Akai ito
livre 1

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Chapitre 23

- Tu te sens mieux ? S'enquit Daisuke.

- Oui... Désolée, je ne fais que vomir, aujourd'hui...

- Ce n'est pas surprenant, je trouve même que tu gères plutôt bien. N'importe qui d’autre aurait déjà fait une crise de nerf, à ta place.

Megumi et Daisuke étaient assis sur un rocher, un peu plus loin, à l'ombre des arbres, en attendant le retour de Kyosuke et des autres soldats.

Hayate était nonchalamment affalé sur le sol et prenait le soleil en observant sa victime, tandis qu'il continuait de se vider de son sang, la tête en bas.

Il ne bougeait plus depuis un moment, alors Megumi supposait qu'il était déjà mort.

Elle l'espérait, même.

« Le pauvre bougre... »

L'image du sabre tranchant sa virilité ne cessait de lui revenir, encore et encore.

Elle n'arrivait pas à la chasser de son esprit...

Elle serra les dents pour ne pas vomir de nouveau.

- J'espère que Kyosuke va réussir à attraper Aku... soupira Daisuke.

Megumi sortit de ses pensées.

- C'est dingue ! Continua-t-il. Je n'arrive toujours pas à y croire... D'habitude, j'arrive à sentir les gens, mais lui... Je n'ai vraiment rien vu venir.

Megumi lui jeta un regard en coin avant de baisser les yeux en soupirant.

- Tu ne peux pas tout voir...

Il resta silencieux pendant un instant, visiblement perdu dans ses pensées.

Il avait l'air de se sentir responsable...

- Megumi... Je peux te poser une question ?

- Bien sûr.

Il hésita pendant un instant.

- Tu as réellement... pu t'enfuir à temps ? Ou tu l'as seulement dit pour calmer Hayate ?

- Ah... Oui, c'était la vérité, répondit-elle. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle tu m'as retrouvée avec un visage aussi boursoufflé, s'amusa-t-elle tristement, je ne me suis pas laissé faire... Et ensuite, j'ai passé le reste de la nuit à me cacher, et je suis tombée sur toi.

Il la dévisagea attentivement, comme pour s'assurer qu'elle disait vrai.

- Je vois... soupira-t-il, soulagé.

Il chercha ensuite Hayate des yeux, d'un air un peu perplexe.

- Il a tout de même tenté de s'emparer de ton corps et l'a salement amoché... Je ne devrais pas dire ça, mais... une partie de moi a été soulagé de voir Hayate s'occuper de son cas...

- Ah ?

Megumi pinça les lèvres, un peu hésitante.

- Moi, je n'en suis pas certaine... Je suis surtout choquée pour l'instant. Cet homme m'a fait du mal, c'est sûr, mais... il m'a fait de la peine lorsqu'il s'est mis à pleurer.

- Tu es bien trop gentille, s'amusa-t-il.

Un court silence passa et il reprit :

- Tu sais... ? Avoir pitié de ton ennemi... c'est être sans pitié envers toi-même.

Megumi fixa le sol, et prit un instant pour réfléchir à ces paroles.

- J'ai eu pitié d'un rebelle sur le champ de bataille, une fois, révéla-t-il avec un sourire. Et il a failli me tuer lorsque je lui ai tourné le dos. C'est Hayate qui m'a sauvé... avant de prononcer ces mots.

Megumi haussa les sourcils avant de pouffer brièvement de rire.

- Ça lui ressemble bien...

- C'est vrai, mais il a raison, songea-t-il. Pour survivre dans ce monde, c'est ainsi qu'il faut penser...

Megumi y réfléchit pendant un instant et songea qu'elle n'était pas vraiment d'accord...

« Quelle triste façon de penser... »

La jeune femme soupira tristement et chercha Hayate des yeux.

Son regard était figé sur celui de sa victime, mais il ne souriait plus.

Ses yeux sombres étaient aussi vides que le néant. Comme s'il le regardait sans le voir.

À quoi pensait-il ?

- Megumi ? Fit doucement Daisuke.

- Oui ? Dit-elle sans le lâcher des yeux.

- Il s'est passé...quelque chose entre vous ?

Megumi ne s'attendait pas du tout à cette question. Elle sursauta et devint soudain si rouge que Daisuke n'eut aucun doute sur la réponse.

- Quoi ? Ne me dis pas que... ! S'indigna-t-il.

- Non ! Non, non, il n'est pas allé jusque-là ! S'empressa-t-elle de le rassurer, il... Enfin, c'est...

Elle marmonna en se touchant les pointes, un peu embarrassée.

- C'est juste... que...

Comment pouvait-elle qualifier cela ?

Certes, pour elle, il s'était passé quelque chose. Même mille choses.

Mais elle était quasiment certaine que cela ne comptait pas pour Hayate…

Megumi avait fait de son mieux pour rester sur la défensive durant un temps, pour se protéger, mais Hayate était parvenu à faire fondre son armure avec un simple « petit rendez-vous secret sous des insectes lumineux ». Elle était à présent complètement tombée dedans…

Que pouvait-elle faire pour revenir en arrière ?

« Je suis complètement novice, mais je ne pense pas me tromper en affirmant qu’il est loin de ressentir la même chose que moi... »

Le souvenir de leurs regards, se cherchant dans la nuit, à travers le feu de camp lui revenait en mémoire, la faisant douter.

Et Megumi se sentit de nouveau tiraillée entre son cœur qui espérait follement être aimé par Hayate en retour, et sa raison qui lui sommait de garder la tête froide, de ne pas s'enflammer et de fuir cet homme dangereux. Sans compter qu'elle était censée quitter ce monde bientôt...

« Enfin, normalement... »

« J'ignore quand la lune sera pleine, mais je pense avoir au moins quatre ou cinq jours devant moi... »

Daisuke se pencha légèrement en avant pour appuyer son menton contre la paume de sa main.

- Je vois... soupira enfin Daisuke. Rappelle-moi de faire installer un verrou à ta porte, en rentrant...

Megumi pouffa de rire.

- Il ne m'a pas rendu ce genre de visite nocturne... s'amusa-t-elle. Et on ne s'est rien promis, mais... Il y a comme une espèce... d'ambiguïté, c'est vrai.

Il n'était pas nécessaire de lui raconter les quelques dérapages qui avaient échappé à son contrôle, mais il était également inutile de mentir à quelqu'un d'aussi clairvoyant que Daisuke.

Elle soupira en reportant tristement son regard sur Hayate.

- Mais... murmura-t-elle. Là, pour être franche, je suis en rogne...

Ça t'a plu ?

Tu as aimé te faire baiser par ce mec ?

Ces mots raisonnaient dans sa poitrine, saignant son cœur à blanc.

« Je n’arrive pas à croire qu’il ait pu penser une chose pareille... »

- Ça me blesse... qu'il puisse penser ça de moi... avoua-t-elle à voix basse.

Daisuke resta un moment immobile et silencieux, comme s'il n'avait pas entendu ses mots.

- Je ne l'avais jamais vu réagir ainsi... soupira-t-il. Hayate est un sociopathe. Il ne pense qu'à lui-même... C'est la première fois que je le vois prendre autant quelque chose à cœur. Et tout à l'heure... même s'il t'a dit des paroles cruelles, j'ai eu l'impression d'entendre son cœur agoniser.

Megumi tressaillit et se tourna vers Daisuke, surprise.

Avait-elle bien entendu ? 

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Je me trompe peut-être... Avec ce qui s'est passé avec Aku, je commence à douter de mon don, mais... Tout à l'heure, en l'écoutant te dire ces horreurs, j'ai juste eu l'impression d'entendre la jalousie d'un type tordu...

Megumi sentit des milliers de papillons faire exploser son cœur. Elle rougit et ses poils se hérissèrent le long de ses bras.

« Jalousie ? »

« Mais... »

« Alors... ça veut dire qu'Hayate aussi... éprouve des sentiments pour moi ? »

Elle voulait cacher son visage derrière ses mains et pouffer de rire. Elle en oubliait presque ses mauvaises aventures.

- Mais, Megumi...

Daisuke se tourna vers elle en esquissant un demi-sourire.

- Je sais... que je ne suis ni ton père, ni ton frère, et que je ne suis personne pour te donner ce genre de conseils, mais...

Il détourna les yeux avant de la regarder de nouveau.

Puis il lui sourit tristement, avec bienveillance.

- Hayate n'est pas un type pour toi... dit-il doucement.

Megumi resta un moment interdite, puis elle débarrassa distraitement son genou de la poussière.

- Je le sais. Mais ne t'inquiète pas, ce n'est pas comme si j'allais sortir avec lui...

Silence.

- Sortir ? S'enquit-il, intrigué. Tu veux dire, comme lorsque vous avez fait le mur ?

- Oui, enfin, non... euh, se reprit-elle, déboussolée. Je veux dire... que ce...

- MAIS... PAR L'UNIQUE ! QU'EST-CE QUI S'EST PASSÉ ICI ?! Retentit soudain la voix de Kyosuke.

 

* * *

 

Megumi s'accrochait au bras de Daisuke, le front ruisselant de sueur.

Son visage était tiré par la douleur, elle ne pouvait plus cacher à quel point chacun de ses pas lui faisait mal.

- Bon sang, mais Megumi, arrête d'être si butée et laisse-moi te porter !

- Non ! Je t'ai déjà dit que ça allait !

- Tu ne dirais pas ça si tu voyais ta tête !

- C'est juste une cloque ou deux, ce n'est rien...

Megumi faisait de son mieux pour retrouver un visage impassible, mais sa cheville lui faisait si mal...

Elle leva la tête et chercha instinctivement Hayate des yeux. Mais elle se souvint rapidement qu'il était resté avec ses hommes pour tenter de trouver Aku.

Aku...

L'image de son visage tordu de rire se mêla à celui qu'elle avait vu récemment : froid et indifférent...

Ce contraste lui faisait si mal.

Il s'était passé tant de choses qu'elle n'avait pas réellement prit le temps de penser à la trahison de son ancien camarade.

Cet homme qu'elle avait considéré comme un ami, en plus de l'avoir trahie, avait même été prêt à la laisser se faire violer...

Son cœur se serra.

Toute cette histoire l'avait blessée, mais au fond d'elle-même…

« J’espère qu’ils ne retrouveront jamais Aku... »

Leur amitié n'avait, certes, jamais existé, mais Megumi s'était sincèrement attachée à lui. Elle l'aimait, tout comme elle aimait Akihoshi, Daisuke et les autres...

Et ce genre d'affection ne disparaissait pas du jour au lendemain.

- Kyosuke boude toujours, s'amusa Daisuke.

Megumi releva la tête et chercha le géant des yeux.

Celui-ci marchait en tapant des pieds, les poings serrés. Cette vision était si comique que la jeune fille en oublia presque ses sinistres pensées.

- Il en veut encore beaucoup à Hayate, visiblement, pouffa-t-elle.

- C'est normal, il espérait régler son compte à ce bandit, mais Hayate s'en est chargé sans l'attendre...

- Tu crois qu'il... aurait essayé d'arrêter Hayate, s'il était arrivé à temps ?

- Non, répondit-il sans hésitation. Mais il l'aurait cogné et Hayate ne l'aurait jamais laissé faire, alors ce n'est pas plus mal qu'il n'ait pas été là. On a évité un énième affrontement...

- Hein ? Il n'aurait pas laissé Kyosuke le frapper ?

Daisuke eut un sourire amusé.

- Non, parce que lorsque Kyosuke a vraiment la haine après quelqu'un, il peut le tuer d'un seul coup de poing.

Megumi haussa les sourcils.

- D'un seul coup de poing ?

- Oui, et ça lui aurait gâché le plaisir...

Soudain, Kyosuke se tourna vers eux, les sourcils froncés, puis il se renfrogna avec mauvaise humeur avant de s'avancer vers eux d'un pas déterminé.

- Euh... Il a compris qu'on parlait de lui ? Fit discrètement Megumi.

- Non, je ne crois pas... hésita Daisuke.

Lorsqu'il arriva enfin à leur niveau, son regard devint plus colérique.

- C'est bon, j'en ai marre de t'entendre boiter ! Dit-il d'un ton décidé avant de l'attraper soudain par la taille.

Megumi sursauta et rougit comme une tomate tandis qu'il la posait sur son épaule large et solide.

- Mais... Qu'est-ce que tu fais ?! S'affola-t-elle en s'accrochant à sa tête pour ne pas tomber. Arrête, repose-moi !

- Tes pieds sont dans un état lamentable et tu n'étais pas censée remarcher si vite ! S'énerva-t-il. Encore moins une aussi longue distance !

- Mais, que... balbutia-t-elle avant de jeter un regard suppliant vers Daisuke.

Mais celui-ci leva les mains, d'un air faussement désolé et impuissant. Ce qui agaça fortement la jeune femme, il était évident qu'il n'était pas dans son camp sur ce coup-ci.

- J'aurais très bien pu marcher... marmonna-t-elle, embarrassée et furieuse. Aux dernières nouvelles, je n'ai rien de cassé...

- Ne discute pas, je suis déjà bien assez en colère comme ça ! Râla Kyosuke.

Megumi le considéra pendant un instant avec surprise avant de pouffer de rire.

Il ressemblait à un enfant coincé dans le corps d'un géant plein de muscles.

- Pourquoi es-tu si énervé ? Tout va bien, maintenant... Le commandant n'est plus menacé, vous avez tué l'un d'entre eux... Et puis, je t'ai expliqué ce qui s'est vraiment passé dans la forêt, il n'y a rien eu d'autre.

- Laisse tomber, marmonna-t-il avec mauvaise humeur, tu ne peux pas comprendre !

Megumi fronça les sourcils et leva un regard interrogateur vers Daisuke qui lui faisait signe de ne pas insister.

La jeune fille pinça les lèvres et soupira, dépitée.

Cet homme était une boule de nerf depuis qu'ils l'avaient retrouvée, et elle n'arrivait pas à en déceler la raison.

Il ne pouvait pas être ainsi simplement parce qu'il n'avait pas pu régler son compte à cet homme...

- Bon... soupira-t-elle en s'accoudant à sa tête. Et tu comptes bouder jusqu'à ce soir ?

- Je ne boude pas, grinça-t-il.

- Bien sûr que si, s'amusa-t-elle. Regarde-moi ces sourcils !

Elle appuya son index contre sa ride du lion, en riant.

- Allez fais-moi plaisir, fais un petit sourire.

- Arrête, Megumi, dit-il d'une voix neutre.

Étrangement, les soldats face à eux devinrent tendus.

- Souris et j'arrêterai, pouffa-t-elle en se penchant soudain pour le chatouiller sous le bras.

- Megum...NOOON ! Sursauta-t-il soudain en bondissant.

Megumi se retrouva dans les airs et Kyosuke la rattrapa de justesse, les yeux écarquillés.

Daisuke soupira, blasé.

- C'est malin...

- Ça va, Megumi ?? S'affola Kyosuke, les yeux ronds comme des billes. Je suis désolé !! Tu ne t’es pas fait mal ?!

La jeune fille le regarda en clignant des yeux, surprise, puis elle éclata de rire, et renversa la tête en arrière, en tapotant les bras de Kyosuke.

- Ha ha ha, mon Dieu, mais qui est chatouilleux à ce point-là ?! HA HA HA ! Je ne m'attendais vraiment pas à m'envoler dans les airs !! HA HA !!

- Ce n'est pas marrant... marmonna-t-il ennuyé, tandis que Daisuke et les soldats pouffaient de rire à leur tour, tu aurais pu te faire mal...

- Oui, mais, ce n'est pas le cas, s'amusa-t-elle, rieuse, en empoignant doucement ses bras dans ses mains. Tu m'as rattrapée.

Il fit la moue en rougissant légèrement, puis il la souleva et la reposa délicatement sur son épaule.

- Ne le fais plus, dit-il.

- Bien, bien... rit-elle, attendrie, en s'appuyant de nouveau contre le sommet de son crâne.

C'était tellement étrange.

Elle ne connaissait le frère de Daisuke que depuis quelques jours à peine, et pourtant, elle se sentait déjà incroyablement à l'aise avec lui. Il lui fallait toujours un peu de temps avant de laisser quelqu'un entrer dans son cercle, mais pour Kyosuke, le lien s'était créé dès le premier jour.

 

Elle le regarda du coin de l'œil et un petit sourire lui échappa.

Megumi s'était juré de ne plus jamais laisser quelqu'un la trahir, mais étrangement, elle ne parvenait pas à se méfier de lui.

Il était si attachant et innocent...

Son esprit s'était totalement relâché.

Comme s'il savait instinctivement qu'il n'y avait rien à craindre.

C'était une impression si réconfortante.

Surtout pour quelqu'un qui avait perdu peut-être pour toujours, le chemin de sa maison...

- J'aperçois la ville, fit soudain Daisuke, nous devrions arriver juste avant le coucher du soleil.

- Mmh... on mange quoi, ce soir ? Bougonna Kyosuke.

- Aucune idée, nous verrons ce que l'auberge proposera.

Et Megumi eut soudain une envie de pizza si violente qu'elle en perdit de nouveau le moral.

 

 

* * *

 

Megumi gémit et ouvrit les yeux en grimaçant.

Son dos et sa cheville étaient si douloureux qu'elle parvenait à peine à somnoler depuis le début de la nuit.

La soirée s'était pourtant bien passée. Elle avait mangé et papoté avec Daisuke, Kenji et Kyosuke dans le salon de l'auberge jusqu'à s'écrouler de fatigue, et la douleur avait été supportable jusque-là.

Alors pourquoi souffrait-elle à présent au point d'en transpirer ?

Elle pencha la tête sur le côté pour essayer d'étirer son cou endolori. Son corps entier était noué.

Elle se redressa avec précaution et fit rouler sa tête et ses chevilles.

- Aïe !

Elle avait presque oublié sa petite foulure.

Au bout d'un instant, elle se leva et se rinça le visage à l'aide d'une petite bassine posée sur une commode.

L'eau fraîche lui faisait du bien, mais elle ne pouvait pas en abuser à cause du bandage qui recouvrait son œil.

Megumi n'avait plus vraiment mal, mais la sensation de gonflement était désagréable.

Elle avait si chaud, elle étouffait...

« Je vais faire un tour dehors, décida-t-elle en vérifiant sa cheville. J'ai l'impression que c'est lorsque je bouge le moins, que je souffre le plus. »

La jeune fille enfila ses bottes, puis elle s'avança vers la porte d'un pas déterminé et tressaillit en voyant deux soldats en pleine conversation, se tourner vers elle d'un air étonné.

Des hommes de Kenji.

- Tu as besoin de quelque chose ? S'enquit gentiment l'un d'entre eux.

Megumi les regarda d'un air intrigué.

- Euh... Non, je voulais juste sortir prendre l'air.

- À cette heure-ci ?! S'étouffa-t-il.

- Désolé, mais non, tu vas devoir attendre demain ! Ajouta le second.

- Hein ?

Elle cligna des yeux, sidérée.

- Nous avons reçu des ordres, tu ne dois pas sortir de l'auberge avant demain matin, par sécurité ! Les deux ravisseurs courent toujours !

- Mais, je... je comptais juste rester devant l'auberge... Je veux juste respirer un peu.

- Vous pouvez respirer ici, non... ? fit bêtement l'un des soldats.

Megumi le regarda, blasé.

- Nous sommes désolés, bégaya-t-il. Mais nous avons reçu des ordres, et...

- Bon, très bien, je comprends, s'impatienta-t-elle. Pas de problème. Bonne nuit...

Soulagés, ils inclinèrent la tête devant elle, pendant qu'elle fermait la porte, dépitée.

La colère d'Hayate était encore dans toutes les mémoires, alors elle comprenait que personne ne souhaitait prendre cette responsabilité.

Elle allait donc être raisonnable et se contenter de la fenêtre.

La jeune fille marcha jusqu'à celle-ci et accueillit l'air frais avec un profond soulagement.

Elle ferma les yeux et savoura la fraîcheur du vent contre sa peau.

Son corps brûlant frissonnait face à la différence de température, mais c'était agréable.

« Ça t'a plu ? »

La voix d'Hayate raisonna dans son esprit, et Megumi sentit son estomac se tordre.

Elle ne l'avait pas revu depuis cet incident. Il n'était toujours pas rentré...

Pourtant, ses hommes étaient revenus en milieu de soirée.

Cherchait-il toujours Aku ? Ou pire encore, était-il en train de le torturer ?

Cette idée lui donna des sueurs froides, alors elle pria pour que son ancien ami soit parvenu à s'enfuir...

Accoudée contre la fenêtre, elle ouvrit l'œil et observa ce village lugubre et silencieux avec un peu d'appréhension.

Cet endroit était vraiment terrifiant de nuit, et elle songea que sa balade n'aurait pas duré très longtemps si les soldats l'avaient laissée sortir.

Une légère pluie cognait contre le toit.

Le bruit était apaisant...

Elle inspira cette odeur d'humidité, essayant de s'éclaircir la tête...

Puis, alors qu'elle écoutait le silence, un frisson la parcourue, et les poils de ses bras se hérissèrent.

L'air devint de plus en plus lourd, presque irrespirable. Son pouls gronda...

Et sans trop savoir comment elle l'avait senti, elle croisa son regard.

Hayate était assis sur les marches juste devant la porte de l'auberge, et la fixait sombrement du coin de l'œil.

Megumi eut alors la sensation que son corps pesait au moins une tonne.

Sa respiration se coinça dans sa gorge tandis que son cœur s'emballait contre sa poitrine.

Elle n'en revenait pas de le voir, si soudainement.

« Je ne m'y attendais pas... »

Elle devait faire peur à voir...

La jeune fille se retint de passer sa main dans ses cheveux pour les arranger et s'humecta les lèvres en rougissant timidement.

- Tu... ne rentres pas ? Chuchota-t-elle d'une voix tremblante.

Elle ignorait dans quel état d'esprit il était, mais la jeune fille préférait faire comme si cette dispute n'avait jamais eu lieu. Même si sa main se souvenait encore de la gifle.

Un sourire dangereux étira les lèvres d'Hayate.

- Tu sais parler aux hommes, Megu chan...

Megumi cligna des yeux sans comprendre, puis, elle tressaillit et secoua les mains.

- Mais non, idiot ! Je veux dire... Tu ne rentres pas dormir ? Tu as une chambre qui t'attend à l'étage du dessous alors... euh... bégaya-t-elle mal à l'aise.

Il sourit et se redressa sur ses jambes avant de faire quelques pas sous la pluie, se retrouvant juste sous sa fenêtre.

Son regard continuait de la fixer, mais Megumi ne voyait pas clairement son expression.

Était-il toujours furieux ?

- Tu... Tu ne veux pas... aller dormir alors ? Hésita-t-elle.

Un petit silence s'écoula, et Megumi se sentit frustrée de ne pas voir son visage.

- Pas plus que toi, Megu chan...

Son murmure avait quelque chose de mystérieux, il était taquin.

Une étrange chaleur se répandit en elle tandis que son cœur déjà affolé, semblait vouloir sortir de sa poitrine.

C'était fou, l'effet qu'il lui faisait...

C'était à peine si elle parvenait à utiliser ses poumons.

Elle s'efforçait de respirer faiblement alors qu'elle avait tant besoin de prendre une profonde inspiration...

Il la noyait en la tenant prisonnière de cette tension électrique et douce à la fois.

- Tu veux aller faire un tour ? Proposa-t-il doucement.

Megumi avait entendu un sourire dangereux dans sa voix... accentuant son malaise.

Elle fit glisser une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Je ne peux pas... chuchota-t-elle. Les hommes de Kenji sont dans le couloir et me surveillent...

Il baissa la tête en direction de la porte, comme s'il réfléchissait, puis il lui ouvrit les bras et Megumi aperçu son rictus dans la pénombre.

- Viens...

Il l'avait à peine murmuré, pourtant, Megumi sentit ce simple mot vibrer en elle aussi fortement que s'il l'avait hurlé...

C'était un ordre, et non une proposition.

- Mais... Tu veux que je saute ? S'étonna-t-elle.

Elle n'était qu'au premier étage, mais tout de même...

Était-ce vraiment raisonnable de le suivre alors qu'elle n'était pas censée quitter sa chambre ?

L'image du Hayate adorable de cette nuit-là, lui revint en mémoire, et se mêla à celle du fou sadique qu'elle avait vu un peu plus tôt...

L'image de ce psychopathe qui avait tué cet homme de la pire manière qui soit.

Qui était le vrai Hayate ?

QUI était Hayate ?

Il remua les doigts, les paumes tendues vers le ciel, lui intimant tranquillement de faire vite, et Megumi sentit la panique la gagner.

Sa tête et sa raison lui ordonnaient de fermer la fenêtre et de retourner sagement se coucher, tandis que son cœur et son être lui hurlaient de le rejoindre.

Et si son but était de lui faire du mal ?

Et s'il tentait de la tuer ?

Ce type était si imprévisible...

- Tu crois que je ne réussirai pas à t'attraper ?

Sa voix était rieuse, pourtant Megumi sentait dans sa propre bouche le goût amer du danger...

Un danger étonnement jouissif qui étrangement, l'excitait à l'extrême.

« Suis-je aussi tordue que lui ? »

Son cœur s'accéléra de nouveau et l'appréhension la saisit tandis qu'elle se hissait pour enjamber la fenêtre.

« Mon Dieu, mais quelle folie suis-je encore en train de faire ?! »

Le sourire narquois d'Hayate s'intensifia dans l'obscurité, elle était terrifiée, ses mains tremblaient comme des feuilles...

« Arrête tes bêtises et retourne te coucher ! » lui cria sa raison.

Mais Megumi fit le choix de ne pas l'écouter. Elle prit une inspiration et bondit dans sa direction.

Elle retint un cri pour ne pas attirer l'attention et s'accrocha à Hayate comme un koala à son arbre, lorsqu'elle tomba dans ses bras.

Elle marqua un temps d'arrêt en réalisant que ses jambes fines entouraient les hanches du capitaine.

Une bouffée de chaleur monta en elle et elle les décroisa avec précaution avant de les reposer doucement au sol.

Le souffle court, la jeune fille recula d'un pas et fit une tentative pour paraître décontractée.

- J'ai presque cru que tu ne me rattraperais pas exprès... dit-elle à voix basse.

La lune étant cachée derrière les nuages, Megumi ne put compter que sur la lumière de l'auberge pour l'éclairer, et ce n'était vraiment pas assez pour essayer de déceler la véritable humeur d'Hayate...

- Pourquoi as-tu sauté dans ce cas ? Sourit-il.

Il murmurait d'une façon étrange.

Sa voix était basse, rauque... et si grave qu'elle semblait raisonner dans sa poitrine.

Megumi avala sa salive plusieurs fois pour humidifier sa gorge tandis qu'un intense frisson lui parcourait le corps.

Comment cet homme faisait-il pour lui retourner ainsi les sens ?

Elle réprima la peur et l'excitation qui grandissaient en elle, tandis qu'il la toisait dans l'obscurité.

Son sourire était aussi déstabilisant qu'électrisant...

Il faisait naître en elle des désirs coupables.

Elle revit leur baiser en pensée et sentit le rouge lui monter aux joues.

- Parce que... répondit-elle enfin, mal à l'aise. Parce que je savais qu'à la dernière seconde, tu aurais fini par me rattraper...

Il ne répondit rien, et un silence s'écoula.

Un silence dangereux...

L'ambiance était devenue si tendue et oppressante que sa respiration était coincée dans sa gorge.

Elle déglutit et Hayate cala ses mains dans ses poches avant de faire un pas en arrière avec nonchalance.

- Tu peux marcher ? S'enquit-il doucement.

- Euh... Oui, mais... hésita-t-elle en levant les yeux au ciel.

La météo devenait de plus en plus menaçante...

Les nuages sombres commençaient à gronder timidement, annonciateur d'un orage.

C'était risqué, il valait mieux retourner à l'intérieur, mais...

« Il a détaché ses cheveux... ou il a perdu sa ficelle à cause de la pluie ? »

« J'aime beaucoup lorsqu'il les attache mais... il devrait les laisser lâchés plus souvent... »

Et avant même de s'en rendre compte, Megumi était déjà en train de le suivre.

Ses cheveux mouillés lui collaient à la peau, elle pouvait apercevoir sa nuque...

Il était si sexy...

« Hein ? »

Megumi secoua la tête et s'empressa de regarder ailleurs en s'efforçant de reprendre ses esprits.

« Bon sang, mais qu'est-ce qui m'arrive en ce moment ? »

« Je perds la tête, je deviens complètement folle ! »

Depuis qu'elle avait reconnu son attirance pour lui, plus rien n'allait. Elle ne pouvait plus réfléchir correctement, surtout lorsqu'il restait dans son champ de vision.

Elle hésita pendant un instant avant de lever de nouveau les yeux vers son dos.

Il n'était pas aussi grand et large que celui de Daisuke ou de Kyosuke, pourtant, il dégageait une puissance bien plus grande...

Bien plus redoutable.

Soudain, l'orage gronda au-dessus de leur tête et Megumi laissa échapper un petit cri de surprise.

Hayate tourna légèrement le visage vers elle mais sans la regarder.

Elle crut entendre un pouffement de rire à travers la pluie tombante.

Où l'emmenait-il ?

Pourquoi l'éloignait-il du village ?

Sa méfiance naturelle était en alerte, l'ambiance entre eux devenait de plus en plus étrange...

Elle n'avait plus rien à voir avec leur dernière balade dans les bois. Quelque chose avait changé...

Une aura démoniaque entourait le capitaine…

Elle déglutit difficilement.

Son instinct lui soufflait qu’elle était en danger. Pourtant, elle n’esquissait aucun geste pour tenter de faire demi-tour.

- Hayate... souffla-t-elle.

Sa voix était tremblante, mais elle ignorait si c'était le froid, ou Hayate qui en était la cause.

- Tu... vas me tuer ? Demanda-t-elle à voix basse.

Hayate continua de marcher, sans lui répondre, pendant un silence aussi interminable qu'oppressant.

Il émit alors un pouffement sans joie, avant de lever le visage vers le ciel.

Il était d'une telle beauté qu'elle en avait le souffle coupé...

- Je ne sais pas encore, Megu chan...

Quelque chose se contracta en elle.

Elle se figea sur place, et le regarda en retenant son souffle tandis qu'il se tournait lentement vers elle.

Un coup de tonnerre retentit, et durant un court instant, la jeune fille aperçut clairement son expression.

Un sourire cruel étirait son visage, son regard était celui d'un fou.

Il ressemblait à un vrai psychopathe !

Tétanisée, Megumi retint son souffle.

Elle devait prendre ses jambes à son cou, elle le savait...

Mais elle se sentait comme un petit lapin face à un gigantesque loup affamé.

Elle ne pouvait plus le voir clairement, mais elle sentait son regard concentré sur elle, alerte et vif...

Elle le fixa, le cœur battant. Sa tête bourdonnait, elle se sentait encore étourdie, et lorsqu'il fit un pas vers elle, Megumi tendit les mains en avant pour le tenir à distance d'elle.

Elle recula, chancelante, les entrailles nouées par la peur.

Une lueur diabolique dansait dans son regard.

Il allait la tuer ?! Ici et maintenant ?

Elle s'apprêtait à reculer de nouveau, mais il franchit la distance qui les séparait en une enjambée, lui tourna le dos et l'attrapa par les cuisses avant de la hisser sur lui.

Stupéfaite, Megumi s'empressa de passer ses bras autour de son cou pour ne pas tomber tandis qu'Hayate fonçait déjà à travers la grande étendue déserte.

- HAYATE, NON, L'ORAG... !

Soudain, la foudre s'abattit non loin d'eux, arrachant un hurlement de terreur à Megumi.

Hayate fonça sans s'arrêter en riant aux éclats comme un enfant.

- ARRÊTE ! ARRÊTE, TU ES DINGUE ?!

Il ne fallait jamais courir sous l'orage, encore moins dans une étendue déserte ! Cet homme était fou à lier !

- ARRÊTE !! HAYATE !!

L'éclair frappa de nouveau, contre un arbre isolé, à environ trente mètres.

Le cœur de Megumi battait à tout rompre, elle voyait sa vie défiler devant ses yeux.

Le ciel grondait à lui en faire exploser les tympans, comme s'il était furieux d'être ainsi mit au défi.

Elle resserra les bras autour de lui et nicha son visage contre sa nuque.

En d'autres circonstances, elle aurait pu prendre beaucoup de plaisir à le sentir contre elle, mais la peur prenait le pas sur le reste.

La foudre frappa encore, beaucoup trop près cette fois, et Megumi le serra si fort que les muscles de ses jambes et de ses bras brûlaient malgré la pluie glacée.

Enfin, il s'engouffra à l'intérieur d'une chapelle visiblement laissée à l'abandon.

L'endroit était sombre et lugubre, mais Megumi était si soulagée d'être à nouveau à l'abri qu'elle le vit comme le plus accueillant des foyers.

- Oh mon Dieu... souffla-t-elle en se laissant glisser le long de son dos tandis qu'Hayate continuait de rire, oh mon Dieu...

Une fois remise, elle se tourna vers lui, choquée.

- NON, MAIS TU ES DEVENU FOU ?! Explosa-t-elle en le poussant de toutes ses forces. EST-CE QUE JE T'AI DIT QUE JE VOULAIS FAIRE UN DOUBLE SUICIDE AVEC TOI ?!

Le fou rire d'Hayate s'accentua et il s'adossa contre le mur en levant le visage vers le plafond.

Ce sale type...

Comment avait-il pu oser ?

- Bon sang ! Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie... souffla-t-elle.

Son cœur battait à tout rompre, elle était encore toute remuée, mais une fois la peur et la colère passées, elle eut presque envie de rire sans trop savoir pourquoi.

Elle se mordilla la lèvre pour se contenir.

Comment pouvait-elle trouver ceci amusant ? Elle aurait pu y passer ! C'était de l'inconscience !

Mais l'adrénaline et le rire d'Hayate la perturbaient.

Elle perdait la notion de la réalité.

- Tu es un grand malade, Hayate... murmura-t-elle en s'adossant contre le mur, près de lui.

- Arrête un peu, je sais que tu as trouvé ça, marrant...

- Mais pas du tout ! Regarde-moi mieux, je ne suis pas une tordue comme toi !

Megumi frissonna en sentant son regard se poser sur elle.

Il faisait sombre mais elle le sentait aussi nettement que s'il était en train de la toucher.

L'ambiance changea drastiquement de nouveau.

Elle redevint glaciale et malfaisante...

Megumi retint son souffle.

Il respirait calmement, ni trop vite, ni trop lentement, pourtant, son souffle avait quelque chose de menaçant...

Elle n'avait plus aucun doute, il dégageait la même aura dangereuse que lorsqu'il s'était amusé à torturer son ravisseur, un peu plus tôt.

Mais ce qui la surprenait réellement, ce n'était pas la perspective de mourir des mains d'Hayate...

C'était plutôt la manière dont elle gardait son calme.

Son cœur avait beau battre à tout rompre, elle se sentait étonnement calme et sereine.

- C'est ici que tu vas me tuer ? Demanda-t-elle d'une voix à peine audible.

Il laissa échapper un léger ricanement, si démoniaque que son cœur en loupa un battement.

Megumi ouvrit les lèvres pour lui en demander la raison, mais il passa la main dans ses cheveux et glissa une mèche derrière son oreille.

Elle en frissonna comme jamais.

- Tu aurais peut-être préféré, dehors... murmura-t-il.

Elle déglutit difficilement, le cœur fébrile, tandis que sa main descendait vers son menton.

Elle effleura sa clavicule et ce contact lui fit tant d'effet que Megumi peina à garder la tête froide.

Puis enfin, il saisit la jeune fille par la gorge en y plantant légèrement ses doigts.

Elle retint son souffle et ravala sa terreur, de peur de se montrer pitoyable devant lui.

Elle aurait voulu hurler et appeler à l'aide, mais c'était inutile. Ils étaient bien trop loin...

« Alors, c'est ici que je vais mourir ? »

« Comme ça ? »

« Pour de vrai ? »

Il se campa devant elle, la main toujours autour de sa gorge.

Megumi garda l'œil fermé pendant un instant, puis elle l'affronta du regard et croisa ses yeux terrifiants dans la pénombre.

Elle ignorait s'il avait vraiment prévu de la tuer ou si ceci n'était qu'un jeu pour lui, mais elle n'en avait cure.

Qu'il la tue si cela lui chantait, elle n'avait plus rien à perdre de toute façon...

- Ne me regarde pas comme ça, Megu chan... souffla-t-il d'une voix fébrile en approchant son visage diabolique du sien. Quand tu me fais ces yeux-là...Ça me donne envie de te faire pleins de choses cruelles...

Megumi sentit son cœur brûler, mais elle parvint à garder un air impassible malgré le tremblement de son corps frigorifié.

- Tu préférerais que je pleure ? Ou que je te supplie de m'épargner ?

Un sourire narquois étira les lèvres d'Hayate et il resserra un peu plus sa poigne autour de sa gorge.

- Mmh... Je ne sais pas, hésita-t-il comme si cette idée l'excitait tout autant, (il inclina la tête sur le côté) j'hésite...

Ce type était un grand malade...

La jeune fille se sentait un peu perdue. Elle ignorait pourquoi elle l'avait suivi alors qu'il n'était clairement pas dans son état normal depuis son enlèvement.

Ou peut-être était-ce justement son état normal...

Elle se sentait complètement perdue.

Elle ne se reconnaissait plus depuis son arrivée dans ce monde. Elle avait toujours agi avec prudence, alors pourquoi ne cessait-elle de suivre Hayate alors qu'il était si instable, imprévisible et dangereux ?

Aimait-elle se faire peur ?

Elle qui avait toujours détesté les films d'horreur… ?

Et comment pouvait-elle frissonner à son contact alors qu'elle venait à peine d'échapper à un viol ?

Megumi allait finir par croire qu'elle ne tournait pas rond, elle non plus...

Elle prit une inspiration pour se donner du courage, puis, sans cesser de le défier des yeux, elle attrapa son poignet.

- Si tu veux me tuer, fais-le maintenant ! L'affronta-t-elle. Inutile de tourner autour du pot pendant cent ans…

Elle ne sut où elle trouva la force de ne pas détourner son regard du sien sans trahir la peur sourde qui grondait en elle...En tout cas, elle y parvint. Elle plissa légèrement les yeux, presque sereine et un long silence s’écoula.

Une lueur dangereuse passa dans les yeux d’Hayate et il se mordilla la lèvre, comme pour contenir son sourire infernal.

Son visage était si près du sien...

- Arrête... murmura-t-il d'une voix bouillante. Ne m'excite pas comme ça...

Megumi comprit à cet instant précis qu'elle était aussi tordue que lui.

Son bas-ventre lui faisait mal tant ce regard sadique qu'il posait sur elle l'émoustillait à l'extrême. Elle avait presque envie d'arracher ses propres vêtements et de le laisser lui faire toutes ces « choses cruelles » dont elle ignorait encore tout...

« Qu'est-ce que ce type est en train de faire de moi ? Je ne me reconnais plus ! »

Megumi déglutit difficilement, puis, elle soutint son regard intense. Les pupilles vertes d'Hayate semblaient avoir rétrécies sous l'effet de cette euphorie qu'il contenait en lui.

- Je n'ai pas peur de toi... dit-elle d'une voix à peine audible.

Son cœur battait incroyablement fort malgré sa détermination.

- Si, tu as peur, Megu chan...

Megumi lui fit un sourire narquois sans se démonter.

- Tu es terrifiée, même... chuchota-t-il.

Évidemment qu'elle avait peur, mais il était hors de question pour elle de l'admettre.

S'il comptait vraiment la tuer, elle lui ferait face quoi qu'il arrive.

- Pas plus que lorsque je me suis retrouvée entre les griffes du type que tu as saigné tout à l’heure... osa-t-elle lui rétorquer.

Et lorsque Megumi vit le sourcil d'Hayate tiquer, elle repensa aux mots de Daisuke...

La jalousie d'un type tordu.

Sur le moment, elle y avait cru sans réellement y croire, mais...

Il lui suffisait à présent de regarder son expression terrifiante pour comprendre qu'il avait vu juste.

Il était réellement jaloux à l'idée qu'elle ait pu prendre plaisir aux assauts de son agresseur...

Quel genre de fou cet homme était-il donc ? Comment pouvait-il penser ainsi ?

Même s'il était parvenu à ses fins, comment aurait-elle réellement pu y prendre du plaisir ?

Elle était si irritée et blessée qu'elle avait presque envie de lui donner raison, juste pour le rendre fou.

Mais elle n'était pas comme lui.

- C'était avec ces yeux-là que tu le regardais pendant qu'il te baisait ? demanda-t-il d'une voix dangereusement calme.

Megumi se figea avec colère.

Elle était si furieuse qu'elle en oublia presque sa gorge menacée.

- Non, j'avais plutôt le regard suppliant, le défia-t-elle, sarcastique. Il avait à peine commencé à me toucher, que j'étais déjà en transe, les cuisses ouvertes...

Les doigts d'Hayate se crispèrent contre sa gorge tandis qu'un feu s'embrasait au fond de ses yeux.

- Ah oui ? Continue… ricana-t-il sombrement.

Il soutint son regard, le visage fermé.

Megumi le fixa, le cœur vibrant dans sa poitrine, puis elle soupira avant de secouer la tête, exaspérée.

- Imbécile... marmonna-t-elle. Pour qui tu me prends ?! Si c'est vraiment ce que tu penses de moi, c'est que tu n'as jamais compris qui je suis !

Il haussa les sourcils, un peu surpris avant de la toiser d'un air moqueur.

Furieuse, elle le força à relâcher enfin sa gorge et il se laissa faire avec nonchalance en pouffant d'un rire dénué d'émotion.

- Tu penses encore me faire avaler qu'il ne s'est rien passé... ? Se moqua-t-il. Allons, fillette, à d'autres...S'il t'avait forcée, tu ne l'aurais pas protégé comme tu l'as fait...

Elle secoua la tête, s'efforçant de ne pas laisser la colère la submerger.

« Bon sang, mais il ne comprend rien à rien ! »

- Même s'il m'avait violée, je l'aurais protégé quand même ! répondit-elle avec virulence tandis que la tempête faisait rage dehors. Parce que ce type devait se faire arrêter pour ses erreurs ! C'est ainsi que les « gens normaux » punissent les types comme lui !

Il se mit à rire, et Megumi laissa retomber mollement ses bras le long de son corps avec impuissance.

La gorge soudain nouée, elle chercha son regard dans la pénombre.

- Tu ne me crois vraiment pas... murmura-t-elle.

Non. Il ne la croyait pas du tout.

Il n'essayait même pas de l'écouter...

Et la jeune fille réalisait que cette idée la blessait réellement.

Elle pinça les lèvres pour les empêcher de trembler.

- Tu n'es qu'un con...

Un sanglot avait fait trembler sa voix, elle se maudit en détournant les talons d'un pas déterminé.

- Où vas-tu, Megu chan ? S'amusa-t-il. Tu ne peux pas sortir en pleine tempête...

- Je préfère affronter les éclairs que de rester une minute de plus avec un malade comme toi !

Mais elle avait à peine mis un pied dehors qu'un éclair extraordinaire déchirait brutalement l'air avant de s'écraser contre la terre.

Elle poussa un cri de stupeur et s'accrocha pour ne pas s'envoler tandis que le vent semblait vouloir arracher les arbres.

« Oh mon Dieu !! » s'affola-t-elle en reculant, sidérée.

Le ciel était dans tous ses états ce soir, et il ne semblait pas prêt de retrouver son calme.

- Alors ? Rit-il, machiavélique, dans son dos. On se dégonfle, Megu chan ?

Elle pesta de colère en lui passant devant.

- Va au diable ! Rugit-elle.

Il l'attrapa par le bras en riant, mais elle se dégagea férocement sans ralentir le pas. Son ricanement s'approcha brusquement dans son dos et une poigne de fer l'agrippa brutalement par la nuque avant de la ramener contre lui.

- LACHE-M... !!

Hayate plaqua sa main contre son visage, recouvrant son nez et sa bouche.

Elle se figea sur place en roulant des yeux affolés tandis qu'elle se retrouvait soudainement coincée entre son torse et le mur.

- Megu chan... murmura-t-il contre son oreille avec ardeur. Pourquoi crois-tu que je t'aie amenée jusqu'ici ?

Megumi respirait plus vite, plus fort...

La peur tourbillonnait dans son ventre, lui réchauffant les entrailles.

- Je vais te tuer... souffla-t-il en lui mordillant l'oreille. Je vais te détruire, te démolir, te mettre en pièce...

Sa seconde main remonta jusqu'à sa nuque et il l'attrapa par la gorge d'une poigne étonnement possessive.

« Il est fou !! Ce type est bon à enfermer !! »

Megumi tenta de se débattre, de le frapper avec ses poings et ses pieds, en vain.

Avec l'énergie du désespoir, elle planta ses ongles dans sa taille, et il remua en riant, comme s'il n'avait ressenti que de simples chatouillis.

Megumi poussa contre le mur de toutes ses forces en balançant sa tête en arrière d'un mouvement vif, lui cognant brutalement la bouche.

Il gémit et elle profita de l’effet de surprise pour lui envoyer son talon dans les jambes.

Le cœur battant à tout rompre, elle s'extirpa vivement de ses bras et s'enfonça dans la chapelle, faiblement éclairée par le clair de lune et les éclairs violents.

Que devait-elle faire ?! Que pouvait-elle faire ?! Elle était prise au piège.

Ce type allait la tuer ! Et ils étaient bien trop isolés ! Personne ne viendrait à son secours ! Elle était seule !

Le rire malfaisant d'Hayate raisonna à travers la chapelle. Elle était si terrifiée qu'elle sentait à peine ses pieds blessés.

Les pas d'Hayate la suivaient à un rythme bien trop lent et tranquille. Il n'éprouvait visiblement pas le besoin de courir pour la rattraper...

- Aah, la proie qui prend la fuite... s'enthousiasma Hayate d'une voix enfiévrée. Mon jeu préféré...

Elle sentit une incommensurable terreur lui figer les muscles tandis que sa voix chantonnait gaiement dans l'obscurité :

- Cache-toi bien, Megu chan…