Akai ito
livre 1

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Chapitre 19

- Faites bien attention surtout, ne révélez votre identité à personne sur la route, recommanda Akihoshi.

- Oui, commandant ! Répondirent-ils en chœur.

Il avait finalement été décidé que Megumi partirait chercher sa bille, avec Kyosuke, Hayate, et quelques soldats de la garde de Daisuke, dont Aku.

Afin d'éviter d'attirer l'attention, ils s'étaient tous vêtus en tenue de voyage, et Megumi avait enfilé un pantalon ainsi qu'une cape courte.

Elle ressemblait à présent à un jeune adolescent.

- Fais bien attention à toi, ma petite, s'inquiéta Akihoshi en les accompagnant au portail. Reste toujours auprès de Kyosuke. Tu seras en sécurité avec lui.

« Sympa pour les autres » pensa-t-elle avec un petit sourire.

- Oui, je serai prudente, promit-elle.

Elle jeta un discret regard en coin vers Hayate, mais il avait l'air pensif.

Il ne lui avait d'ailleurs pas adressé un mot depuis l'épisode du suçon. Elle qui avait prévu de se montrer distante avec lui, il s'en était chargé pour elle.

Une initiative qui la dérangeait beaucoup, même si elle refusait de l'admettre.

« C'est à moi de lui faire la tête, pas l'inverse ! »

- Bien, faites de votre mieux et revenez nous sains et saufs, fit Akihoshi.

Megumi lui sourit, soulagée de ne pas avoir à lui faire d'adieu, puis, après quelques dernières recommandations, ils prirent la route.

Megumi leva les yeux vers la forêt haute et dense, puis la peur commença à s'insinuer en elle.

Le voyage ne débutait pas sous les meilleurs auspices. Le ciel était gris, et l'atmosphère, lourde et humide.

S'il se mettait à pleuvoir, ils seraient au moins protégés grâce aux arbres, mais l'idée de marcher dans la gadoue ne la tentait guère.

Les bruits de civilisation s'étaient éloignés, puis éteints.

Le calme qui régnait n'arrivait cependant pas à apaiser les angoisses naissantes de Megumi.

« Eh bien... Et dire que je comptais partir toute seule ».

Soudain, elle dérapa et se serait étalée contre le sol humide si Aku n'avait pas eu le réflexe de la rattraper.

- Ça va ? S'enquit-il.

- O...Oui, merci, marmonna-t-elle, honteuse en jetant un regard devant elle.

L'ambiance était étrange. Hayate marchait devant, sans un regard vers les autres, tandis que Kyosuke avançait en regardant partout autour de lui, comme s'il s'attendait à devoir affronter un animal sauvage à tout moment.

- Que se passe-t-il ? Chuchota-t-elle. C'est moi ou l'ambiance est bizarre ?

- Ah, non, tu es plutôt observatrice, répondit-il avec un petit sourire. Bien vu, ces deux-là ne s'entendent effectivement pas du tout. Je pense que c'est la raison pour laquelle le commandant leur a ordonné de faire ce voyage ensemble. Il espère une réconciliation.

- Ils ne s'entendent pas ? Souffla-t-elle en riant. Mais qui s'entend avec Hayate au juste ?

- Ha ha, c'est vrai que tu n'as pas tort, s'amusa-t-il avant de reprendre à voix basse : Mais les choses sont allées assez loin entre eux. Avant le départ du capitaine Kyosuke, une violente bagarre a éclaté, j'ai bien cru qu'ils allaient s'entretuer, ce jour-là...

- À ce point-là ? S'étonna-t-elle.

Megumi releva les yeux vers les deux capitaines et songea qu'elle comprenait mieux cette drôle d'ambiance qui flottait dans l’air.

« Bon, si le commandant compte sur ce petit voyage pour arranger les choses, je vais faire mon possible pour apaiser les tensions entre eux. »

- Aidons-les à se réconcilier, Aku !

- Alors là, sans moi, répondit-il, sans hésitation.

- Mais pourquoi ? S'étonna-t-elle. Égoïste !

- Je n'aime pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, c'est tout ! Et...

Il tressaillit en regardant devant lui.

Megumi suivit son regard et son cœur manqua un battement lorsqu'elle réalisa qu'Hayate avait cessé sa marche, et qu'il attendait patiemment de les voir arriver à son niveau.

« Hein ? »

Son air sombre ne lui disait rien qui vaille.

« Qu'est-ce qu'il veut ? »

Les mains dans les poches, l’air nonchalant, il resta ainsi pendant un instant, et lorsqu'Aku et les autres soldats arrivèrent enfin face à lui, un sourire inquiétant étira ses lèvres.

- Depuis quand la chair à pâté se place en fin de file ? Railla-t-il. Ce n'est tout de même pas à moi d'assurer votre protection, si ?

Ils sursautèrent et roulèrent des yeux affolés.

- Mais nous... bredouilla un soldat. Nous assurions seulement vos arrières, capitaine !

Visiblement surpris par cette réponse, Hayate posa sur lui un regard rond qui n'augurait rien de bon.

Megumi eut soudain l'image d'Hayate attrapant la chevelure d'un de ses hommes pour lui faire ravaler son vomi, et elle se sentit mal.

- Toutes nos excuses, capitaine, vous avez raison, s'interposa Aku en se plaçant devant son camarade. Nous y allons de ce pas...

Les hommes passèrent devant Hayate, la tête baissée, tandis que celui-ci les regardait avec un petit sourire glacial.

Un sourire qui s'accentua lorsque celui qui avait osé lui répondre se retrouva devant lui.

Hayate ricana discrètement, puis il leva le pied, et le pauvre soldat trébucha avant de s'étaler au sol.

Megumi sursauta, sidérée, tandis qu'Aku et un autre soldat l'aidaient précipitamment à se relever.

- Tu devrais faire plus attention à où tu mets les pieds, fit Hayate, le regard diabolique. Un peu plus et tu te cassais la jambe...

Il prit un air faussement inquiet.

- Qu'adviendrait-il de toi si tu perdais ta place de soldat... à cause d'un accident aussi bête ?

Le soldat devint soudain blême et Megumi fusilla Hayate du regard tandis qu'Aku et les autres se dépêchaient de passer devant Kyosuke.

« Bon sang, je n'y crois pas... »

« Ce type... est un monstre ! »

« Un sale monstre sans la moindre once de gentillesse ! »

- Eh bien, Megu chan, tu en fais une tête, s'amusa-t-il.

Elle détourna son regard noir de lui et accéléra le pas pour s'éloigner, mais il la rattrapa en deux enjambées.

- Megu chan ?

« Cause toujours, tu m'intéresses ! » l'ignora-t-elle.

Silence.

- Allons, que se passe-t-il ? Je te l'ai déjà dit...dit-il doucement en la débarrassant d'une feuille qui s'était accrochée à sa capuche, je n'aime pas que tu me fasses la tête...

Megumi s'empressa de mettre une distance entre eux et se détourna pour lui cacher la rougeur de ses joues.

- Je ne te fais pas la tête, je n'ai juste rien à te dire, c'est tout ! Pesta-t-elle. Et toi non plus, apparemment, étant donné que tu ne m'as pas adressé la parole depuis des jours !

Elle avait utilisé un ton sarcastique, pourtant, le jeune capitaine se mit à sourire, comme si elle lui avait fait le plus joli des compliments.

- Je t'ai manqué, Megu chan ?

- Mais, pas du tout, du tout, du tout ! S'exclama-t-elle comme s'il l'avait insultée. Mon Dieu, tu m'épuises !

- Ha ha, déjà ? Nous venons pourtant seulement de partir...

- Oui, justement, nous venons de partir et tu t'amuses déjà à persécuter les hommes de Daisuke, marmonna-t-elle en levant les yeux vers le dos du pauvre soldat qu'il avait malmené. Ce n'était vraiment pas nécessaire !

- Ah ?... Et pourtant, ça l'était Megu chan, pouffa-t-il sournoisement.

- Ah oui ? Et pourquoi ça ?

Il lui jeta un regard en coin, et malgré son sourire, Megumi ne put s'empêcher de frissonner d'effroi, sans vraiment savoir pourquoi.

- Pourquoi ? Dit-il d'une voix sombre et amusée à la fois. Pour la simple et bonne raison qu'il surveillait un peu trop TES arrières, au lieu de faire son travail. Si tu vois ce que je veux dire... ?

Megumi fronça les sourcils, puis en se souvenant qu'il était placé juste derrière elle et qu'elle portait un pantalon, elle les cacha instinctivement derrière ses mains en cherchant le soldat des yeux.

- Tu mens... balbutia-t-elle en rougissant comme une tomate.

- Je ne mens jamais, Megu chan, s'amusa-t-il.

- Rien que là, tu viens de mentir !

- C'est vrai, admit-il.

- Bon alors ? S'impatienta-t-elle. C'est vrai ou pas ?

« Il était vraiment en train de me mater tranquillement pendant que je discutais avec Aku ?»

Il lui fit un petit sourire froid, et Megumi lut la réponse dans ses yeux.

Ce soldat l'avait bel et bien reluquée, et cela n'avait visiblement pas du tout plu au capitaine.

La jeune fille sentit aussitôt son cœur s'emballer à cette idée, mais elle chassa vite cet émoi de sa poitrine et de ses pensées.

Elle ne devait pas s'emballer, ni le laisser l'atteindre.

Cet homme était un coureur et un menteur.

Il passait ses nuits à faire le mur pour dérober le cœur des femmes.

Il était bien trop dangereux pour une jeune fille aussi naïve et romantique qu'elle.

Megumi haussa les sourcils, surprise, puis, elle pouffa de rire à son tour.

- Bon ok, admettons... Et après ? Qu'est-ce que ça peut te faire qu'il m'ait regardée ?

Les yeux froids d'Hayate regardaient devant lui, et le silence suivant lui fit presque croire qu'il ne l'avait pas entendue.

Mais lorsqu'un nouveau sourire se dessina sur son visage, et qu'il lui coula un regard étrange, Megumi comprit qu'il l'avait bien écoutée.

- Ce que ça peut me faire ? Pas grand-chose, Megu chan... ricana-t-il froidement.

 

 

 

* * *

 

 

- Tu veux encore de l'eau ?

Megumi leva les yeux vers Kyosuke et accepta en souriant la gourde d'eau qu'il lui proposait.

Ils s'étaient arrêtés à la limite de la grande forêt, le temps de faire une petite pause et de grignoter un peu.

Ils n'allaient à présent plus tarder à repartir.

- Ah, je peux garder ma gourde, tu sais... dit-elle tandis qu'il la rangeait déjà dans son sac.

- Hein ?!

Il avait l'air si indigné que Megumi en perdit momentanément ses moyens.

- Euh... je veux dire... ça me gêne de te laisser porter mon sac. Moi je ne porte rien du tout, alors, je...

- Mais pour qui me prends-tu ? S'exclama-t-il soudain, vexé. Tu as franchement cru que j'allais laisser une fille porter un sac si lourd ?!

C'était si exagéré que Megumi ne put s'empêcher d'en rire.

- Mais enfin... Je ne suis pas une petite fille fragile. Je suis capable de porter un sac de voyage.

- Mais pourquoi faire ? J'ai deux épaules, non ?

- Euh, oui, mais...

- Capitaine ? Fit soudain Aku en les rejoignant. Nous avons fini de vérifier. Il n'y a rien à signaler !

- Ha ha, belle initiative, mon grand, s'amusa Kyosuke en le frappant si fort dans le dos qu'il en tomba à la renverse. Bien, nous repartons, maintenant !

Kyosuke reprit la marche tandis que Megumi aidait Aku à se relever en étouffant un rire.

- Ça va ? S'enquit-elle.

- J'avais oublié qu'il était comme ça, grimaça-t-il en se massant l'épaule.

- Ha ha, je l'aime bien, il est plutôt marrant.

- Marrant ? S'étonna-t-il. Les femmes ont peur de lui d'habitude.

- Vraiment ? S'amusa-t-elle en levant les yeux vers son dos. C'est parce qu'il cogne les gens pour les saluer ?

- Pas seulement, chuchota-t-il en riant, il parle fort, il est gigantesque... Le pauvre bougre a passé sa jeunesse à faire fuir les femmes, et il ne s'est jamais remis en question.

Megumi observa Kyosuke pendant un moment. Avec ses grands yeux innocents et son côté balourd, elle n'avait aucun mal à l'imaginer devant la fille qui l'intéresserait.

Elle le voyait rougissant, gauche et terriblement maladroit.

C'était tout à fait son genre.

Elle pouffa de rire.

- Je ne vois pas pourquoi il se remettrait en question. Je le trouve très bien comme il est, sourit-elle. D'ailleurs Aku... Tu me parles beaucoup des autres, mais jamais de toi.

Le jeune homme lui envoya un regard séducteur qui lui arracha un rire.

- Que veux-tu savoir ?

- Eh bien, je ne sais pas... hésita-t-elle. D'où viens-tu ? Comment t'es-tu retrouvé soldat ?

- C'est assez récent, en réalité, lui révéla-t-il. C'est une longue histoire, mais je vais essayer de te la résumer...

« De toute façon, nous avons encore un peu plus de deux heures à tuer » se dit-elle.

- Jusqu'à très récemment, j'étais soldat à l'avant-poste Ronoa, lui révéla-t-il.

- Ronoa ? S'étonna-t-elle.

- Oui, je t'ai un peu expliqué le système des quatre avant-postes. J'ai servi mon commandant, pendant quelques années mais...

Il grimaça et détourna le regard pendant un moment. Megumi comprit alors que certaines plaies n'étaient pas encore cicatrisées.

-  Que lui est-il arrivé ? demanda-t-elle doucement.

Il déglutit difficilement, et prit un instant avant de lui répondre.

- Akiyama s'est arrangé pour le plonger dans le déshonneur et ainsi, le forcer à abandonner sa place de commandant de lui-même.

- Mais... c'est affreux ! C'est ce que tu voulais me dire quand... tu m'as parlé du fils d'Akiyama... Celui qui s'était arrangé pour prendre la place de commandant ?

- C'est exact.

« Quelle horreur... »

Cet Akiyama devait être un monstre !

- Et... je suppose que tu es rapidement parti afin de ne plus avoir à rester là-bas ?

- On ne peut pas partir comme ça, j'ai donc dû m'arranger pour être « remercié ». J'ai cumulé les bourdes pendant quelques mois, afin d'être enfin libre...

- Mais....Comment t'es-tu retrouvé à servir le commandant Akihoshi du coup ?

Il lui fit un sourire si doux que Megumi sentit aussitôt son cœur se réchauffer.

- J'ai simplement fait le voyage... J'ai frappé à la grande porte, je lui ai tout expliqué et il a accepté de me récupérer... (il pouffa de rire) Je pense que c'est son truc, de ramasser les animaux errants et de s'en occuper.

Il lui fit un clin d'œil complice, et le sourire émue de Megumi s'intensifia.

La fin de l'histoire ne la surprenait guère.

Akihoshi était un homme si doux et bon, que cela pouvait même en devenir dangereux.

« Je ne suis pas certaine qu'il soit capable de différencier les gentils des méchants, au quotidien... »

Heureusement qu'il avait des subordonnés brillants tel que Daisuke et Eisuke pour faire le tri.

« Si je parviens à rentrer chez moi, je sens que je ne vais pas arrêter de cogiter et de m'inquiéter à son sujet... Il est bien trop bon pour un monde aussi dangereux. »

- Bien, je retourne à mon poste, avant de m'attirer encore ses foudres...

- Les foudres de qui ? S'étonna-t-elle.

- À ton avis... ?

Il lui fit un petit sourire complice avant d'accélérer le pas.

Megumi jeta alors un œil vers Kyosuke, puis vers Hayate, en se demandant où il voulait en venir.

Mais ils se contentaient de marcher, chacun de leur côté, sans parler ni faire attention à elle.

De quoi parlait-il ?

Pensait-il qu'elle vivait une histoire d'amour cachée avec Hayate ?

Cette idée la fit rire tant elle était absurde.

- Tout va bien ? s'étonna Kyosuke en se tournant vivement vers elle.

Un peu trop vivement. Elle sursauta.

- Euh... Oui, pourquoi ?

- Je t'ai entendue soupirer... Tu es fatiguée ?

Elle cligna des yeux, un peu interloquée.

- Non, j'ai juste rigolé...

Il fronça les sourcils et soupira en secouant la tête.

- Ne te sens pas obligée de te montrer forte. Tu as le droit d'être fatiguée, tu sais...

- Mais non, je t'assure que je vais très bien.

- Arrête, je le vois bien que tu es épuisée ! Insista-t-il avec mauvaise humeur.  Je savais que ce voyage serait trop éprouvant pour une jeune fille aussi frêle que toi !

- Mais... éprouvant de quoi ? On vient juste de marcher trois heures dans la forêt...

Son regard inquisiteur la scruta pendant un instant, et la jeune fille finit par baisser la tête en grimaçant tant il était grand.

- Ahaaah ! Tu admets enfin la vérité !?

- Non, c'est juste que j'ai failli me faire un torticolis à force de te regarder dans les yeux, marmonna-t-elle en se massant le cou.

- Cesse donc de faire tant d'efforts pour le cacher ! Veux-tu que nous fassions une pause supplémentaire ou que je te porte sur mon épaule ?

- Ni l'un ni l'autre !! S'exclama-t-elle, choquée. Tu t'es pris pour un arbre ou quoi ?!

Soudain, le regard de Kyosuke s'arrêta net sur son cou et il s'empressa de l'attraper par les épaules avant de la débarrasser de sa capuche.

- Kyosuke ?! Qu'est-ce-que... ??

- Mais c'est... Par l'Unique !! Qu'est-ce que c'est que cette marque ?!

Megumi rougit comme une pivoine et s'empressa de remettre sa capuche en évitant les regards curieux d'Aku et des autres soldats.

« Oh non, ce n’est pas vrai... »

- C'est... c'est rien, c'est juste... un insecte qui m'a piquée pendant qu'on traversait les bois.

- Quoi ?! S'affola-t-il. Mais pourquoi ne m'as-tu rien dit ?! Quel genre d'insecte ?! Tu l'as vu ?

- Euh, non, je... balbutia-t-elle.

« Je ne pensais vraiment pas qu'il goberait ça... »

Elle détourna les yeux et croisa soudain le regard d'Hayate qui la fixait du coin de l'œil.

Megumi sentit son cœur s'affoler tandis qu'il riait discrètement, l’air cynique, avant de reporter son regard devant lui.

Elle en avait le souffle coupé, tant à cet instant précis, elle le trouva désespérément beau.

« Mais bon sang, à quoi suis-je en train de penser ?! » s'énerva-t-elle intérieurement.

D'une, ce monde n'était pas le sien, sa vie n'était pas ici ! Et de deux, ce type était tout sauf un homme pour elle, Megumi en était consciente, alors...

« Alors pourquoi ce sale type m'obsède autant ? » se dit-elle en suivant sa démarche nonchalante des yeux.

Il lui suffisait d'un regard ou d'un contact pour embraser son corps d'une flamme encore nouvelle et inconnue.

Une flamme dont elle avait tant honte...

« Non... Je dois m'éloigner de ce type ! Je ne dois pas le laisser m'approcher davantage !»

Au fond d'elle-même, Megumi sentait qu'il pourrait la détruire de façon irréversible.

Mais elle savait aussi qu'elle perdait vite sa détermination lorsqu'il tentait de la séduire, alors il n'y avait pas trente-six solutions.

Elle devait trouver la bille et s'en aller.

Cette bille était son seul salut.

- Megumi, tu m'écoutes ?! S'exclama Kyosuke, la sortant soudain de ses pensées.

Celui-ci la regardait, toujours affolé en tenant deux flacons dans sa grande main.

- Ta marque !? Elle te gratte ou elle te brûle ?! Répéta-t-il d’une voix criarde.

 

 

* * *

 

- Tu as donc cavalé à partir de ce buisson, un peu en hauteur, que tu nous as montré juste avant, puis, tu es passée entre ces arbres et tu as été attrapée par les gars juste ici ? récapitula Kyosuke.

- Oui, à peu près, réfléchit-elle en tentant de se remémorer sa fuite. Mais j'étais si affolée que je ne me souviens pas à quel moment, je l'ai fait tomber…

- Et… Que sommes-nous supposés chercher exactement ? s’enquit l’un des soldats.

Megumi le regarda d’un air un peu étonné.

« Ah oui, c’est vrai que je ne leur ai jamais dit ce que c’était exactement » réalisa-t-elle.

- C’est une petite bille, petite comme ça et transparente, dit-elle en faisant un cercle avec ses doigts.

- Une bille minuscule et transparente ? Fit Aku en riant. Ça devrait être très simple à trouver ça.

Megumi lui jeta un coup d'œil amusé.

- Je suis désolée. Merci beaucoup à tous, en tout cas, leur dit-elle. Merci de prendre de votre temps pour m'aider...

- Tu nous remercieras quand on l'aura retrouvée, répondit Kyosuke avec un sourire confiant. Allez, on se disperse tous et on cherche jusqu'au coucher du soleil, s'il le faut !

Ils répondirent tous en chœur, à part Hayate qui avait déjà tourné les talons avec sa nonchalance habituelle, puis, chacun commença à chercher de son côté.

Megumi posa les genoux au sol et chercha minutieusement en vérifiant derrière chaque brin d'herbe.

Mais au bout de quelques minutes, elle comprit rapidement que la retrouver n'allait pas être une tâche aisée...

- C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, marmonna-t-elle.

- Une aiguille dans quoi ? S'enquit Aku, non loin d'elle.

Megumi jeta un regard vers lui, puis elle secoua la tête en pouffant de rire.

- Non rien, je me disais juste... que ça allait être compliqué à trouver.

- Mais non, ne dis pas ça, s'amusa-t-il. En parlant ainsi, c'est comme si tu baissais déjà les bras.

- Non, je ne baisse pas les bras, mais... J'essaye d'être réaliste. Il s'est passé tant de temps depuis que je l'ai perdue...

Il pouffa de rire et secoua la tête.

- Ne t'inquiète pas, fit soudain une voix dans son dos.

Elle se tourna et vit Kyosuke, qui fouillait le sol des yeux avec un sourire.

- Si cet objet compte pour toi, on le retrouvera, quitte à y passer des jours, lui promit-il.

Megumi haussa les sourcils, un peu surprise, puis elle lui offrit un sourire reconnaissant.

Voir cet homme qui la connaissait à peine, se donner autant de mal pour l'aider, la touchait du fond du cœur...

« Il est si gentil... »

Megumi échangea un regard avec Aku qui lui souriait d'un air encourageant.

Elle y répondit avant de se remettre au travail.

La jeune fille avait tant de chance d'être entourée par des personnes aussi bienveillantes et chaleureuses.

Dans cette vie qu'elle avait perdue, elle s'était toujours débrouillée seule.

Sa mère avait toujours été bien trop occupée pour prendre soin d’elle, alors elle était devenue autonome très jeune.

« Si j'arrive à rentrer... je me retrouverai de nouveau plongée dans cette même solitude. »

Megumi chassa aussitôt cette idée de son esprit.

Non, elle ne devait pas éprouver de regret, ni ressentir d'hésitation.

Elle devait rentrer ! Sa vie n'était pas ici.

« Je dois retrouver cette bille, et surtout arrêter de réfléchir ! »

Elle eut un pincement au cœur en pensant à Hayate, et cela l'a mis hors d'elle.

Comment pouvait-elle se sentir si triste à l'idée de ne plus le revoir ?

« Je devrais être soulagée, au contraire ! »

« Et je vais l'être ! S'imposa-t-elle. Je vais être si heureuse de me débarrasser de lui que j'en pleurerai de soulagement ! »

  • J'espère que ce truc n'a pas roulé jusqu'à la rivière, un peu plus bas... soupira un soldat.

Megumi sortit de ses pensées et leva les yeux vers les deux soldats qui cherchaient un peu plus loin.

« Étant donné que je courais de toutes mes forces... Il n'est pas impossible que la bille ait effectivement roulée bien plus bas. »

Si c'était vraiment le cas, elle pouvait faire une croix sur son retour chez elle.

- Nous irons voir plus loin, après, trancha Kyosuke, si nous ne trouvons rien d'ici demain, nous chercherons plus bas. Pour l'instant, continuez juste de chercher.

- Bien capitaine !

Ils se remirent au travail et Kyosuke se tourna si vivement vers Megumi qu'elle ne put s'empêcher de sursauter une nouvelle fois.

- Au fait ! Ta marque dans le cou te gratte toujours ?! S'exclama-t-il soudain, un peu trop bruyamment.

Megumi en serait tombé à la renverse si elle n'avait pas déjà eu les genoux au sol.

- Euh...N... Non, ça va, marmonna-t-elle, honteuse en baissant la tête.

- Tu es sûre ?! Dis-le-moi si ça te gratte ! Même si ça te chatouille, il faut que tu nous le dises, d'accord ? On ne plaisante pas avec ces choses-là !!

- Oui Kyosuke, j'ai compris, alors pour l'amour du ciel, arrête de parler de ça ! Grinça-t-elle entre ses dents, aussi rouge qu'une pivoine.

Megumi entendit soudain un pouffement de rire au loin, et elle n'eut guère besoin de lever les yeux pour deviner à qui il appartenait.

Elle se mordilla la lèvre, furieuse et fit mine de continuer ses recherches pour éviter les regards intrigués des autres.

Elle avait bien trop honte pour affronter leur jugement.

Que pensaient-ils tous d'elle à présent ?

Ils avaient probablement déjà tous deviné que cette histoire d'insecte était bidon.

« Quelle idée de me faire une marque pareille ! Ce type veut détruire ma réputation ou quoi ? »

Elle leva un regard noir vers Hayate, et sa colère s'intensifia lorsqu'elle remarqua qu'il riait toujours discrètement dans son coin.

Il fouillait le sol des yeux, le regard rieur et moqueur...

« Ce sale type ! »

« Je ne peux plus me le voir, je le déteste ! »

Elle pesta entre ses dents et se mit à chercher avec beaucoup plus de motivation.

Courage !

« Dans quelques jours, si tout se passe comme prévu, je disparaîtrai de ce monde pour de bon et tout redeviendra comme avant ! »

« Je retrouverai mon petit quotidien, ma meilleure amie, mes plantes, ma musique, mon téléphone... »

« Et surtout, je n’aurais plus à ressentir… toutes ces choses bizarres à cause de lui ! »

« Je n’aurais plus… à me sentir comme ça. »

Car oui, elle se refusait de l'admettre, mais depuis un moment déjà, le visage d’Hayate lui apparaissait chaque matin, dès le réveil.

Et sitôt sortie de la chambre, son regard le cherchait instinctivement...

Sans arrêt !

Il était temps de retourner chez elle. De partir loin de cet homme, et de reprendre le contrôle de son âme, de ses émotions... de son corps !

« Je vais retrouver cette bille... »

« Je vais la retrouver... »

Mais malgré elle, ses yeux lâchèrent l'herbe et commencèrent à le chercher...

Lui.

Encore une fois.

Hayate avait nonchalamment posé son coude contre son sabre, et cherchait mollement la bille sans réellement le faire (elle en était persuadée...).

Il avait noué ses cheveux en chignon, comme toujours, mais probablement très rapidement car plusieurs mèches retombaient.

Elles cascadaient le long de sa nuque blanche et lisse...

« Ça lui va bien... » se dit-elle tandis qu'une chaleur se répandait sous sa peau.

Et, comme s'il l'avait senti, Hayate la regarda du coin de l'œil et la jeune fille sentit tout son corps se tendre d'un seul coup.

« Mince, il m'a grillée... »

Un sourire aussi irrésistible qu'agaçant étira ses lèvres, et elle baissa la tête vers la pelouse tandis qu'une curieuse euphorie la submergeait.

Les battements de son cœur s'étaient accélérés...

Elle prit une profonde inspiration pour se calmer, puis elle s'efforça de reprendre ses recherches, mais la concentration n'était plus au rendez-vous...

Elle sentait encore son regard sur elle…

 

 

* * *

 

- Bon... La nuit va bientôt tomber, arrêtons-nous pour aujourd'hui, décida Kyosuke.

Megumi, qui avait commencé à fouiller autour des arbres, soupira en constatant qu'il avait raison.

Il n'allait plus tarder à faire noir.

- Aku et Karl, allez chercher du bois pour le feu, les autres, allez chasser tant qu'on y voit encore clair.

- Bien capitaine, répondirent-ils en chœur avant de se disperser.

Megumi se rapprocha de Kyosuke, un peu intriguée, et c'est en le voyant ramasser des rochers et préparer un espace pour le feu, qu'elle comprit qu'ils s'apprêtaient à dormir à la belle étoile...

Ils allaient dormir ici, au beau milieu de la forêt ?

Elle déglutit pour ravaler son angoisse.

« Je pensais que nous irions... chercher un hôtel ou... quelque chose du genre. »

- Ce... Ce n'est pas trop dangereux de dormir ici ? Balbutia-t-elle.

- Aucun risque, lui assura-t-il, ne t'inquiète pas, tu ne risques rien avec moi.

- Oui, mais... grimaça-t-elle, mal à l'aise. Et si jamais... des dizaines de bandits nous tombaient dessus et que... ?

Il leva soudain vers elle un regard si indigné et vexé, que Megumi n'osa plus terminer sa question.

- Tu me crois incapable de te protéger contre de simples bandits ?!

- Mais... Non, ce n'est pas ce que j'ai... bredouilla-t-elle, mal à l'aise.

- Si, tu l'as dit, l'interrompit-il avec virulence, tu me prends pour quoi ? Un marchand de fleurs ?! Regarde-moi mieux ! Je suis parfaitement capable de te protéger contre une armée entière, s'il le faut !

Il se frappait la poitrine avec tant de force, pour appuyer ses propos, qu'elle l'entendait résonner.

- Euh... Bon, d'accord, je te crois, rit-elle un peu mal à l'aise.

Et elle le pensa sincèrement en le voyant soulever un rocher, qui semblait de son point de vue, bien trop lourd à porter pour un simple « être humain ».

- Est-ce que... je peux t'aider ?

- Ah oui, c'est gentil, répondit-il en posant le rocher contre le premier qu'il avait déjà ramené. Prends la couverture qu'il y a dans mon sac.

Ravie de pouvoir se rendre utile, Megumi s'empressa de lui obéir. Son sac était énorme et plein à craquer d'objets dont elle ignorait les noms et leur utilité.

Mais, heureusement pour elle, il ne lui avait demandé qu'une simple couverture.

Elle la sortit sans déranger le reste et regarda Kyosuke d'un air attentif, attendant sa tâche.

- Pose-la sur le sol, à environ un pas du « coin feu » que je prépare.

Elle s'exécuta, intriguée, avant de le regarder à nouveau.

Il était occupé à ramener un troisième rocher. Des gouttes de sueur perlaient sur son front, ses veines jaillissaient sous la peau de ses avant-bras.

Il lui rappelait ces bodybuilders de son monde, qui se tuaient à soulever des énormes poids pour se dépasser.

- Et maintenant ? S'enquit-elle lorsqu'il reposa le rocher près des autres.

- Et maintenant, tu vas t'asseoir dessus, me regarder travailler et me dire à quel point, je suis beau et fort.

Megumi le regarda repartir avec de grands yeux sidérés.

Elle ouvrit les lèvres, prête à l'insulter mais pour une raison inconnue, elle partit en fou rire.

« Mon Dieu, je ne m'y attendais tellement pas !! » se dit-elle en se tenant les côtes.

Des larmes perlaient sur ses joues, elle se laissa tomber sur la couverture, à bout de souffle, et son fou rire s'accentua lorsqu'elle croisa le regard intrigué et amusé d'Aku.

Celui-ci revenait de la forêt, les bras chargés de bois.

- Qu'est-ce qui se passe ? S'étonna-t-il, visiblement désireux de rire aussi.

- Non... rien, c'est juste... Kyosuke qui m'a fait rire.

- Ah, c'est vrai qu'il est marrant, s'amusa-t-il en posant le bois près du coin feu. Si tu t'ennuies, tu peux venir nous aider si tu veux.

Megumi jeta un œil vers Kyosuke qui ramenait une autre pierre, puis, après hésitation, elle chercha Hayate des yeux qui préparait de quoi allumer le feu, sans lui accorder un regard...

Il était étonnement silencieux et pensif.

« Je me demande à quoi il pense... »

- Euh... oui, je veux bien, dit-elle enfin en se levant.

Elle échangea un regard rieur avec Aku avant de le suivre vers les arbres.

- Eh ? Tu vas où comme ça ? S'enquit soudain Kyosuke.

- Je vais juste aider Aku à chercher du bois.

- Pourquoi ?

Il posa un regard lourd de menace sur Aku, qui luttait déjà pour ne pas rire.

- Tu as besoin de l'aide d'une jeune fille, toi, maintenant ? S'énerva-t-il. C'est un travail d'homme d'aller chercher le bois !

- Pardon capitaine, se reprit-il difficilement en se raclant la gorge.

- Mais Kyosuke, ce n'est pas non plus la mer à boire d'aller chercher du bois, voyons !

- Hein ? S'étonna-t-il. Pourquoi tu boirais la mer ? C'est ridicule !

- Non, mais, ce que je veux dire, reprit-elle blasée, c'est que ce n'est pas non plus la tâche la plus difficile au monde ! Je devrais pouvoir y survivre !

- Mais enfin, regarde-toi, tu es complètement épuisée !

- Hein... Mais pas du tout, Kyosuke, rit-elle sans mentir, je t'assure que je me sens bien, et je veux me rendre utile, alors s'il te plait, laisse-moi faire.

- Mais, tu...

- Ah et d'ailleurs, s'amusa-t-elle en commençant à attirer Aku vers les bois, tu as raison ! C'est fou à quel point, tu es fort et beau !

Il rougit, surpris, et Megumi en profita pour prendre la fuite.

Le rire d'Aku était contagieux, elle se mit rapidement à rire avec lui, en s'appuyant à son épaule pour ne pas s'écrouler.

- Ah, ce que je suis content, soupira-t-il, une fois calmé, Ilias sans le capitaine Kyosuke, c'était vraiment triste ! J'espère qu'il va rester cette fois !

- Je l'espère aussi, rit-elle, je ne le connais pas encore très bien, mais je l'adore déjà !

Soudain, son cœur manqua un battement en réalisant ce qu'elle venait de dire.

« Quelle importance ? Qu'il parte ou qu'il reste ne changera rien pour moi... »

« Puisque ma vie n'est pas ici et que je dois rentrer ! »

Pourtant, comme à chaque fois qu'elle pensait à son départ, son cœur se serra douloureusement.

Megumi n'avait aucun doute, elle devait retrouver sa vie, mais elle n'était pas certaine d'être prête à les quitter.

Akihoshi qui l'avait défendue et protégée malgré les accusations contre elle.

Daisuke qui avait toujours cru en son innocence.

Kenji, cet avorton lourd et pourtant terriblement attachant.

Eisuke, cet homme froid au premier abord, mais dont le cœur était aussi droit et pur que celui de son commandant.

Kyosuke, qu'elle commençait déjà à aimer alors qu'elle venait à peine de le rencontrer.

Aku, ce soldat si léger et drôle qui lui rappelait de plus en plus sa meilleure amie, Mayu.

Et Hayate... Cet homme sexy et agaçant qu'elle aurait adoré détester.

Cet homme qui la troublait, au point de lui faire perdre de vue tout ce qu'elle était. 

- Quelque chose ne va pas ? S'enquit-il en la voyant soudain pensive.

- Ah, euh... bafouilla-t-elle, Non, tout va bien, c'est juste... que je me demandais si j'allais réussir à retrouver ce que j'ai perdu.

- Ah ! Ne t'inquiète pas, nous allons tout faire pour le retrouver.

Il tapota amicalement son épaule avec un sourire encourageant.

- Et je suis certain que tu retrouveras tes souvenirs après ça.

Elle répondit à son sourire, un peu mal à l'aise.

Ils pensaient tous que cette bille était la clef de ses souvenirs perdus, et les regarder se démener autant pour la retrouver lui faisait tant de peine qu'elle était tentée de leur demander d'arrêter.

« Si je m'écoutais, je leur dirais de rentrer, et de continuer leur vie sans moi, mais... en admettant que j'en ai le courage, ils ne me laisseraient jamais seule, livrée à moi-même, de toute façon. »

« Ils se sentent tous responsables de moi, à présent... »

Megumi n'avait jamais ressenti le besoin d'être protégée, mais au fond de son cœur, elle devait l'admettre, cela ne lui déplaisait pas du tout.

Toute cette attention lui réchauffait au contraire le cœur, comme jamais...

- Celui-là ? Ça va ? S'enquit-elle soudain en ramassant une branche encore mousseuse.

- Ah, non, le feu ne prendra jamais, celle-ci est bien trop humide, regarde, dit-il en la touchant. Viens, je vais te montrer comment bien choisir le bois !

 

 

* * *

 

 

Les yeux rivés sur le feu de camp, Megumi dégustait le poisson que les soldats avaient pêchés, la mine boudeuse.

Tous étaient assis autour du feu, sauf Aku, qui avait jugé utile de se lever, afin de raconter la scène de sa chute arrière, au petit groupe, sous prétexte que Kyosuke avait raté ça.

Il saisit son épée et imita sa chute en la levant au-dessus de sa tête tandis qu'ils éclataient tous de rire.

- Ha ha... marmonna-t-elle, las, M-D-R...

Le dernier mot lui avait échappé mais ils étaient de toute façon trop occupés à rire pour l'écouter.

Elle n'était pas fâchée, seulement fatiguée d'entendre encore et toujours la même histoire.

Elle mordit dans son poisson et son regard chercha instinctivement, comme toujours, le visage d'Hayate.

Assis de l'autre côté du feu, il ne riait pas, sa tête était nonchalamment inclinée sur le côté, les yeux rivés sur elle…

Elle tressaillit et se perdit dans son regard en retenant instinctivement sa respiration.

Il était dangereusement calme...

Il n'avait pas dit un mot depuis le début de la soirée.

C'était intriguant.

À quoi pensait-il ?

Sa gorge se serra, elle tenta de déglutir mais cela ne changea rien.

Elle avait toujours cette étrange impression d'étouffer...

Elle baissa les yeux vers son poisson en rougissant, avant de les lever vers lui une seconde fois.

Il était presque enveloppé par l'obscurité, les flammes dansaient devant lui, rendant son visage bien plus démoniaque que d'habitude.

Il était terrifiant.

Il porta sa gourde à sa bouche, sans la quitter des yeux, et Megumi sentit son trouble s’intensifier. Il était si beau que cela en devenait douloureux...

-... nécessaire après tout, hein, Megumi ? Fit Kyosuke en lui donnant un petit coup de coude.

- Euh, hein ? Quoi ? Sursauta-t-elle en revenant brusquement sur terre.

Elle cligna des yeux et les regarda d'un air interrogateur.

- Tu n'écoutais pas ? S'amusa Aku. Je disais au capitaine que si tu comptais partir seule à l'aventure, il valait mieux que tu connaisses quelques bases sur le maniement du sabre. Nous vivons dans un monde dangereux, après tout...

- Mais ce n'est pas nécessaire, insista Kyosuke. Une jeune fille est censée broder, jouer d'un instrument ou lire des poèmes, elle n'a pas à manier les armes !

- Oh mon Dieu... soupira Megumi.

Elle plongea son visage dans ses mains en pouffant de rire, terriblement fatiguée...

Il n'aurait pas eu beaucoup d'amis dans son monde avec une mentalité pareille.

- Et pourquoi pas ? S'enquit-elle soudain en levant un regard déterminé vers Kyosuke.

- Hein ? Mais enfin, parce que tu as déjà beaucoup trop à faire avec tes trucs de filles ! C'est un truc d'homme, l'art du combat !

- Eh bien, j'ai envie que ce soit mon truc ! S'amusa-t-elle en se levant. Prête-moi ton arme !

- Hein ? La mienne ? S'étonna-t-il.

- Oui, la tienne, dit-elle en tendant la main.

- Mais... Tu n'arriveras jamais à la porter ! Elle est beaucoup trop lourde pour toi !

- Tu veux parier ? Le défia-t-elle.

Il hésita pendant un instant, avant de finalement la saisir avec son fourreau.

- Fais attention... Je te préviens, c'est vraiment très lourd !

- Non, mais tu vas arrêter de me prendre pour une faible ? Je vais te prouver que nous aussi, les filles, on peut se...

Soudain, lorsqu'il lâcha prise, le corps de Megumi bascula vers l'avant, et elle s'écroula lamentablement par terre.

Sous le choc, Megumi écarquilla les yeux, rouge de honte et un silence surpris s'écoula.

Un silence de courte durée car l'instant suivant, Aku et les autres soldats se roulaient déjà par terre, à deux doigts de mourir de rire, tandis que Kyosuke s'empressait de se lever pour l'aider.

- Idiote ! Je t'avais prévenue ! Tu n'as pas voulu m'écouter ! Dit-il en la débarrassant de l'arme qui la retenait au sol.

- Oui, mais... Je ne pensais pas que ça serait si lourd, marmonna-t-elle, toujours rouge d'embarras.

- La mienne est bien plus lourde qu'une arme normale, lui apprit-il avant de tendre le bras vers Aku. File-moi la tienne, toi, au lieu de te marrer !

Toujours roulé par terre, le soldat se tordit de rire en lui donnant son arme, tant bien que mal, tandis que Megumi le fusillait du regard.

« Je viens de lui faire cadeau d'une nouvelle occasion de se moquer de moi jusqu'au mois prochain, au moins, ... » songea-t-elle, furieuse.

« Mais bon... Vu de l'extérieur, c'est vrai que ça a dû être marrant » reconnut-elle à contrecœur.

Son regard trouva encore Hayate, qui regardait ailleurs, les lèvres pincées.

Il se retenait de rire...

Sa mortification s'intensifia.

« J'en ai marre. Je ne fais que des bourdes depuis que je suis tombée dans ce monde... »

- Tiens, essaye avec celle-ci, dit Kyosuke en sortant l'épée de son fourreau.

Le regard de Megumi s'attarda sur les motifs et les détails du manche.

Elle n'avait jamais fait attention, mais des petits éclats dorés faisaient scintiller les ornements.

Avec hésitation, elle saisit l'arme, et bien qu'elle lui paraissait beaucoup plus légère que celle de Kyosuke, elle restait cependant très lourde.

Elle força sur ses bras pour laver son honneur et Kyosuke plaça ses coudes correctement, ainsi que ses jambes.

- Un peu plus vers l'avant, ton genou... Voilà, c'est bon comme ça. Essaye de fendre l'air, maintenant.

Megumi ne se fit pas prier et effectua quelques mouvements en souriant de toutes ses dents. C'était amusant.

Ainsi, elle avait l'impression d'être un vrai samouraï.

Mais n'étant pas habituée à porter des armes, elle se sentit vite fatiguée. Beaucoup trop vite...

Heureusement pour elle, Kyosuke mit fin à son calvaire en décelant son épuisement.

- C'est vrai qu'on se sent invincible, en tenant ce genre d'arme entre les mains, s'amusa-t-elle, j'aime bien cette sensation. Tu m'apprendras ?

Elle avait posé cette question un peu sans réfléchir.

C'était inutile, elle allait bientôt partir.

Son cœur se serra à cette idée.

Kyosuke la regarda, surprit, en rendant l'arme à Aku, qui commençait tout juste à sortir de son fou rire.

- Hum... Si tu veux, oui. Quand on rentrera, répondit-il, simplement.

Cette idée ne lui plaisait visiblement pas beaucoup, mais, il ne pouvait décemment pas refuser alors qu'elle le regardait avec de grands yeux pétillants et pleins d'espoirs.

Elle pouffa de rire, attendrie, puis, elle saisit son sac et se détourna, avant de se diriger vers la forêt.

- Bon, ne m'attendez pas, je reviens... annonça-t-elle.

- Hein ? Tu vas où ? s'enquit Kyosuke en commençant à se lever.

Elle rougit aussitôt, mal à l'aise.

- Non, non, ne me suis pas, j'ai juste besoin... de m'isoler, un peu toute seule.

- Oublie ! C'est beaucoup trop dangereux, je t'accompagne ! Décida-t-il en s'avançant vers elle, d'un pas énergique.

« Mon Dieu, mais quel lourdaud ! »

Rouge de honte, elle l'attrapa par le bras pour le retenir.

Dieu, ce qu'il était grand !

- Non ! Tu ne comprends pas, il faut vraiment que j'y aille toute seule ! protesta-t-elle.

Les autres étaient de nouveau en train de rire derrière, ce qui n'arrangeait pas sa gêne.

- Pourquoi toute seule ?! Donne-moi une bonne raison de te laisser t'aventurer sans protection, dans les bois !

- Je dois aller faire pipi ! Explosa-t-elle soudain. Voilà, tu es content ?!

Kyosuke sursauta et écarquilla les yeux en rougissant de la tête aux pieds.

- Et d'autres trucs de filles que tu n'as pas besoin de savoir ! C'est bon ?! Tu as capté maintenant ?! S'énerva-t-elle.

- Euh... Oui, oui, pardon, je suis con ! Paniqua-t-il en se détournant pour retourner s'asseoir. Je suis désolé...

- Et ensuite, je vais aller à la rivière, histoire de faire ma toilette avant de dormir ! Tu veux plus de détails ?! Demanda-t-elle sarcastique.

- N...Non, c'est bon...Pr... Prends tout ton temps... bégaya-t-il, honteux, le dos tourné.

Megumi vit ses oreilles devenir de plus en plus rouges.

Il était si mal à l'aise qu'il lui faisait presque de la peine...

« Je n'aurais peut-être pas dû crier comme ça...regretta-t-elle, mais je suis si gênée... »

Elle soupira, épuisée, et se détourna pour aller dans les bois... lorsqu'elle croisa de nouveau le regard d'Hayate.

Ils s'étaient à peine parlé depuis le début de la soirée, pourtant, ils n'avaient pas arrêté de se chercher des yeux.

Son regard vert était si intense et bouillant qu'elle sentait sa chaleur lui traverser le corps et lui brûler le cœur.

Elle déglutit difficilement, la gorge sèche, puis, elle entra dans les bois en espérant qu'il n'allait pas tenter de la suivre...

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