Chapitre 3

- Je suis navrée, Megumi, mais je dois admettre que je suis d’accord avec Kenji, fit Eisuke. - Bah, moi aussi, pour le coup… soupira Sora en observant le fond de plus près, C’est l’eau la plus propre que je n’ai jamais vu… - Ha ha, quel luxe, Megumi ! S’amusa Ryouta, Tu dois être sacrément riche ! - Ce n’est pas une question de richesse. Dans notre monde, nos petites affaires sont évacués dans des tuyaux… Bref, c’est compliqué à expliquer, mais c’est comme ça. - Mais ça va où du coup, une fois que t’as fait un chasse-eau ? s’enquit Kyosuke - « Tirer la chasse d’eau », le corrigea-t-elle en souriant, Eh bien je t’avoue que je ne me suis jamais vraiment posé la question, mais je suppose que c’est traité avant de regagner la terre… Ils baissèrent de nouveau les yeux vers les toilettes en hochant la tête, l’air pensif. - Enfin bref, j’y vais moi, annonça soudain Kenji - Comment ça ? Tu vas où ? s’étonna Megumi - Je vais rejoindre la forêt la plus proche, Marmonna t-il d’un air blasé, vu qu’apparemment ici tu dois payer des taxes quand tu fais ça en pleine ville… La jeune femme le regarda pendant un instant avant de se mettre à rire. - Non mais, mon pote… Je crois que tu n’as pas compris là…C’est un autre monde ici ! Pour aller dans forêt la plus proche, il faut prendre un train pour s’y rendre. - Eh bien, je ne sais pas du tout ce que c’est, mais prenons-le, « ce train » ! Riposta-t-il sans se démonter. - Il n’y en a pas la nuit, soupira-t-elle de lassitude, Bon ça suffit là, arrête tes chichis et va faire ce que t’as à faire ! On ne va pas y passer la nuit, je dois me lever tôt, demain ! - Mais je ne peux pas faire ça dans de l’eau propre !! S’indigna-t-il - Dans ce cas, retiens-toi jusqu’à demain ! Et si tu comptes prendre le train à chaque fois pour te vider, ça va vite revenir cher ! Ou plutôt ça va ME revenir cher ! Purée. Maintenant que j’y pense… La jeune femme porta sa main à son front en réalisant soudainement que son budget mensuel allait vite devenir serré. - Ça craint là, en fait…On risque de rester coincés ici pendant un bon bout de temps…Il va falloir que je pense à l’aspect financier… La vie coûte cher ici. Je vais essayer de trouver un petit boulot en rentrant du lycée demain. - Ne te fais pas de souci. Nous allons subvenir nous-mêmes à nos besoins, fit Eisuke, Je n’aurais aucun mal à me trouver une place chez un apothicaire grâce à mes connaissances en plante médicinale. - Moi, je donnerai des cours de sabre aux jeunes, fit Kyosuke, Megumi chan, je suppose que vous avez un genre d’ « avant poste » ici, non ? Où se trouve-t-il ? Elle les regarda à tour de rôle en souriant, de plus en plus amusée face à leur air serein et sérieux. - Nous n’avons pas d’apothicaire, ni d’avant poste, leur dit-elle - Pardon ? s’étonna Eisuke, Mais comment faites-vous pour vous soigner ?! - Nous avons des pharmacies, mais ils ne fabriquent pas les médicaments sur place, ce sont plutôt des vendeurs spécialisés dans ce domaine… Et malheureusement, tes connaissances te serviront à rien. Les plantes d’aldagarya n’existent pas ici… - Vraiment ?! Bégaya-t-il, soudain blême. - Concernant les avant postes, ici, c’est la police qui maintient l’ordre… Et ça n’a absolument rien à voir avec vous. Ils ne manient pas le sabre et vous ne pourrez de toute façon pas y travailler à moins de réussir le concours d’entrée… ce qui peut prendre des années, enfin bref, vous pouvez oublier. Ils s’échangèrent tous des regards égarés avant de lâcher un long soupir. Plus ils discutaient, plus ils devenaient effrayés en constatant à quel point ce monde était différent du leur. - Mais alors, que pouvons-nous faire ? souffla Daisuke, Nous allons peut-être rester coincés ici pendant longtemps… - Voir même toute la vie, marmonna Sora - Nous devons trouver une solution… soupira Eisuke - Écoutez, nous venons à peine d’arriver, nous en discuterons plus tard. Pour le moment, allons plutôt nous reposer, dit Megumi, Nous y verrons plus clair demain matin. - Mmh… Tu as raison, soupira Sora, Je suis tellement épuisée que je pourrais m’endormir debout. - Je vais vous préparer les futons pour cette nuit, dit Megumi - Eh attendez, on n’a pas encore réglé le problème du petit puits là ! Insista Kenji « Roooh purée… » - Écoute, ça me choque autant que toi, soupira Daisuke l’air épuisé , Mais pour l’instant, on n’a pas trop le choix. Alors fais ce que tu as à faire, on verra ça plus tard. - Mais hein ?! Je ne peux pas faire ça, c’est hors de question ! - Bon eh, ça commence à saouler là, s’impatienta paresseusement Hayate, toujours avachis contre le mur, Si elle te dit que c’est fait pour ça, c’est que c’est fait pour ça, alors arrête de chouiner et dépêches-toi d’aller chier… - De quoi ?! S’indigna-t-il en bondissant comme s’il l’avait insulté, Alors, ça ne te fait rien de souiller une eau propre alors que des gens meurent de soif chaque jour ?! Ah oui, c’est vrai, j’oubliais que tu n’avais pas de cœur !! Putain, aie au moins la décence d’avoir l’air étonné ! T’as à peine bronché devant ce putain de puits ! - Je n’ai aucune raison d’être étonnée, vu qu’elle m’en a déjà parlé, Le nargua-t-il avec un grand sourire agaçant. Megumi soupira de lassitude et tourna des talons à l’instant où elle vit les yeux de Kenji jeter des éclairs vers Hayate. « Franchement flemme, je les laisse gérer » Décida t-elle en ouvrant la chambre d’amis. Une chambre qui n’avait encore jamais été utilisée. - Eh, on vient t’aider ! Fit la voix de Sora La jeune femme se tourna et sourit en voyant Sora et Ryouta s’avancer vers elle en retroussant leurs manches. - C’est gentil, merci, dit-elle en ouvrant le placard, Ryouta, Tu peux attraper les futons qui sont sur l’étagère du haut, s’il te plaît ? Megumi eut à peine le temps de terminer sa phrase qu’elle les entendait soudain tous hurler à la mort depuis la salle de bain. - Quoi, qu’est-ce qui se passe ?! S’affola t-elle en quittant la pièce au pas de course. Elle les voyait tous sortir en trombe de la salle de bain en se bousculant, comme s’ils avaient la mort à leur trousse. - Mais quoi, quoi, qu’est-ce qu’il y a ?! S’écria t-elle en se frayant un chemin pour entrer dans la salle de bain. Hayate tenait la veste de son uniforme de lycéenne du bout des doigts d’un air intrigué, alors que la sonnerie de son téléphone portable retentissait et vibrait en rythme dans la poche. - Ah… Comprit-elle, soulagée, avant de pouffer de rire, non mais c’est rien les gars… Megumi saisit la veste en secouant la tête d’un air à la fois blasé et amusé. Sa main frôla les doigts d’Hayate au passage mais la jeune femme parvint à rester impassible malgré cette puissante décharge électrique qui lui traversait le corps… Elle glissa sa main à l’intérieur de la poche en évitant de lever les yeux vers lui, et ne put s’empêcher de se sentir émue en reconnaissant la forme froide de son smartphone. Elle le sortit doucement et le contempla pendant un instant avec émotion tandis que l’écran affichait « Appel Mayu ». Le cœur battant à tout rompre, elle décrocha avant de le porter à son oreille. - Allo… dit-elle d’une voix éraillée - Yes, c’est moi. Désolée, je ne te réveille pas ? Cette voix… Elle l’avait presque oublié. Elle se mordit la lèvre en levant un regard embué vers Hayate qui observait le portable avec curiosité. Elle lui avait déjà parlé de cet objet du quotidien qui lui avait tant manqué, alors cela devait lui faire un drôle d’effet d’en voir un en vrai. - Non, je m’apprêtais à aller dormir… Comment tu vas, Mayu ? Elle se retint juste à temps de lui dire « Ça fait tellement longtemps, tu m’as trop manqué… » Cela aurait été étrange pour Mayu, étant donné qu’elles étaient censées s’être vu au lycée toute la journée. - Bah, ça va, je sors de la douche, là. Je voulais que tu me racontes, du coup ! Comment ça s’est passé avec Motoharu ? Tu a réussi à le voir tout à l’heure ? Megumi sursauta et leva de grands yeux ronds vers Hayate tandis qu’un élan de panique la faisait raccrocher par réflexe. - Euh… Ah… Zut, j’ai fait une fausse manip, ha ha, rit-elle maladroitement en s’empressant de détourner les talons, le regard fuyant. Déjà qu’elle était mal à l’aise à propos de ce qu’ils s’étaient dit avant que la bille ne s’allume, ce n’était vraiment pas le moment de mettre de l’huile sur le feu… « Purée, Motoharu, c’est vrai, je l’avais oublié, celui-là… » « Il faut que je le quitte avant qu’Hayate n’apprenne son existence… » - Qu’est ce que c’était ?! S’inquiéta Kyosuke en la voyant enfin sortir. - Ah… C’était juste mon téléphone, mais laisse-tomber, je vous expliquerai plus tard, dit-elle en s’empressant de taper un message à son amie pour ne pas l’inquiéter. Ça commence déjà à faire beaucoup trop d’informations pour vous et il est temps d’aller se coucher…

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