Akai ito
livre 1

couverture - Copie_edited.jpg

Chapitre 5

-Mais...Non,je...
- Quoi ? S'énerva Kenji en se tournant abruptement vers elle, tu vas nous dire que c'est faux, je suppose ? Prends-nous pour des imbéciles ! Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie ! Tu ne... 

- Allons, allons, Kenji, l'interrompit Akihoshi en souriant avec indulgence. Je pense que tu vas un peu vite en besogne. Cette jeune fille s'est probablement égarée dans la forêt, et s’est retrouvée là par erreur, voilà tout. Avez-vous vérifié le registre ? 

 Eisuke secoua doucement la tête.

 - Je vais m'en charger, dit le vice-commandant de sa voix neutre, les bras croisés. Mais sans vouloir m'avancer... Je ne pense pas y avoir déjà vu le nom « Minami » ... 

 Megumi se retint de grimacer. La jeune femme ignorait encore pourquoi elle s'était présentée comme Minami, au lieu de Takahashi. 

 « Étant donné que je suis loin... Même très très loin de chez moi, mon nom n'a pas vraiment d'importance... »

 - Normal qu'il n'y soit pas, vu qu'elle l'a inventé ! C'est une espionne, je vous dis ! Râla Kenji en se touchant le bout du nez. Faites confiance à mon flair ! 

 - Kenji, s'amusa Akihoshi en tapotant l'épaule du jeune homme, j'éprouve le plus grand respect pour ton flair, mais donne-lui une chance de s'expliquer. Ce n'est qu'une jeune fille, après tout. Je suis certain qu'elle ne ferait pas de mal à un jyrath. 

 « Hein ? Un quoi ? »

 - Ne vous y fiez pas ! Siffla-t-il entre ses dents. Ces rebelles nous ont volontairement envoyé celle dont on se méfierait le moins ! Mais moi, je ne me ferai pas avoir ! Je ne suis pas si crédule ! 

Megumi déglutit difficilement tandis que son regard passait de Kenji à Akihoshi. Si le commandant semblait ne pas la voir comme un danger, le jeune Kenji, lui, était visiblement déterminé à la considérer comme une ennemie.

- Je ne la condamnerai pas à mort pour des suppositions, Kenji, dit-il patiemment avant de se tourner vers Megumi. 

 Son sourire était si doux, et bienveillant... 

 - Pardonne-nous pour cet accueil quelque peu rustre, mais il faut nous comprendre... Cette rumeur, concernant le prince héritier a mis le feu aux poudres dans tout le royaume, et... Bref, beaucoup de gens en qui nous avions confiance nous ont trahis alors, il nous est devenu difficile de faire confiance à nouveau.

 - Je... Je comprends, répondit-elle, un peu perdue.

 « Royaume... »

 « Prince héritier... » 

 - Tu as dû le deviner, reprit-il en souriant. Mais je suis le commandant de l'avant-poste Ilias, Akihoshi Hayato. Et voici Eisuke Michiaki, le vice-commandant. 

 Celui-ci garda un visage fermé et ne lui accorda pas un regard. 

 - Et même si tu dois déjà les connaître, voici les capitaines de cet avant-poste, Hayate Masatoshi, Daisuke Natsuhito et Kenji Yamahiko.

 Megumi inclina la tête sans oser les regarder. 

 - Donc... Reprit-il, j'ai cru comprendre que mes hommes t'avaient... euh, rencontrés sur notre territoire ? Durant la bataille...

 Elle leva un rapide regard vers Akihoshi avant de le baisser de nouveau. 

 - C'est exact... Je m'étais égarée et... Alertée par le bruit, je me suis approchée et ils m'ont aperçue au loin. 

 - Je vois... Et de quel village viens-tu ? 

 Megumi se sentit aussitôt nerveuse. Si elle avait au moins voyagé dans le passé, elle aurait pu inventer une histoire, mais ne sachant pas où elle était exactement, elle ignorait si elle devait prendre ce risque.

 « Si je dis quelque chose d'incohérent, ils sauront que je l'ai inventé... Et je me ferais exécuter ! »

Elle déglutit difficilement en imaginant un tel scénario se produire. 

 - Je... Je crains... de ne pas pouvoir vous répondre... 

 - Ah ? Et pour quelle raison ? 

 - Parce que je... 

 Elle s'interrompit en croisant le regard impassible de Daisuke. La jeune femme marqua un temps d'arrêt tandis que ses mots raisonnaient dans son esprit.

  Si tu mens, ... je le saurai. 

 Elle déglutit et baissa les yeux vers ses mains nerveusement emmêlées. 

 - Parce que je ne suis pas sûre... Je crois que je ne me souviens plus. 

 - Tu m'en diras tant, s'esclaffa Kenji. 

 Hayate pouffa également de rire derrière elle. 

 - Tu ne te souviens pas ? S'étonna Akihoshi. Que veux-tu dire ? 

 À part Akihoshi, qui semblait sincèrement chercher à la comprendre, les autres la considéraient à présent avec méfiance. La jeune femme comprit alors que malgré ses craintes, elle allait devoir prendre le risque d'inventer une histoire.

 « C'est bien ma veine... » Pesta-t-elle en cherchant à toute allure un scénario crédible.

 - J'ai reçu un violent choc à la tête, je crois... Et depuis, je me sens un peu... Perdue. Je ne me souviens de rien. Je ne sais même pas si j'ai une famille, ou des amis, quelque part... 

 Honteuse de mentir ainsi, elle baissa davantage la tête en se mordillant la lèvre. 

 - Pauvre enfant, soupira Akihoshi, sincèrement compatissant. Et où étais-tu lorsque tu as repris connaissance ? 

 Megumi leva un regard surpris vers le commandant, et le rouge lui monta aux joues en réalisant qu'il était le seul à la croire.

Kenji avait gardé son air renfrogné, mais Daisuke et Eisuke la fixaient à présent avec davantage de méfiance. 

 « Calme-toi... A priori, c'est Akihoshi qui décide ici. Si tu réussis à le convaincre, c'est gagné ! »

 - Je... Je ne sais pas trop, je crois que j'étais dans une... forêt, dit-elle avec hésitation.

 - Une forêt ? Réfléchit-il, la main contre le menton. À quand remonte cette mésaventure ?

 - C'était... Il y a quelques jours, hésita-t-elle. 

 - Ma pauvre enfant, tu as donc vécu en forêt pendant tout ce temps ? 

 - Oui... confirma-t-elle. 

 - Un instant, intervint Eisuke en l’écrasant du regard. Tu as l'air bien propre... pour quelqu'un qui aurait passé plusieurs jours, perdu dans une forêt... 

 Elle se raidit et perdit momentanément ses moyens : 

 - Euh, je... Je me nettoyais... dans les points d'eau, lorsque j'en trouvais... 

 Un silence lourd s'écoula et Megumi sentit son cœur manquer un battement en croisant le regard de Daisuke. Il n'était pas aussi sombre que celui d'Eisuke, mais s'il était méfiant, il semblait surtout intrigué. Elle remua sur sa chaise, profondément mal à l'aise. 

 - Quelle histoire, soupira Akihoshi en s'adossant contre sa chaise. Dis-moi, Eisuke. Les Aokitsu ont provoqué des incendies dernièrement... 

 - Près de l'avant-poste Niro, en effet. 

 Akihoshi prit un instant pour réfléchir. 

 - Crois-tu qu'elle ait pu être une victime de ces attaques ? Les villages alentours ont également été touchés... 

 Eisuke cligna des yeux, toujours aussi impassible. Il n'y croyait visiblement pas du tout, mais, au grand soulagement de Megumi, il garda son opinion pour lui. 

 - J’effectuerai quelques recherches dès ce soir, répondit-il enfin. Si elle vient de là-bas, nous le saurons. 

 - Tu reviens d'une bataille, Eisuke. Tu dois être épuisé, soupira Akihoshi. Repose-toi ce soir, et commence les recherches dès demain matin.

- Bien commandant. 

 Megumi se raidit et sentit son ventre se serrer d'angoisse. Le vice-commandant pouvait toujours chercher, il ne trouverait jamais de « Megumi Minami » dans ses registres. 

 « Mais bon, au moins, je ne mourrais pas ce soir... » 

 Akihoshi se tourna vers Megumi avec un sourire. 

 - Nous reprendrons cette discussion plus tard, lorsque nous en saurons un peu plus. Mais d'ici là, je te prie de prendre du repos. Errer ainsi dans la forêt pendant des jours a dû être une expérience autant épuisante qu'effrayante pour toi... 

 Il la couvait avec tant de gentillesse et d'inquiétude que Megumi fut tentée l'espace d'un instant de tout lui dire, mais en se souvenant de l'absurdité de son histoire, elle préféra finalement s'abstenir et s'inclina devant lui. 

 - Je vous remercie infiniment de m'accueillir...

 - Je t'en prie. Ah, par contre, je suis désolé, reprit-il, mais par précaution, ta chambre sera sans arrêt surveillée... Seulement le temps de t'identifier. 

 Megumi le regarda en clignant bêtement des yeux. Elle qui avait déjà commencé à planifier sa fuite... 

 - B... Bien sûr, c'est tout à fait normal... Bredouilla-t-elle. Surtout si... Vous avez des problèmes avec des... rebelles... Enfin, bref, je comprends.

 - Bien, sourit-il gentiment. Je vous libère tous. La journée a été longue. 

 Le commandant se leva, alors les autres firent de même. 

 - Vous êtes bien trop épuisés, nous en reparlerons demain, décida-t-il en se dirigeant vers la porte. Alors d'ici là, reposez-vous bien et... Oh, installez notre jeune invitée dans la chambre libre, face au jardin, elle sera bien plus à l'aise. 

 - Commandant Akihoshi, râla Kenji. Vous êtes bien trop sympa, et surtout pas assez méfiant!

 « Pour le coup, je suis d'accord avec lui... »

- Allons Kenji, calme-toi, dit-il avec patience. Tu as eu une rude journée, alors je comprends que tu aies du mal à te... relâcher. Mais ne t'inquiète pas, après un bon repas et du repos, tout rentrera en ordre... 

 Le jeune homme rougit et pesta en détournant les yeux, visiblement embarrassé. 

 - Vous vous trompez... Je vais très bien ! lui assura-t-il. Contrairement aux autres, je ne me sens pas mal à l'idée de tuer les Aokitsu ! 

 Daisuke se raidit, le visage fermé. 

 - Ils ont choisi eux-mêmes de devenir nos ennemis ! C'est leur propre bêtise qui les a tués ! 

Akihoshi pinça les lèvres en hochant la tête, comme s'il ne le croyait qu'à moitié.

 - Je suis d'accord avec toi, Kenji... Il n'empêche que lutter contre des fermiers sous-entraînés n'a pas dû être une tâche particulièrement jouissive pour tout le monde... 

 Kenji se raidit à son tour, les yeux toujours fuyants et Megumi comprit que le jeune homme avait surtout cherché à se convaincre lui-même. Le commandant posa une main réconfortante sur son épaule et quitta la pièce en leur souhaitant une bonne nuit. Megumi le suivit des yeux en se retenant tant bien que mal de ne pas le suivre. Il était visiblement le seul à ne pas vouloir lui faire la peau, et la jeune femme tremblait à l'idée de se retrouver seule avec les autres. 

 - Bon, soupira Daisuke. Je me charge de l'installer. Kenji, va chercher le soldat Ryu, il prendra le premier tour de garde. 

- Ouais, marmonna le jeune homme en l’épiant du coin de l'œil. 

 Megumi évita de le regarder. 

 - Suis-moi, fit Daisuke en passant devant elle.

La jeune femme sentit son stress revenir en flèche, mais elle prit sur elle pour ne pas le montrer, et le suivit timidement.

Si tu mens... Je le saurai. 

 Ce regard méfiant et interrogateur avec lequel il l'avait fixée pendant son mensonge était imprimé dans son esprit. Elle angoissait terriblement à l'idée de se retrouver seule avec lui.

En arrivant à la porte, Megumi croisa le regard malicieux d'Hayate. Celui-ci était toujours adossé au mur, les bras croisés...

Le cœur brûlant, elle s'empressa de détourner la tête et passa devant lui en se retenant de respirer. Daisuke s'avança dans le couloir, alors Megumi le suivit en se mordillant la lèvre. La tension était presque palpable. Il allait lui parler de son mensonge... Elle en était certaine. 

 « Mon Dieu, qu'est-ce que je vais dire ? » 

 La vérité était bien trop difficile à croire. Elle ne pouvait tout simplement rien dire ! 

 - Bon... Tu vois ? Ça ne s'est pas passé si mal que ça, dit Daisuke en lui souriant doucement. 

Megumi leva un visage surpris vers lui. Le capitaine semblait plus détendu, alors la jeune femme se demanda si elle n'avait pas mal interprété son regard durant la rencontre. 

 - Euh... Oui... Je suis soulagée... murmura-t-elle, le regard fuyant. 

 Il s'arrêta au milieu du couloir et ouvrit une porte coulissante avant de lui faire signe d'entrer. 

 - Tu dormiras ici, le temps que nous en sachions un peu plus. Cela te convient ? 

 Megumi entra et découvrit une pièce blanche, toute simple avec un tas de couvertures soigneusement plié au centre, ainsi qu'une petite commode en bois. Cette chambre ressemblait à s'y méprendre aux pièces traditionnelles de son époque, à l'exception qu'elle ne voyait aucun tatami.

 - Je te laisse t'installer. Je resterai dans le couloir en attendant que l'on vienne te surveiller.

- Un instant ! L'appela-t-elle en se tournant vivement vers lui.

Il la regarda d'un air intrigué et la jeune femme retint son souffle, le cœur affolé, tandis que son esprit cherchait ses mots.

- Je suis désolée, mais... J'ai une question un peu bizarre à vous poser...

Une lueur de méfiance passa dans son regard, mais il l'effaça rapidement avec un sourire bienveillant.

- Je t'écoute.

Megumi hésita. Elle faillit simplement le remercier et lui souhaiter une bonne nuit, mais elle avait besoin de savoir.

Désespérément besoin !

- Ne vous étonnez pas de ma question, s'il vous plaît, mais... Pouvez-vous me dire... Dans quel pays nous sommes ?

Effectivement, elle comprit en le regardant qu'il ne s'attendait pas du tout à cela.

- Nous sommes sur les terres du Nord, mais... Je suppose que tu le sais, non ? 

Elle retint un soupir d'impatience.

- Mais quel est le nom de cette « terre du Nord » ? Ne sommes-nous pas... au « Japon » ou quelque chose comme ça ?

Daisuke fronça les sourcils sans comprendre et secoua la tête.

- Non... Nous sommes à Aldagarya.


 

 

 

* * *

 


 

Une forte odeur de vieux bois et d'humidité vint chatouiller les narines de Megumi, lui rappelant dès le réveil ses mésaventures. Elle ouvrit péniblement les yeux et découvrit la chambre à la lumière du jour pour la première fois. Contrairement à ce qu'elle avait pensé la veille, les murs n'étaient pas d'un blanc limpide mais plutôt d’une teinte perdue entre le rose et le beige. La jeune femme remua légèrement et un grognement lui échappa lorsqu'une douleur lui traversa le dos.

 - Ah, misère... soupira-t-elle, dépitée.

 Ce futon lui paraissait incroyablement inconfortable comparé à son bon lit douillet...

Ce lit qu'elle avait laissé avec tout le reste. Chaque matin, elle avait pour habitude de saisir son téléphone, à peine réveillée, afin de découvrir ses notifications et messages. 

 « Comment vais-je survivre sans lui... ? » 

 Ses pensées se dirigèrent ensuite vers sa mère, qui allait bientôt être prévenue de sa disparition, puis vers sa meilleure amie, Mayu, qui avait dû se demander la veille pourquoi elle ne s'était pas rendue en cours.

Elle eut même une pensée pour Motoharu, bien qu'elle ne voulait plus jamais le revoir, après sa trahison... 

 « Vais-je rester coincée ici... pour toujours ? »

 À présent qu'elle était seule et reposée, elle pouvait prendre le temps de penser à la gravité de sa situation, et c'était loin d'être réconfortant. Une boule commença à lui monter à la gorge, mais elle secoua vivement la tête pour chasser son envie de pleurer.

 « Non, reprends-toi ! » Se força-t-elle en se frottant énergiquement le visage. 

 Si elle se laissait aller à pleurer, elle savait d'avance qu'elle n'aurait pas la force d'affronter cette journée.

Elle devait se montrer forte et courageuse. 

 « Forte et courageuse. Forte et courageuse » Se répéta-t-elle comme une prière.

Megumi se redressa en grimaçant de nouveau, la main sur sa hanche douloureuse, puis elle promena son regard hagard dans sa chambre. Il n'y avait pas de fenêtre à barreaux, contrairement à la petite pièce de la veille, mais une porte coulissante. Curieuse, elle se traîna hors du lit et l'entrouvrit avec précaution. Elle n'était pas fermée, mais un soldat qu'elle ne connaissait pas, était campé là, le dos bien droit. Il baissa les yeux vers elle, alors elle s'empressa de la refermer par réflexe. 

 « Je suis donc bien surveillée... comprit-elle. Fuir cet endroit ne sera pas une tâche aisée, mais je dois le faire... Il faut que je rentre chez moi ! » 

  Nous sommes à Aldagarya, raisonna la voix de Daisuke dans son esprit. 

 Elle fixa le vide pendant un instant et songea que fuir cette demeure ne suffirait pas à la ramener chez elle. Il lui était arrivé quelque chose d'extraordinaire. D'incroyable. Il lui fallait donc trouver un moyen « extraordinaire » pour rentrer. 

  Toc toc toc 

 Megumi sortit de ses pensées et se tourna vers la porte coulissante. 

 - Oui ?

- Bonjour, c'est Daisuke. 

 « Mince, j'ai à peine pris le temps de réfléchir à mon problème » regretta-t-elle en allant néanmoins lui ouvrir.

 Lorsque la jeune femme vit un plateau avec un bol de riz et des morceaux de fruits inconnus, elle réalisa brusquement qu'elle n'avait rien avalé depuis plus de vingt-quatre heures et son estomac se mit à gargouiller. Elle rougit et Daisuke posa le plateau sur le sol avec un petit sourire.

- Nous allons de nouveau nous réunir d'ici quelques minutes afin de discuter de ta situation. Je te laisse prendre ton repas et l'un d'entre nous viendra te chercher ensuite. 

 « Hein ? Si vite ? S'inquiéta-t-elle. Ont-ils déjà eu le temps de... regarder leur registre ? » 

 Elle hocha la tête en cherchant sur son visage une quelconque raison de s'inquiéter, mais il était impassible. 

 - À plus tard, dit-il en tournant les talons. 

 Megumi le suivit nerveusement du regard et referma la porte en évitant les yeux inquisiteurs du garde. 

 - Mince, mince... marmonna-t-elle en s'asseyant près du plateau, là, ça craint un max... 

 Elle prit un morceau de fruit et le mit machinalement dans sa bouche avant de baisser vivement les yeux vers le plateau.

 « Mais... Mais c'est super bon ce truc ! » s'étonna-t-elle avant de s'empresser de se resservir. 

Après quelques minutes passées à dévorer son plateau repas, quelqu'un frappa de nouveau à la porte. 

 « Déjà ? » s'affola-t-elle intérieurement. 

 Megumi se releva et ouvrit la porte, persuadée d'y trouver de nouveau Daisuke. Alors lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec Hayate, un cri lui échappa et elle trébucha contre le plateau en voulant reculer par réflexe. Le capitaine la regarda tomber sur le sol en levant les sourcils, les mains nonchalamment nichées dans ses larges manches.

 - Aïe... marmonna-t-elle en se redressant avec une grimace. 

Il ne fit aucun geste pour l'aider. Il se contenta de la regarder avec étonnement avant de pouffer de rire.

- Eh bien... Je te fais de l'effet à ce point ? Fit-il avec arrogance. 

 Megumi s'empressa de se relever et de placer correctement ses cheveux, le regard fuyant et les joues en feu. 

 - Ça... ça n'a rien à voir, je... Je m'attendais à voir Daisuke, c'est tout... 

 Son insupportable sourire s'accentua tandis qu'il la regardait fixement, comme s'il pouvait lire en elle. 

 - Ne sois pas si gênée, je suis habitué à voir les femmes s'évanouir sur mon passage. Donc, je comprends. 

 Megumi le regarda avec tant de lassitude que l'amusement du capitaine se décupla. Il semblait lutter intérieurement pour ne pas rire. Elle se détourna afin de cacher son trouble, et surtout de ne pas lui donner davantage de raison de se moquer d'elle. Ce type était bien trop conscient de l'effet qu'il faisait aux femmes, et c'était désespérément agaçant. 

 - Les autres sont déjà là-bas, alors je suis venu te chercher, mais... dit-il d'une voix rauque en s'appuyant contre la porte. Je suppose que si nous traînons un peu, personne ne va s’en rendre compte... 

 Il la dévisagea de son regard indiscernable, un sourire énigmatique sur les lèvres qui n’augurait rien de bon…

Son cœur se serra, à la fois troublé et effrayé, alors Megumi évita instinctivement de le regarder. 

 - Non, merci, marmonna-t-elle. Je préfère encore me faire exécuter, tout de suite... 

 Il pouffa de rire en croisant les bras, toujours appuyé contre la porte. Megumi réalisa seulement à cet instant que le soldat qui montait la garde était parti. Sa pression se décupla. Ils étaient de nouveau seuls... 

 - Tu ne crois pas si bien dire... Je ne voudrais pas t'inquiéter, mais... ça s'annonce assez mal pour toi.

Megumi tressaillit et leva des yeux écarquillés vers le capitaine. 

 - Que voulez-vous dire ? S'étouffa-t-elle. 

 Il se détacha du mur et entra dans la pièce en enjambant le plateau, le regard malicieux.

 - Tu auras tout le temps de t'en inquiéter plus tard... dit-il à voix basse. Alors en attendant... 

Megumi recula, les épaules crispées et un petit cri lui échappa lorsqu'elle buta contre le mur. Une lueur cruelle passa dans son regard et Megumi se figea lorsqu'il plaqua sa main contre le mur, tout près de son visage. 

 - En attendant... Reprit-il dans un souffle, le nez frôlant presque le sien. Que dirais-tu de passer un peu de bon temps ? 

 Megumi peinait à respirer. Plus elle le regardait, plus sa propre température grimpait en flèche. 

« Mon Dieu, mais... Que m'arrive-t-il ? » 

 Ses mains étaient moites et tremblantes. Ses yeux le cherchaient autant qu'ils le fuyaient. Son cœur battait si fort qu'il semblait vouloir sortir de sa cage thoracique... Et même si elle avait du mal à l'admettre, ce n'était pas la peur qui affolait son corps ainsi. Du moins, pas totalement... Elle déglutit difficilement et trouva le courage de l'affronter du regard, malgré son intense envie de prendre ses jambes à son cou. 

 - Avec plaisir... Répondit-elle. Cependant, si cela doit être ma dernière fois, j'aimerais autant choisir moi-même mon partenaire... 

 Megumi lui sourit froidement, afin de lui faire comprendre qu'il était loin d'être son premier choix. 

 « Et toc ! Ça te fera les pieds, espèce de prétentieux ! » 

 Mais contre toute attente, il ne se vexa pas, bien au contraire. Un sourire incontrôlable étirait ses lèvres. Il se les mordilla avec amusement, le regard rieur, en la dévisageant avec davantage d'intérêt.

- Bien envoyé, fillette... Souffla-t-il. 

 Sa voix était si suave et brûlante que Megumi eut la sensation d'entendre ses mots pénétrer sa poitrine et lui brûler le cœur. C'était une sensation aussi délicieuse que douloureuse, et pour une raison qui lui échappait, tout son corps en redemandait... 

 « Bon sang, mais reprends-toi ! » 

 Elle le dévisagea en restant sur ses gardes, comme un lapin pris au piège, tandis qu'Hayate plongeait son regard dans le sien. Ses beaux yeux verts fouillaient son visage, le regard indéchiffrable... 

 Une tension étrange s'installa, lui faisant perdre toute notion du temps, et la jeune femme n'osa plus bouger. La moindre parcelle de son corps s'éveillait sous l'effet de sa proximité, et lorsqu'il baissa les yeux vers ses lèvres, Megumi cessa de respirer sans même s'en rendre compte. 

 - Capitaine Hayate, fit soudain une voix monotone et lasse.

Elle sursauta et tourna les yeux vers la porte qui était restée ouverte. Eisuke était sur le seuil et toisait son camarade avec une noirceur glaciale. 

 - Peux-tu m'expliquer ce que tu es en train de faire ? S'enquit-il d'une voix aussi froide que son regard.

Hayate pouffa de rire, et le regarda sans se détacher du mur. 

 - Je te retourne la question. Ce n'était pas très délicat de nous interrompre dans un moment pareil, plaisanta-t-il. 

 Megumi le fusilla du regard, puis, reprenant brusquement ses esprits, elle s'écarta en passant sous son bras. 

 - Nous t'avions demandé d'escorter la prisonnière jusqu'à la salle principale, dit-il sombrement. Pas d'en faire ta prochaine victime.

- Ah mais je comptais le faire, Eisuke kun, s'amusa-t-il, mais pourquoi se hâter ? La maison n'est pas en train de brûler...

Eisuke ferma brièvement les yeux avec impatience avant de chercher Megumi du regard. La jeune femme sentit aussitôt son ventre se serrer tandis qu'il la jaugeait avec réserve.

- Es-tu prête ? demanda-t-il, frigide.

Megumi n'en était pas certaine, mais son instinct lui hurlait de fuir cette chambre et le danger qui l'habitait, alors elle hocha timidement la tête.

- Bien. Dans ce cas, suis-moi.

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Commandant Akihoshi