Chapitre 4

Megumi se réveilla en même temps que le soleil. Une habitude qu’elle avait prise à force de vivre dans un monde sans réveil matin. Elle observa le plafond pendant quelques instants, réalisant doucement que les événements de la veille étaient bel et bien arrivés, puis, elle tourna la tête vers Sora qui dormait encore profondément à ses côtés. C’était la première fois de sa vie qu’elle passait la nuit dans un vrai lit, sa tête s’enfonçait dans son oreiller, elle dormait comme un bébé… Megumi sourit, attendrie, puis elle se frotta les yeux et se redressa avec précaution en veillant à ne pas la réveiller. Les rideaux étaient fermés, mais les nuances rouge de l’aube parvenaient à se frayer un chemin à travers le tissu. Elle les observa longuement, le regard perdu dans le vague avant de lâcher un profond soupir. « Je n’arrive toujours pas à y croire… » « Je suis revenu… » Cela lui faisait un drôle d’effet. Un peu comme si elle n’était jamais partie. Elle jeta un coup d’œil vers sa table de chevet et attrapa son portable. Megumi s’était habituée à vivre sans lui, mais elle était à présent si heureuse de le retrouver. La sensation si particulière de la coque souple entre ses doigts la rendait nostalgique… Elle le déverrouilla et sourit en découvrant toutes ses notifications. Elle découvrit les actualités de ses stars préférés sur twiffer, les posts de ses contacts sur les réseaux sociaux, les e-mails de sa classe… Toutes ces choses qu'elle avait presque oublié. Elle soupira de nouveau en souriant, puis elle se leva enfin et se dirigea vers son armoire pour attraper un uniforme propre. Passer la journée au lycée et laisser ses amis sans surveillance l’inquiétait énormément, mais si elle s’absentait, l’établissement allait prévenir sa mère et elle n’avait vraiment pas envie d’attirer l’attention sur eux. Evidemment, elle lui manquait beaucoup. Elle brulait d’envie de la revoir même, mais ce n’était vraiment pas le moment… Megumi avait besoin de temps pour réfléchir et s’organiser. Elle ignorait encore comment elle allait gérer cette situation. Tout était si soudain. « Je leur parlerai avant de partir. J’espère vraiment qu’ils vont être sage… » Il était très tôt, Megumi avait donc encore un peu de temps devant elle. Elle traversa le salon sans bruit afin de ne pas réveiller les garçons. La veille, elle avait installé trois futons dans la chambre d’amis et un quatrième dans le salon. Megumi n’ayant que quatre futon, chacun avait dut remporter sa couche au jeu du « pierre feuille ciseaux ». Finalement, Eisuke, Daisuke et Hayate avaient remporté les futons de la chambre, Ryouta celui du salon… Kyosuke et Kenji avaient donc du se partager le grand canapé. Kenji avait beaucoup râlé, mais finalement, il avait l’air de plutôt bien dormir, blottis contre l’angle, contrairement à Kyosuke qui remuait dans son sommeil avec mauvaise humeur, tant le canapé était trop fin pour lui. « Bon… Il va falloir que je leur trouve des futons pour ce soir, quand même » Décida t-elle Sa mère allait probablement s’interroger si elle jetait un œil sur le compte bancaire… « Avec les vêtements et la nourriture, ça risque de faire vraiment beaucoup… » « Il faut vraiment que je trouve un travail très vite… » se dit-elle en verrouillant la porte de la salle de bain derrière elle. Elle se tourna ensuite vers la douche en veillant à ne pas trop loucher sur la baignoire. Celle-ci semblait l’appeler en lui ouvrant grand les bras. « Purée, j’ai tellement hâte d’être à ce soir et de prendre un bain… » « Tu m’as tellement manqué, baignoire… » S’amusa t-elle intérieurement en se libérant de sa tenue de nuit d’Aldagarya. Une tenue qu’elle n’allait probablement pas remettre avant un bon bout de temps… « Ah, il faut aussi que j’aille leur acheter un nécessaire de toilettes en rentrant du lycée » Se dit-elle en ouvrant le robinet. « Ça risque de faire beaucoup d’achats, je vais avoir du mal à tout porter… » « Surtout les futons… » « Je devrais peut-être leur demander de m’accompagner… » Mais elle avait vraiment très peur de perdre le contrôle de la situation si jamais elle s’aventurait à les faire sortir si vite... « Il faudrait peut-être que je les brief avant non ? » « Et surtout qu’ils changent de vêtements… » « Enfin, je verrais tout à l’heure… » se dit-elle en vérifiant la température de l’eau. Elle attendit quelques instants que l’eau soit assez chaude, puis elle récupéra le pommeau de douche et laissa l’eau glisser sur sa peau avec bonheur, en fermant les yeux de bien-être. Elle en avait des frissons… Beaucoup de choses lui avait manqué pendant son séjour à Aldagarya, et l’accès à l’eau chaude entrait directement en première position dans son top 3, juste devant son téléphone portable et noutouflix. Elle attrapa son flacon de gel douche parfumé à la barbe à papa, en versa une noisette dans sa paume et le fit mousser énergiquement entre ses mains, en observant les bulles s’envoler. C’était incroyable, tout ce qui lui paraissait si anodin autrefois, lui semblait à présent extraordinaire… Le gel douche apportait une douceur à sa peau qu’elle avait presque oublié à force de se laver avec les savons carrés tout simple d’Aldagarya. C’était si agréable. Mais le meilleur moment fut sans conteste, « l’instant shampoing ». Elle avait l’impression de laver son crâne et ses cheveux en profondeur pour la première fois depuis très longtemps. Et elle ne put s’empêcher de rire de plaisir en appliquant son après-shampoing. Ses cheveux étaient devenus soudain si doux et lisses. Les produits de son monde lui avait tant manqué ! Elle avait l’impression de revivre ! Une fois propre, elle quitta la douche à contrecœur et appliqua une crème corporelle qu’elle n’avait encore jamais utilisé. Elle trônait sur le lavabo depuis des mois et la jeune femme n’avait jamais prit le temps de la tester. Elle n’était pas du genre à prendre du temps pour elle, ni à traîner dans la salle de bain, mais après tout ce temps passé loin de son confort, elle n’avait plus qu’une envie : tout tester ! Tout essayer ! Même les masques pour le visage dont Mayu raffolait. « Purée, c’est tellement bien… » se dit-elle en appliquant de la crème parfumée sur ses pieds secs. Elle avait l’impression d’être parfaitement propre pour la première fois depuis longtemps. Comme si elle venait de changer de peau. Enfin, elle plaça une serviette autour de ses cheveux et enfila des sous-vêtements propres, impatiente de pouvoir de nouveau porter un vrai soutien gorge de son monde. Mais elle déchanta vite en réalisant qu’elle étouffait un peu. Elle s’observa devant le miroir pendant un instant, un peu intriguée. Sa poitrine avait-elle grossis en un an ? Ou avait-elle simplement perdu l’habitude d’en porter ? C’était bien moins agréable que dans son souvenir. « Enfin, ce n’est pas grave. Je suppose que je vais me réhabituer» Se dit-elle, en commençant à enfiler son uniforme. La jupe lui arrivait aux genoux, elle n’était donc pas si courte, mais la jeune femme ne put s’empêcher de se sentir un peu mal à l’aise en observant son reflet. À Aldagarya, personne ne montrait ses jambes ainsi… « Bon sang, je ne suis partie qu’un an pourtant » Se dit-elle en riant. « Et pourtant, je redécouvre tout comme si j’étais parti pendant dix ans » S’amusa t-elle en commençant à s’occuper de ses cheveux. Elle les sécha vigoureusement, la tête en bas, et ouvrit le tiroir pour en sortir son sèche cheveux… Avant de finalement s’abstenir. Elle n’avait pas envie de leur faire peur… « Déjà qu’ils sursautent pour rien... » Elle décida donc de laisser sa serviette sur ses cheveux, avant de quitter la salle de bain. Les ronflements de Kyosuke résonnaient dans tout l’appartement, tel une locomotive en furie. Pourtant, étrangement, tout le monde dormait encore profondément… « Purée, à leur place, je l’aurais déjà étouffé avec un oreiller » se dit-elle en entrant dans la cuisine. Elle versa de l’eau filtrée dans la bouilloire et l’enclencha avant de lancer l’autocuiseur. - Purée, tu m’avais manqué, toi aussi, Chuchota t-elle en se remémorant toutes ces longues heures qu’elle avait passé à préparer le riz dans l’autre monde. Les appareils de son monde était un gain de temps phénoménal. Elle ouvrit ensuite le placard et faillit pleurer en retrouvant ses biscottes préférés. Elle attrapa une assiette et sortit la pâte à tartiner, toute excitée à l’idée de pouvoir en manger de nouveau. Elle se prépara deux tartines, et à l’instant où elle s’apprêtait à mordre dedans, elle entendit soudain le bruit d’un robinet… Cela venait de la salle de bain. L’un d’entre eux s’était déjà réveillé ? « Ah, mais… Maintenant que j’y pense, je leur ai parlé des toilettes, mais pas du robinet et de la douche... » « Ils ont compris tout seul ? » Elle referma le pot de la pâte à tartiner et coupa la bouilloire avant de sortir discrètement sa tête de la cuisine… Elle avait à peine reconnu la silhouette d’Hayate qu’elle s’empressait déjà de se cacher derrière le mur par réflexe, le cœur battant à mille à l’heure, et les yeux ronds comme des billes. Elle manqua de faire tomber son assiette sur le coup de la surprise. « Purée, il est déjà réveillé ?! » « Il retourne se coucher ou il… ? » Elle retint son souffle pour suivre ses bruits de pas et déglutit en l’entendant ouvrir la porte coulissante de la terrasse. - Bon sang… Soupira t-elle lourdement en fermant les yeux, un moment. Elle tremblait un peu, comme si elle avait froid. Ils n’avaient pas eu de discussion depuis leur dispute, donc elle ne savait pas vraiment où ils en étaient… La manière dont il l’avait rejeté lui revint en mémoire et la jeune femme sentit son ventre se serrer… « Il ne disait pas ça sérieusement, hein ? » « Il a dit ça sur le coup de la colère… ? » Elle se mordit la lèvre, toute angoissée à l’idée d’avoir des réponses à ses questions. Elle n’était pas certaine de vouloir savoir. « S’il me dit qu’il était sérieux, je vais juste m’écrouler… » Elle aurait voulu repousser ce moment à l’infini, mais ce n’était pas sain, elle devait être fixée... Quitte à en souffrir encore une fois. Elle prit une inspiration pour se donner du courage, puis elle sortit de la cuisine et traversa le salon sans bruit, sur la pointe des pieds, avant d’ouvrir doucement la porte coulissante. Hayate était accoudé contre le rebord de la terrasse et observait ce monde qu’il ne connaissait pas encore, avec un calme déroutant. C’était très surprenant. Certes, elle lui avait parlé de son monde un tas de fois. Elle lui avait même fait quelques croquis, mais entre savoir et voir, il y avait un monde… Comment faisait-il pour toujours rester maître de lui-même ? Elle referma un peu la porte coulissante sans le lâcher de son regard intense. Ses cheveux lâchés et légèrement en bataille dansaient au rythme du vent. Elle suivit leur mouvements des yeux, fascinée, avant de laisser son regard s’attarder sur la largeur de ses épaules… Puis sur sa taille fine et ses hanches… Elle avait l’impression que des centaines de milliers de papillons brulants s’affolaient dans sa poitrine. Comme toujours lorsqu’elle le regardait… Enfin au bout de quelques secondes, elle reprit ses esprits et se redressa, les joues roses, avant de fermer la porte coulissante pour de bon. - Tiens ?! Hayate ! Fit-elle mine de s’étonner en marchant vers lui, Je ne m’attendais pas à te trouver là ! Tu es réveillé depuis longtemps ? Elle s’accouda à la rambarde, près de lui, et s’efforça de lui sourire avec légèreté… Mais elle perdit aussitôt ses moyens lorsqu’il lui glissa un regard en coin. Un regard vide et impassible. Elle le regarda en retenant son souffle, et lorsqu’il reporta son attention sur la vue en pouffant doucement de rire, Megumi ne sut s’il se moquait d’elle, ou si c’était autre chose… Mais elle s’en moquait totalement. Tout ce qui comptait, c’était son sourire… Ce sourire franc qui lui faisait toujours l’effet d’une morsure sur le cœur… « Je t’en supplie, dis-moi que ce n’est pas fini nous deux… »

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