke lui caressait la tête d'un geste tendre, presque paternel en lui murmurant des paroles de réconfort.

Et dans ce brouillard d'émotion, Megumi songea que si elle avait eu la chance d'avoir eu un père, elle aurait probablement connu cette même sensation de sécurité.

Lorsque les sanglots cessèrent d'eux-mêmes, elle ne poussait plus que des hoquets faibles. Elle s'était totalement relâchée dans ses bras, elle n'avait plus aucune énergie.

Daisuke la fit s'asseoir sur le sol avec douceur, puis, il sortit une gourde de son sac, l'ouvrit et la porta à ses lèvres sèches et abîmées.

Megumi sentit à peine le liquide toucher sa langue qu'elle buvait déjà goulûment la gourde, complètement assoiffée.

- Doucement, tête brûlée, s'amusa-t-il tristement. Prends ton temps.

Elle reprit son souffle, son regard se perdit dans le vide pendant un instant, puis elle saisit faiblement la gourde avant de continuer à boire, plus tranquillement.

Daisuke se leva et se libéra de sa ceinture ainsi que de sa cape.

Sans un mot, il referma le haut de Megumi avec sa ceinture, le regard noir, puis il posa sa cape sur ses épaules.

Megumi aurait voulu lui sourire avec reconnaissance mais elle ne parvint qu'à lui offrir une grimace épuisée.

Si elle n'était pas aussi fatiguée, elle serait encore en train de vider son cœur de ses larmes...

Il saisit l'un de ses pieds, le regard sombre, avant de lever un visage souriant et bienveillant vers la jeune fille.

- Je pense que tes pieds vont t'en vouloir pendant un certain temps, plaisanta-t-il avant de la soulever dans ses bras.

Megumi eut un pouffement de rire faible à travers ses larmes, puis elle laissa sa tête se poser lourdement contre son torse tandis qu'il lui rendait sa dague, avant de s'avancer dans les bois.

Après ce qui s'était passé avec Aku, elle savait qu'elle ne pourrait plus jamais accorder sa confiance à n'importe qui, mais pour Daisuke, elle n'avait aucun doute.

Elle le suivrait les yeux fermés.

- MEGUMI !!! Cria soudain une voix, la tirant de sa somnolence.

Elle cligna son œil et son cœur se réchauffa en voyant Kyosuke courir vers eux.

- BORDEL, TU L'AS RETROUVÉE !! hurla-t-il si fort que Megumi en eut la migraine. PAR LE CIEL !! JE N'Y CROIS PAS !!

Il marqua un temps d'arrêt et Megumi vit la surprise et le soulagement, laisser peu à peu la place à des sentiments plus sombres tandis qu'il prenait conscience de son état.

Il serra les dents et Megumi crut rêver en voyant ses yeux rageurs se remplir de larmes.

- Elle était seule, fit Daisuke d'une voix calme, l'interrompant net avant qu'il ne commence à poser des questions. Je suppose qu'elle a réussi à leur échapper et qu'ils la recherchent actuellement.

Kyosuke serra la mâchoire, il se retenait visiblement d'exploser, car le regard de Daisuke lui intimait de rester calme.

Alors il prit une inspiration pour garder le contrôle, puis n'y parvenant finalement pas, il se mit à cogner un arbre sans défense en grognant avec férocité.

Megumi le regarda, surprise, et tressaillit lorsqu'il se tourna vivement vers elle, les joues ruisselantes de larmes.

C'était presque drôle de voir un homme si immense et viril pleurer ainsi.

- Peux-tu juste nous confirmer une chose, Megumi ? Gronda-t-il soudain. Aku est bien celui qui t'a enlevée, hein ? Il a disparu en même temps que toi !

Megumi sentit son cœur se serrer, puis, elle déglutit difficilement avant de finalement hocher la tête.

Les bras de Daisuke se crispèrent contre elle, tandis que le visage de Kyosuke devenait soudain bien plus haineux.

Ils étaient visiblement aussi choqués qu'elle.

- Ils... Ils sont trois, leur révéla-t-elle d'une voix cassée. Mais je crois que l'un d'entre eux n'était pas leur allié, il n'a pas révélé ma position pendant qu'ils me traquaient, cette nuit... Et il m'a donné cette arme.

Ils baissèrent les yeux vers la dague qu'elle tenait toujours dans sa main, puis les deux capitaines s'échangèrent un regard.

- Je vais les chercher, annonça Kyosuke en reprenant la route, ils ne doivent pas être loin s'ils l'ont cherchée toute la nuit...

- Tout seul ? S'enquit Daisuke.

- Tu me prends pour qui ?! Je n'ai besoin de personne pour leur faire la peau.

Daisuke le regarda partir en soupirant, puis il continua sa marche en souriant avec bienveillance.

- Excuse-le... Il se tient pour responsable car il dormait pendant que tu te faisais enlever...

- Ce n'est pas de sa faute... C'est Aku, le vrai fautif, murmura-t-elle. Il a trahi le commandant... Il travaillait pour Akiyama depuis le début.

- Chhh, n'y pense plus et repose-toi maintenant, l'encouragea-t-il avec douceur. Et ne t'inquiète plus de rien. On se charge du reste.

Sa voix était si apaisante qu'elle se sentait déjà partir. Elle sourit tristement et ferma l'œil, avec un soupir épuisé.

Elle somnolait, le corps endolori et retrouvait doucement son calme tandis qu'il continuait d'avancer dans les bois, le visage fermé.

Au bout de quelques minutes, la jeune fille ouvrit l'œil en sentant une lumière aveuglante baigner son visage.

Ils étaient enfin sortis de la forêt.

- Le capitaine Daisuke l'a retrouvée ! s'écria une voix.

Aussitôt un sifflement sonore se fit entendre, et Megumi comprit que c'était leur signal.

Elle détacha son visage endormi du torse de Daisuke et eut la surprise de constater qu'ils étaient une bonne trentaine dans un campement provisoire, à l'entrée de la forêt.

- Bordel, j'en reviens pas que tu l'aies trouvée ! S'écria la voix soulagée de Kenji.

« Hein ?! Même lui est venu ? Mais... et sa blessure au ventre ? »

Megumi le chercha des yeux tandis qu'il courait à leur rencontre, en se tenant l'estomac. Il avait l'air d'aller mieux.

Soudain, il se figea lorsqu'il posa les yeux sur son visage méconnaissable.

Son regard s'attarda sur ses cheveux, puis de nouveau sur son visage. Il semblait sidéré.

- C'est si moche que ça ? Grimaça-t-elle.

- Horrible, répondit-il avec sincérité. Tu n'as jamais été aussi laide !

Megumi esquissa un sourire et serra le bras de Daisuke pour l'inciter à la reposer par terre.

Il s'exécuta avec hésitation et elle se remit tant bien que mal sur ses jambes.

À cet instant-là, Megumi vit des soldats sortir des bois par dizaine et son cœur loupa un battement lorsqu'elle reconnut la silhouette d'Hayate.

Le visage fermé, son regard trouva Daisuke, puis Megumi.

Et la jeune fille sentit son ventre se serrer en réalisant qu'il allait la voir dans un état aussi catastrophique.

Elle se mordilla la lèvre et passa distraitement sa main dans ses cheveux courts tandis qu'il s'avançait vers eux, d'un pas nonchalant.

Il avait l'air un peu trop tranquille. Même les soldats avec qui elle n'avait pourtant jamais discuté semblaient plus soulagé que lui.

Elle tenta d'ignorer son pincement au cœur et fit de son mieux pour ne pas s'écrouler par terre, tandis qu'il se plantait devant elle, le visage dénué d'expression.

Son regard détailla son visage, puis il baissa les yeux vers ses pieds, ses jambes nues, et il s'attarda sur la cape et la ceinture de Daisuke avant de revenir sur son visage.

- Ils sont trois, en comptant Aku, révéla Daisuke, sans doute pour briser ce silence pesant. Mais nous avons un doute pour l'un d'entre eux...

- Je le sais, j'ai croisé ton frère, fit froidement Hayate.

Son regard était calme et plat. Impossible de savoir ce qu'il pensait.

- C'est lequel ? Demanda-t-il soudain en plantant son regard dans le sien.

La respiration de Megumi s'accéléra, elle se figea et ses mains se mirent à trembler.

- Hayate, arrête, ce n'est pas le moment, fit doucement Daisuke.

Et lorsque Megumi vit une lueur diabolique danser dans les yeux d'Hayate, tandis qu'il posait son regard sur Daisuke, elle comprit qu'il était tout sauf calme.

- Ah ouais ? Et ça sera quand, le moment alors, « Daisuke kun » ? Demain ? Railla-t-il, un sourire terrifiant au coin des lèvres.

Daisuke kun.

Daisuke tiqua et son visage devint plus sombre tandis qu'ils s'affrontaient du regard, alors Megumi décida de lui répondre avant que ce climat de tension ne les pousse à se battre entre eux.

Quelque chose clochait chez Hayate.

Une tension étrange et dangereuse émanait de lui. Une tension presque palpable au-dessus de leurs têtes.

- C'est un grand blond... bredouilla-t-elle d'une voix toujours cassée.

Le regard vide d'Hayate se posa vivement sur elle et la jeune fille sentit un frisson la secouer tout entière.

Elle avait vraiment de plus en plus de mal à respirer et ses dernières forces l'abandonnaient.

Elle aurait voulu lui expliquer qu'il n'avait pas eu le temps d'aller au bout, qu'elle s'était sauvée à temps, mais il tournait déjà les talons, le regard fermé.

- Hayate, attends ! L'appela Daisuke.

Mais sans prêter attention à son camarade, il porta ses doigts à ses lèvres, et siffla pour sonner le rassemblement.

Ses hommes s'empressèrent alors de le rejoindre.

- Dispersez-vous par groupe de quatre, ordonna-t-il d'une voix froide en s'avançant vers les bois d'un pas déterminé. Si vous trouvez ces trois types, faites-moi signe !

- Euh, bien capitaine ! Bredouilla l'un de ses hommes. Avons-nous l'autorisation de les tuer en cas de problème ?

- Non. Faites ce que vous voulez des deux autres, mais le grand blond... dit-il d'une voix si démoniaque qu'il en fit trembler ses hommes. Laissez-le moi !

 

* * *

 

Megumi se sentait flotter.

Elle entendait des murmures lointains, mais son esprit avait sombré si profondément dans les ténèbres qu'elle avait l'impression de ne plus comprendre sa propre langue.

Elle avait même la sensation de ne plus pouvoir respirer non plus d'ailleurs...

« ... »

« Ah ?! »

« Oh non... »

Ce n'était pas qu'une impression, elle était réellement en train d'étouffer.

Elle suffoqua, s'agita, chercha de l'aide dans l'obscurité, mais lorsqu'elle ouvrit brusquement les yeux, ce fut pour croiser le regard de son tortionnaire...

Il la maintenait sous l'eau et la dévisageait avec un plaisir pervers.

- Non...

Elle aurait voulu hurler mais un simple gémissement rauque lui échappa.

« Je vais mourir ! Mon Dieu, je vais mourir ! »

Soudain, Megumi sentit une caresse sur son front, elle se figea et le dévisagea de son œil intrigué tandis que l'air circulait de nouveau miraculeusement dans ses poumons.

Et peu à peu, l'obscurité dans laquelle elle était plongée, s'effaça pour dévoiler un plafond en bois qu'elle ne reconnaissait pas...

Et le visage de son agresseur disparut à son tour pour laisser la place à celui de Daisuke... recouvert de sang !

Elle paniqua et poussa un cri en faisant un geste pour se lever.

- Eh ! Megumi ? Sursauta-t-il en posant les mains sur ses épaules. Calme-toi ! Tout va bien !

Elle cligna de l'œil, le souffle court, puis elle réalisa qu'il n'avait pas une seule trace de sang sur lui...

Elle fronça des sourcils, un peu perdue.

« Je deviens folle ou quoi ? »

- Tout va bien, répéta-t-il à voix basse, ce n'est que moi...

Elle se laissa retomber sur l'oreiller en jetant un regard intrigué vers cette chambre un peu moisie qu'elle n'avait jamais vue.

- O... Où est-ce qu'on est ?

- Dans le village Elisim. J'ai réquisitionné cette auberge, au moins jusqu'à demain. Ensuite, nous verrons.

- « Réquisitionné » s'étonna-t-elle avec un petit sourire.

« Ça veut dire que toute l'auberge est pour nous ? »

- Ha ha, nous servons le roi, donc... Ça nous laisse certains privilèges...

- Je vois...

Megumi ne se souvenait pas de son arrivée en ces lieux.

Elle se souvenait seulement s'être assise contre un rocher pendant que les autres cherchaient Aku et ses complices.

- Nous sommes loin de la forêt ? s'enquit-elle.

- Non, pas vraiment. Nous sommes à environ une heure de marche de la zone de recherche.

- Ah, seulement… ?

Elle hésita à poser la question :

- Ils ne les ont toujours pas retrouvés ? s'enquit-elle.

Il serra la mâchoire et secoua la tête avec un sourire encourageant. Il tentait tant bien que mal de se montrer souriant, mais elle voyait bien qu'il était en train de bouillir intérieurement.

- Non, mais ne t'inquiète pas... Étrangement, Hayate est particulièrement motivé, pour une fois, alors ce n'est plus qu'une question de temps. C'est le meilleur traqueur du groupe, après tout.

Megumi rougit et baissa les yeux en se souvenant du regard glacial qu'il avait posé sur elle.

Elle leva la main vers ses cheveux et toucha ses pointes...

Ils lui arrivaient à peine aux épaules.

Il avait dû la trouver répugnante...

Elle soupira et leva la main vers le bandage autour de sa tête qui camouflait son œil blessé.

- Tu m'as soignée ? S'étonna-t-elle.

- J'ai fait venir le médecin du village, dit-il avec un sourire. Tu t'en tires... plutôt bien.

Il avait prononcé ces derniers mots difficilement, comme si tout son corps voulait le contredire.

Elle sût automatiquement à quoi il pensait et des flashs de la veille la frappèrent soudain de plein fouet.

Elle avait l'impression de sentir encore ces grandes mains dégoutantes la tenir par la tête pour la guider vers son entrejambe.

- Megumi ?

Elle ferma l'œil en soupirant, son cœur battait étrangement plus fort et son estomac se retournait d'une façon étrange.

Elle se redressa faiblement.

- J'ai envie de vomir...

Daisuke se leva d'un bond et lui ramena vite un saut en bois.

Elle se mit à vomir de l'eau, puis de la bile en grimaçant. Son ventre creux se tortillait douloureusement, alors qu'elle n'avait plus rien à rejeter.

Daisuke lui caressa le dos avec douceur en lui tenant les cheveux, et attendit patiemment que la rébellion de son estomac prenne fin.

- Tu te sens mieux ? 

Elle hocha péniblement la tête et Daisuke lui apporta de quoi se rafraîchir.

- Je suis désolée... marmonna-t-elle, honteuse en le voyant repartir avec le saut.

- Ne t'inquiète pas pour ça, repose-toi.

Lorsqu'il quitta la pièce, Megumi releva son œil hagard vers le plafond et le fixa longuement en pensant à ses camarades qui cherchaient toujours ses ravisseurs.

Où étaient-ils actuellement ? Ils avaient probablement déjà dû fuir la forêt en constatant que ses amis l'avaient retrouvée avant eux...

Ou peut-être attendaient-ils l'occasion de l'enlever de nouveau.

Cette idée la remplit aussitôt d'effroi.

Elle retint son souffle et se redressa en regardant un peu partout.

La fenêtre était ouverte !

Pourquoi était-elle ouverte ?!

Megumi sortit difficilement du futon en s'aidant de ses bras, puis, elle boita jusqu'à la fenêtre avant de la fermer dans un claquement.

Elle en profita pour s'assurer qu'ils n'étaient pas devant l'auberge, mais à part quelques maisons et les trois soldats qui gardaient la porte, aucune trace de ses ravisseurs.

« Ils ont posté des gardes devant. Ils ne devraient donc pas arriver jusqu'à moi... » soupira-t-elle soulagée.

« Ou peut-être que si ! Et si ces types passaient par les cuisines ou par une fenêtre du rez-de-chaussée ? »

Soudain, la porte s'ouvrit et Megumi sursauta en poussant un cri qui raisonna dans toute la maison.

- Oh, t'es malade ?! Sursauta Kenji en la regardant avec de grands yeux choqués.

Megumi s'était écrasée contre le mur, de l’autre côté de la pièce, le cœur battant à cent à l'heure.

- Ah... Ce n'est que toi, marmonna-t-elle en se détendant.

- Comment ça, ce n'est que moi ?! S'énerva-t-il, vexé. Tu veux que je t'aggrave la tronche ?!

- Mmh, c'est bien... dit-elle en retournant vers son futon.

- Tu me snobes en plus ?! Tu veux vraiment que je te frappe ?

Megumi pouffa de rire en replaçant la couverture sur elle.

Elle se sentait mieux à présent qu'elle n'était plus seule.

- Tu connais le proverbe : « Qui menace n'agit pas ; qui agit ne menace pas » ?

- Tu te fous de moi en plus ? Grinça-t-il entre ses dents, l'air blasé.

Megumi pouffa de rire, et elle en fut la première étonnée.

Après tout ce qui venait de lui arriver, elle ne pensait pas y parvenir aussi vite.

- Et moi qui suis sorti t'acheter des vêtements, râla-t-il en posant un sac en papier près de son lit. Et ce, malgré ma blessure, parce que oui, tu l'as peut-être oublié, mais je n'étais pas censé sortir du lit avant au moins une semaine !

- Non, je n'avais pas oublié... J'étais même étonnée de te trouver là. Tu t'inquiétais pour moi ? Le taquina-t-elle.

- Ha ha ! Ricana-t-il en croisant les bras d'un air moqueur. C'est beau de rêver ! Désolé de te décevoir mais, non ! Si je suis là, c'est uniquement parce que le commandant me l'a ordonné !

- Ah bon ? Fit soudain la voix amusée de Daisuke.

Kenji sursauta et se tourna vivement vers le capitaine qui revenait dans la chambre avec quelques fruits, le regard rieur.

- Je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu le commandant ordonner ça à qui que ce soit.

- Tu... Tu n'étais pas là à ce moment-là, c'est tout ! S'énerva Kenji en rougissant comme une tomate.

- Mmh, ça doit être ça... sourit malicieusement Daisuke en les posant près du lit de Megumi.

- Arrête de sourire bêtement ! S'énerva-t-il. Et toi la moche, ne te fais pas d'idée, hein ?! J'en ai rien à faire de ta tronche ! Tu peux crever, je m'en tape !

- Ah mais, je n'ai rien dit, moi, se défendit-elle avant d'ajouter d'un air sérieux : Mais, merci Kenji... Vraiment !

Il la regarda d'un air interrogateur et la jeune fille fit mine d'être gênée.

- Je ne pensais pas que tu éprouvais à mon égard des sentiments aussi brûlants... dit-elle. Cela me touche beaucoup, mais, je suis désolée ! Je ne veux vraiment pas gâcher notre amitié...

Il la regarda avec de grands yeux outrés tandis que Daisuke pouffait de rire.

Étrangement, chahuter ainsi faisait beaucoup de bien à Megumi.

Elle se sentait si à l'aise avec eux qu'elle en oubliait presque sa terrible mésaventure.

Le sourcil de Kenji tiqua, elle crut qu'il allait exploser, mais il était si révolté qu'il murmura à peine ses mots chargés de haine :

- Non, mais tu as craqué, toi ?! Tu...

- CAPITAINE DAISUKE !! S'écria soudain une voix.

Un soldat était visiblement en train de courir dans les couloirs, à la recherche de la bonne chambre.

Daisuke se leva et ouvrit la porte sans perdre un instant, le visage de nouveau fermé.

- Que se passe-t-il ?

- Vous... tenta-t-il de parler, le souffle coupé, vous devriez venir ! C'est... C'est le capitaine Hayate... il... Il a retrouvé l'un des ravisseurs de la petite !

Megumi sursauta, et se leva d'un bond, le cœur battant à mille à l'heure.

- Est-ce Aku ? s'enquit Daisuke.

- Non, c'est... l'un des deux autres, révéla-t-il. Le grand blond qu'il réclamait !

Megumi serra les dents pour contenir la soudaine nausée qui lui retournait l'estomac.

Hayate avait retrouvé son agresseur ?

Il n'y avait donc plus de risque qu'il la retrouve ?!

Elle était sauvée ?

- C'est une bonne nouvelle, soupira Kenji.

- Oui, mais... Vous devriez tout de même venir voir... hésita-t-il le teint livide. Je ne suis pas certain... que ce soit légal, ce qu'il est en train de lui faire...

 

* * *

 

- Je persiste à dire que tu aurais mieux fait de rester à l'auberge, marmonna Daisuke.

- Je le sais, mais... J'ai besoin de venir, je veux voir de mes propres yeux ce type se faire arrêter ! Sinon, il va hanter mes cauchemars pendant un moment, et je n'en ai pas envie !

- Mmh, ... très bien, je comprends, soupira Daisuke à contrecœur.

Megumi était à présent vêtue des vêtements que lui avait acheté Kenji.

Des bottes, un pantalon et un haut se refermant avec une ceinture. Un ensemble marron, tout simple. Bien plus que le précédent qui était généralement plutôt porté par les soldats.

- Tu arrives à marcher ? Tu veux grimper sur mon dos ? Proposa-t-il avec un sourire.

- C'est gentil, mais non, ça va, répondit-elle en souriant, j'ai été soignée, je n'ai plus si mal aux pieds.

En vérité, elle avait si mal qu'elle ne pouvait faire autrement que de boiter, mais c'était elle qui avait insisté pour venir alors, cette heure de marche, elle devait la terminer par elle-même.

Soudain un hurlement de douleur désespéré raisonna jusqu'à eux et Megumi crut défaillir en reconnaissant son agresseur.

C'était sa voix. Elle n'en avait aucun doute.

Son estomac se retourna et son cœur se mit à battre contre sa poitrine avec violence.

- Hayate... soupira Daisuke d'un air blasé.

Megumi le regarda d'un air interrogateur.

- Ah, ne t'inquiète pas, il doit être en train de le fouetter pour le corriger, dit-il, hésitant. Enfin... j'espère que ce n'est que ça... Non pas que je ne veux pas voir ce type souffrir. D'ailleurs, il sera condamné à mort, quoi qu'il arrive, mais... je n'ai pas très envie que tu vois Hayate à l'œuvre. Il peut se montrer particulièrement cruel quand il le veut...

Les hurlements continuaient au loin, mais Megumi ne les entendait plus, elle écoutait attentivement Daisuke.

- Tu penses... que j'aurais peur de lui ensuite ? S'enquit-elle.

- Ha ha, ce n'est pas exactement pour cette raison, mais tu aurais peur de lui en le voyant faire, c'est sûr...

Elle hésita pendant un instant, avant d'oser lui demander :

- Toi aussi, tu as déjà eu peur de lui ?

Il fixa un point devant lui et sourit d'un air lointain, comme s'il venait de se souvenir de quelque chose.

- Oui, parfois, avoua-t-il avec honnêteté.

Elle était surprise de voir un homme si grand et fort faire un tel aveu.

- Tu lui fais pourtant confiance ? Tu le considères comme un ami ?

- Un ami, peut-être pas. Tu sais, Hayate est un solitaire. Il n'est pas du genre à apprécier la compagnie des autres. Bien sûr, tu l'as deviné, il aime s'abrutir en passant de femme en femme mais il ne s'attache à aucune d'entre elles. Et au final, je pense que c'est ce dont il a besoin...

Heureusement que Daisuke ne la regardait pas. Il aurait immédiatement compris les sentiments qu'elle éprouvait pour Hayate.

Une pointe de jalousie l'avait traversée au moment où il avait fait allusion à ces femmes.

Bien sûr, elle le savait déjà, mais elle n'avait pas envie d’en entendre parler...

Elle se revoyait en pensée, grimper sur lui à califourchon et se plaquer contre lui. Elle se souvenait de cette envie dans son regard, de cette respiration rauque de plus en plus forte...

Elle refusait de penser à toutes ces filles qui avaient dû faire ressentir cette même envie à Hayate.

Elle refusait de l'imaginer...

- Nous y sommes presque, annonça Daisuke.

Le cœur de Megumi manqua aussitôt un battement à l'idée de revoir bientôt son gigantesque agresseur.

« Tout va bien. Il ne te fera plus de mal à présent. »

« Tu es bien entourée... »

« Tout va bien... »

Mais elle ne pouvait empêcher ses membres de trembler...

Elle allait bientôt revoir ce type.

Lui faire face, croiser son regard...

Son cœur battait si fort qu'elle n'était finalement plus certaine que le revoir était une bonne idée...

« Bien sûr que si ! S'énerva-t-elle intérieurement. Ta frayeur prouve que c'est justement la meilleure chose à faire ! »

« Affronte-le, sois courageuse, et après, n'y repense plus jamais ! »

Et tandis qu'ils s'approchaient de la forêt, Megumi était pleine d'appréhension. Elle s'attendait à revivre cette même panique, cette même détresse.

Elle s'attendait à tout…

Vraiment à tout… mais certainement pas à éprouver de la pitié en le revoyant !

Pourtant, c’était bel et bien le cas.

Hayate marchait autour de sa victime, d'un pas lent, le sabre contre son épaule.

Son agresseur était nu, les mains en l'air, attachées à une large et solide branche d'arbre.

Ses yeux étaient mi-clos, il semblait épuisé d'avoir tant hurlé.

Ses mains et ses pieds étaient en sang et déformés, comme si quelqu'un les avait brisés à coups de marteau.

Tous ses ongles avaient été sauvagement arrachés, un par un.

Son visage était méconnaissable tant les coups avaient dû fuser.

Ses côtes avaient été tranché tout le long de sa colonne vertébrale. Suffisamment profondément pour le faire souffrir mais pas assez pour le tuer.

Ses yeux étaient rougis par les larmes et son corps secoué de spasmes, comme s'il espérait mourir de tout son cœur afin de mettre fin à cette agonie.

Il n'avait absolument plus rien à voir avec ce monstre qui hantait encore ces pensées quelques minutes avant.

- Ah, tiens, vous êtes là, ricana Hayate en les remarquant.

Megumi réalisa alors que les soldats tremblaient de tous leurs membres, comme s'ils venaient d'assister au spectacle le plus insoutenable qui soit.

- Vous tombez bien ! Viens par-là, Megu chan, dit-il en lui faisant signe de le rejoindre.

Daisuke leva son bras devant elle.

- Attends, Hayate... fit-il en le regardant comme s'il le voyait pour la première fois. Qu'est-ce que tu fous, là ?

Hayate leva un regard si froid et vide vers Daisuke que même Megumi prit peur.

- Ça se voit non ? Rit-il, sournoisement.

- Non, mais... Tu vas le tuer là ! Nous devons le ramener au domaine, où il sera jugé ! Ce n'est pas à nous de décider de le tuer !

- Ah ? Parce que tu projettes de l'épargner, toi ? fit-il mine de s'étonner. Quelle bonté d'âme, Daisuke kun !

- Mais... Bien sûr que non ! S'énerva-t-il. Mais c'est la loi ! Nous devons faire les choses dans les règles... Et éviter de la perturber davantage, si ce n'est pas trop demander...

Il avait agité la tête dans la direction de Megumi, et elle comprit que c'était surtout pour elle qu'il tentait de mettre un terme à cette scène de torture.

Et elle lui en était reconnaissante.

Il avait beau avoir tenté de la violer, elle n'était pas certaine de vouloir le voir agoniser davantage.

Hayate pouffa de rire et plongea son regard dangereux dans le sien.

- Essaye donc de m'arrêter, Daisuke kun...

Son ton était moqueur. Il le défiait de l’en empêcher.

Une tension étrange flottait dans les airs.

C'était dangereux...

- Euh... C'est bon, Daisuke, bredouilla-t-elle en posant ses mains sur son bras.

- Hein ? Megumi ? S'étonna-t-il.

- C'est bon... répéta-t-elle en grimaçant un sourire.

Elle déglutit difficilement et s'approcha d'Hayate en boitant, le cœur battant à mille à l'heure.

Son regard fixait son agresseur du coin de l'œil et la jeune fille sentit un curieux malaise lui serrer le ventre tandis qu'elle reconnaissait enfin ses traits, malgré ses blessures.

- Tu arrives au meilleur moment, je m'apprêtais à lui couper la queue, mais tu veux peut-être t'en charger ? Proposa-t-il en lui tendant son arme.

Megumi tressaillit et son inconfort s'intensifia tandis qu'elle lisait la détresse dans les yeux du blond, et la folie dans ceux d'Hayate.

Avait-elle bien entendu ? Il comptait réellement trancher ses... ?

Elle n'osait pas regarder plus bas.

- Bordel... Mais je l'ai à peine... touchée, suffoqua l'agresseur, désespéré. Je le jure...

Hayate haussa un sourcil, puis il ricana et lui explosa soudain violemment la bouche avec le manche de son arme.

Megumi poussa un cri de stupeur et se détourna en plaquant sa main contre sa bouche.

- Hayate... marmonna Daisuke.

« Oh mon Dieu ! »

Megumi reporta son regard sur son agresseur et constata, sidérée qu'il avait perdu toutes ses dents de devant.

- Quoi ? S'amusa Hayate en le tirant par les cheveux pour le forcer à relever la tête. Ne me dis pas que tu en as déjà assez... Je t'ai pourtant à peine touché. Ce n'est que le début...

Le pauvre homme se mit à sangloter comme un enfant et ce fut trop pour Megumi.

- Hayate, stop, c'est bon, je crois qu'il a compris...

Silence.

Hayate la regarda froidement du coin de l'œil, visiblement un peu surpris.

- Je... Il n'a même pas eu le temps d'aller au bout, je l'ai poignardé et je me suis sauvée, avant, alors... S'il te plait, restons-en là ! Laisse-le...

Il la fixa en silence, le visage inexpressif, comme s'il cherchait à savoir si elle mentait.

Puis elle se mit à trembler tandis qu'il souriait dangereusement en regardant le blond.

Son regard était celui d'un fou sadique.

- Je suis en train de te venger... et tu te ranges de son côté, Megu chan ?

Son sourire démoniaque s'accentua tandis qu'il la regardait de nouveau.

Megumi tressaillit et recula d'un pas par réflexe.

- Je ne suis pas du tout en train de le défendre, je te demande juste... d'arrêter de le torturer et de laisser le commandant le condamner lui-même ! Il n'a pas réussi à me violer, après tout, alors...

Il la dévisageait avec ce même sourire qui la chamboulait, et qui l'effrayait à la fois.

Elle peinait à rester debout.

- Et en plus, tu mens pour le protéger. Qu'est-ce que je dois comprendre ?

Il franchit la distance qui les séparait et plongea son regard cruel dans le sien. Son sourire était terrible. Il lui glaçait le sang.

- Tu as fait mine d'être traumatisée mais en vrai, avoue-le... Ça t'a plu.

Son pouls s'accéléra, sa tête tourna, et elle sentit une vague d'écœurement lui soulever l'estomac tandis qu'elle espérait avoir mal compris ce qu'il osait insinuer.

- Alors ? N'aie pas peur, Megu chan, se moqua-t-il, les yeux froids. Vas-y, dis-le ! Tu as aimé te faire baiser par ce mec...

Megumi le gifla de toutes ses forces en gémissant de douleur.

Hayate demeura un instant ainsi, sidéré, avant de reposer son regard malfaisant sur elle.

Megumi le dévisageait, choquée, l'œil larmoyant. La fureur bouillonnait sous sa peau.

- Comment oses-tu ? Souffla-t-elle, profondément blessée.

- Eh ? Ça suffit ! Fit soudain la voix ferme de Daisuke.

Le capitaine glissa son bras entre les deux pour éloigner Megumi d'Hayate.

- Je ne sais pas ce que tu fous, mais tu vas trop loin ! menaça Daisuke en le surplombant de toute sa taille.

Hayate l'affronta du regard, puis il pouffa de rire, le regard si fou que Megumi perçut à peine ses pupilles.

- Tu trouves ? Attends, l'ami, tu n'as encore rien vu ! Railla-t-il en lui tapotant l'épaule.

Sur ces mots, il trancha les liens de l'agresseur, qui retomba lourdement sur le sol.

Daisuke fit reculer Megumi, soucieux, tandis qu'Hayate faisait passer une longue corde par-dessus cette même branche.

« Mais... qu'est-ce qu'il... ? »

Hayate noua solidement la corde autour de la cheville de l'agresseur, puis il s'avança vers l'autre extrémité de la corde, la plaça sur son épaule et tira de toutes ses forces.

Une fois que le géant fut maintenu par la cheville, la tête en bas, il noua la corde autour de l'arbre et retourna vers sa victime d'un pas déterminé, l'arme au poing.

- Hayate, non ! Cria Daisuke.

Trop tard, Megumi eut à peine le temps de détourner les yeux qu'il l'avait déjà privé de sa virilité.

Elle entendit son agresseur pousser un râle si déchirant qu'elle en versa des larmes de pitié.

- Oh mon Dieu ! S'exclama-t-elle, bouleversée.

Cet homme était fou ! Fou à lier ! Ses larmes continuaient de couler tant elle était terrifiée.

- Désolé Megu chan, railla-t-il en s'éloignant, tu vas devoir te trouver un autre camarade de jeu pour tes petites sauteries dans les bois ! Celui-là ne te servira plus à rien !

- Espèce de sale... gronda Daisuke.

Megumi se figea et le retint par le bras alors qu'il semblait se contenir pour ne pas bondir vers lui. Il était si furieux qu'il en tremblait.

- Laisse-le, Daisuke... soupira-t-elle épuisée, ça ne sert à rien...

Il serrait les poings. Ses veines jaillissaient sous sa peau. Elle ne l'avait jamais vu si hors de lui.

- Je vais pisser, je reviens, annonça Hayate avec nonchalance. Par contre, je vous préviens, le premier qui essayera d'abréger les souffrances de ce mec subira le même sort ! J'espère me faire bien comprendre !

Sa voix était légère et insouciante, comme s'il s'agissait d'un jeu...

Megumi soupira et le regarda s'éloigner, le regard détruit en se mordillant la lèvre jusqu'au sang.

Son cœur était brisé…

illustration 1 Daisuke.png

(Daisuke)