top of page

Chapitre 19 (Exclu VIP)



-Mais c’est une urgence, insista-t-il, les orcs qui sont allés chercher Aldir sont revenus bredouilles !


Le cœur d’Iseult fit soudain un bond violent dans sa poitrine.


- Quoi ?! lâcha-t-elle en se redressant d’un sursaut sur ses coudes.


La main gigantesque de la guérisseuse se dressa aussitôt devant sa poitrine.


- Non bouger, lui intima-t-elle, le regard fermé, autoritaire.


Puis, sans attendre, l’orc pivota vers le rideau de peaux et s’y dirigea d’un pas lourd. Iseult, haletante, se redressa de nouveau sur les coudes pour la suivre des yeux, tandis que l’angoisse lui battait aux tempes.

Comment ça, ils ne l’ont pas trouvé ? C’était impossible ! Il était là, dans le sentier. 

Il était impossible de le rater ! 


Que lui était-il arrivé ? Était ce l’œuvre des orcs qui les traquaient ?L’avaient-ils… emporté avec eux? Pour se débarrasser de lui un peu plus loin? Était-il déjà mort? Était-il en ce moment même en train de se faire… torturer par ces monstres? 


Par le ciel, où était-il?

Où était Aldir? 


Lorsque la guérisseuse disparut derrière le lourd et épais rideau de peau, Iseult tendit aussitôt l’oreille pour essayer d’entendre leur discussion, mais ils parlaient tout bas. Elle ne parvenait pas à en saisir le moindre mot. Son ventre se creusa alors d’un froid glacial et elle attrapa vivement la couverture pour la passer autour d’elle, sous ses bras, avant de se hisser hors de la paillasse avec une grimace de douleur. 


Le simple fait de s’être allongé un instant avait alourdis son corps. Elle avait l’impression que chacun de ses membres pesait une tonne. Elle s’accrocha au lit d’une main en sautillant sur son pied valide, le temps de retrouver son équilibre, avant de se traîner tant bien que mal jusqu’au rideau de peaux.


Ses doigts s’y agrippèrent et elle se figea soudain comme une statue en retenant son souffle, lorsqu’elle crut entendre au milieu de leurs chuchotements, la voix d’Eward prononcer le mot : « traître ». 


Son cœur se serra et elle déglutit avec peine. Elle avait comme un mauvais pressentiment, tout à coup…


Elle tira légèrement sur le rideau, pour se glisser à moitié dans l’embrasure.

Ils étaient tous les deux en train de discuter, juste devant l’entrée.


- Enfin… j’ai peut-être mal compris, ajouta prudemment Eward, à voix basse, Je ne comprends que partiellement votre langue…

- Toi très bien compris, marmonna la guérisseuse avec un grognement en guise de soupir de lassitude, avant de continuer d’une voix plus ferme : Toi rester ici. M’en occuper !


Et après un dernier coup d’œil morne dans sa direction, elle quitta finalement la maison d’un pas lourd, mais rapide. Elle semblait particulièrement contrariée.


Iseult la suivit des yeux tandis que le mot traître continuait de résonner péniblement dans son esprit.

Elle avait une petite idée de ce qui s’était passé, mais… elle espérait sincèrement se tromper.


Si elle avait vu juste…


- Que se passe-t-il ? Demanda-t-elle d’une voix plutôt calme, malgré le sang qui tambourinait de plus en plus sauvagement dans ses veines.


Eward tressaillit et se tourna vers elle tandis qu’elle le dévisageait en laissant le rideau de peaux retomber, lourdement derrière elle. 

Le regard inquiet de son camarade glissa de son visage pâle à son pied valide qui peinait à la garder debout.


- Mon bouton d’or, retournez vite vous allonger ! Vous êtes très faible ! S’inquiéta-t-il en revenant vers elle.


Il s’apprêtait à la soulever dans ses bras, mais elle porta une main ferme à son torse pour l’en empêcher.


- Dites-moi plutôt ce qui s’est passé, répliqua Iseult d’une voix basse, où est Aldir ? Pourquoi ne l’ont ils pas ramené ?


Eward marqua un temps d’arrêt et la regarda avec hésitation tandis qu’elle le regardait droit dans les yeux, comme pour essayer de trouver une réponse dans son regard.

Il s’humecta les lèvres, les traits tirés : 


- J’ai… j’ai peut-être mal compris, dit-il prudemment. Je ne saisis que des bribes de leur langue. Mais… en gros, ils sont revenus en râlant qu’ils avaient perdu leur temps. Que c’était juste le…« traître ». Et… ils sont tous repartis à leurs tâches. Comme si… comme si cela n’avait aucune importance.


Iseult ne découvrait rien.

Elle avait déjà parfaitement compris la situation, presque intuitivement. 


Et pourtant, elle était tout de même surprise.

Sa mâchoire s’était décrochée  d’indignation, son regard s’était écarquillé d’horreur. 


Elle n’arrivait pas à y croire…


Comment ça?


Avait-elle vraiment entendu ce qu’elle avait entendu ?

Ils avaient réellement laissé Aldir… là-bas?


Non. 


Non c’était impossible. Ils n’avaient pas pu faire ça ! Peu importe ce qui s’était passé entre eux, par le passé, ils n’avaient pas pu aller jusque là ! 


Ils n’avaient pas pu le laisser mourir comme ça, comme un chien, à quelques pas de son propre village natal.


C’était impossible !


- QUOI ?!


Son indignation explosa brutalement dans sa gorge, et, avant même qu’elle n’ait pris le temps de réfléchir, elle était déjà en train de se diriger vers l’extérieur d’un pas boiteux mais vif, comme une furie. 


- Ma douce fleur, attendez ! Calmez-Vous ! S’exclama Eward en s’empressant de la rattraper.


Eward se glissa devant elle pour lui barrer le passage, les mains levées vers elle, hésitantes, comme s’il ne savait pas comment la toucher sans lui faire mal. Il recula d’un pas en tentant de l’encercler de son corps.


- Laissez-moi passer ! gronda-t-elle. Bougez de là ! 


Elle planta ses paumes abîmées contre son torse et le poussa de toutes ses forces, ignorant la brûlure des écorchures qui remontaient jusqu’à ses poignets.


Eward la saisit alors par les coudes alors qu’elle manquait de s’étaler sur le sol.


- Ma douce, je vous en supplie ! Vous allez vous blesser ! 

- DÉGAGEZ DE LÀ ! LÂCHEZ MOI TOUT DE S… ! 


Et elle s’interrompit net lorsqu’elle entendit soudain un claquement sec, grave comme un coup brutal contre la roche. Iseult releva brusquement la tête, toujours entre les bras d’Eward   et vit la guérisseuse plantée devant un orc bien plus grand qu’elle.

L’un de ceux qui était partis sur le sentier… et qui était revenu sans Aldir.


Sa tête était projetée sur le côté, les traits crispés, la joue marquée, tandis que la guérisseuse, avait toujours la main en l’air. Manifestement, elle venait de le gifler. Autour, les orcs s’étaient figés, surpris, et manifestement un peu gênés. Ils se tenaient tous comme une bande d’adolescents qui venaient de faire une bêtise.


La guérisseuse les grondait en les assassinant un par un du regard. Sa voix était dure, ferme et tranchante. À chacun de ses mots, leurs épaules se tassaient un peu plus, leur regards glissaient vers le sol.

Et plus elle les réprimandait, plus la colère d’Iseult, gonflée comme un orage, redescendait peu à peu. Elle était si impressionnante lorsqu’elle était hors d’elle, qu’elle n’osait même plus se manifester.


Son autorité emplissait l’atmosphère.


Elle tassait jusqu’au crépitement des torches.

Et lorsque la guérisseuse pointa le sentier d’un doigt noueux, les trois orcs n’échangèrent qu’un bref regard colérique et blasé, avant de faire finalement demi-tour, bien à contrecœur, en traînant des pieds.


Iseult les suivit distraitement des yeux, soulagée… en se demandant néanmoins, s’ils ne pouvaient pas marcher un peu plus vite.

Ils n’étaient pas du tout en train de s’affoler.


Soudain, elle tressaillit en voyant la guerisseuse revenir vers elle d’un pas vif, le regard de feu braqué droit sur elle.

Elle lui aboya quelques mots d’un ton qui trahissait sa vive impatience, et Iseult n’eut aucun besoin de parler sa langue pour la comprendre.


Ni une ni deux, Eward la souleva précipitamment de nouveau dans ses bras, et la ramena à l’intérieur.


- Ha ha, quelle femme ! s’amusa Eward tout bas, sincèrement impressionné, en s’avançant à grandes enjambées à travers la maison.


Il allait presque au trot, et Iseult ne put s’empêcher de frissonner en voyant la guérisseuse marcher derrière eux d’un pas vif, comme une prédatrice.


De retour dans la chaleur de la salle de soins, il la déposa à nouveau sur le lit, tandis que l’orc claquait la langue en direction d’Eward, lui intimant de sortir.


Celui-ci jeta aussitôt un coup d’œil vers Iseult, et, pour le coup, elle fut presque tentée de lui demander de rester. Mais elle se ravisa, et se recomposa un visage neutre, en hochant la tête.

Il serra les lèvres, l’air penaud.


-  Je serai juste à côté, mon bouton d’or, lui assura-t-il d’un ton rassurant.


Elle hocha distraitement la tête une nouvelle fois en suivant d’un œil prudent la guérisseuse qui se plaçait déjà au niveau de ses jambes.


Son visage était encore fermé et orageux, comme si sa colère n’était toujours pas retombée.

Eward avait à peine franchi le rideau qu’elle l’avait déjà débarrassée de la couverture qui cachait sa nudité. Iseult retint son souffle et laissa un gémissement de douleur lui échapper lorsque ses mains énormes commencèrent à manipuler sa jambe blessée…


La guérisseuse glissa une paume sous le talon pour le caler, puis saisit son bol en bois. Elle continua de mélanger la mixture, à l’odeur un peu piquante mais pas vraiment désagréable, puis, du bout des doigts, en étala une couche épaisse sur l’enflure. Un froid mordant lui coupa soudain la respiration, elle se raidit, et très vite cette sensation fut remplacée par une chaleur un peu piquante qui s’insinua dans l’articulation.


- Non bouger, dit-elle en posant le bol sur la table.


Elle posa un linge propre sur la pâte et serra un bandage par-dessus.

Puis, Iseult réprima un juron de surprise lorsqu’elle posa sa main ferme et immense sur elle pour l’allonger sur le côté.


Elle observa sa hanche douloureuse un instant en y passant le pouce, avant d’y mettre l’onguent avec des gestes circulaires.


Malgré la force de ses doigts, elle veillait manifestement à ne pas appuyer trop fort. Son toucher était presque doux.


L’odeur piquante lui donnait étonnamment envie de dormir, c’était plutôt relaxant. D’ailleurs, elle était si épuisée que, si elle n’était pas si inquiète pour Aldir, elle serait déjà en train de dormir. Elle se sentait complètement vidée.


Elle n’avait plus de force…


À peine consciente, elle sentit vaguement la guérisseuse s’occuper de ses autres blessures.


Elle se laissa mollement faire, les yeux fermés, et n’émergea de sa somnolence que lorsqu’elle sentit une lourde couverture se poser sur elle.


- Non bouger du tout, trois jours, articula-t-elle en se rinçant les mains dans la bassine. Changer onguent matin et soir. Si pied aller mieux, petite marche seulement, quatre jours.


Trois jours de repos total, et quatre jours supplémentaires où elle allait devoir faire attention…

Ce qui signifiait qu’elle allait forcément devoir passer minimum sept jours dans ce village d’orcs…


Peut-être même plus, en fonction de l’état de son guide et de Rhazka.


C’était bien sa veine…


-D’accord… merci, prononça-t-elle dans un souffle.


Elle baissa distraitement les yeux vers ses mains bandées. Sous les bandages, l’onguent suintait un peu. Sur ses doigts, un picotement chaud et froid courait le long des plaies et engourdissait la peau.


Une odeur poivrée de plantes, mêlée de résine et d’herbes froissées, lui montait aux narines. Les bords des bandages, déjà tachés d’une ombre verte, collaient légèrement à ses paumes, à chaque pulsation, le fourmillement se faisait plus doux, presque apaisant.


C’était étrange.

Si elle ne se trompait pas, elle avait utilisé le même mélange pour chacune de ses blessures, c’était un peu perturbant.


Elle se demandait ce que c’était, exactement.

Elle lui poserait la question plus tard…


Elle relâcha mollement ses mains en jetant un coup d’œil vers le rideau.


-Ils en mettent du temps… non ?


La guérisseuse essuyait le pilon et refermait les pots d’un geste sec, tout en humant l’air, narines frémissantes.


-Pas très loin. Moi sentir odeur Aldir.


Iseult la regarda aussitôt, et son cœur s’accéléra dans sa poitrine, à l’idée de le savoir tout près d’ici.


Son esprit était particulièrement agité. Elle avait l’impression de l’avoir laissé là-bas, tout seul, pendant des heures et des heures.


Et s’il avait rendu l’âme pendant tout ce temps que ces imbéciles avaient perdu en l’abandonnant à son sort ? Par le ciel, rien que d’y penser, une chaleur noire lui montait au crâne. Elle avait envie de tout casser.


Heureusement, elle n’eut pas à cogiter très longtemps. Elle sortit aussitôt de ses pensées en voyant la guérisseuse se tourner brusquement vers l’extérieur, puis traverser le rideau d’un pas pressé.


Ils étaient de retour !


Iseult retint son souffle et se redressa légèrement sur ses coudes, en grimaçant de douleur.


Elle entendit des grognements rauques, et des éclats de voix dans cette langue qu’elle ne comprenait pas. Puis un martèlement de pas lourds et précipités avant de voir le rideau se soulever d’un coup, pour les voir débouler dans la salle de soin, haletants, bruyants, en transportant Aldir, totalement inanimé.


Iseult sentit son cœur imploser sous sa peau et plaqua vivement la couverture contre sa poitrine, tout en se redressant tant bien que mal pour mieux le voir.


Ses mèches sombres étaient plaquées de sueur, ses lèvres, si livides, tiraient presque sur le blanc. Elle frémit lorsque son odeur particulière embauma brusquement la pièce, recouvrant toutes les autres.


Aldir


-Grakh ! Lha ! s’écria-t-elle en désignant le lit voisin de celui d’Iseult.


Elle prit la tête d’Aldir entre ses mains, les aida à l’installer, avec précaution, puis, d’un geste impatient, leur fit signe de sortir.

Ils se dirigèrent alors vers le rideau sans insister, et non sans lancer au passage quelques regards noirs vers Aldir. Iseult les suivit de ses yeux sombres, les traits tirés, avant de reporter toute son attention sur la guérisseuse.


Celle-ci s’était penchée sur Aldir, l’oreille tout contre sa bouche. Iseult la dévisagea, suspendue à son verdict, mais l’orc se redressa vivement pour examiner sa plaie à la tête, sans trahir la moindre de ses pensées. Ses traits avaient beau être tendus, elle restait étonnamment impassible. Manifestement, elle était aussi difficile à déchiffrer que son neveu…


N’y tenant plus, Iseult prononça d’une voix tremblante :


- Alors ?


La guérisseuse leva aussitôt une main vers elle, avec une vive impatience, sans même lui accorder un regard.


-Dormir, prononça-t-elle simplement, d’une voix sans appel, avant d’attraper son matériel.


Iseult la regarda comme si elle venait d’essayer de la faire rire, malgré la situation.


Dormir?


Sérieusement ?


Iseult lâcha un rire muet, sans joie. Comment pourrait-elle dormir alors que le visage d’Aldir était si pâle et que sa respiration était à peine perceptible ?


Elle déglutit péniblement et laissa son regard s’attarder sur lui. Il avait l’air si faible, si malade… presque cadavérique.


C’était bien pire que lorsqu’elle l’avait laissé.


Sa peau était devenue si blême. Elle n’avait plus rien à voir avec son habituelle couleur verdâtre, terreuse et vive. Des gouttes de sueur froide luisait à la naissance de ses cheveux.


C’était insupportable de le voir ainsi…


Une boule lui monta à la gorge, et elle déglutit avec peine.


Et s’il… ne survivait pas ?

Et s’il n’ouvrait jamais les yeux?


Elle se mordit la lèvre si fort, qu’elle sentit le goût du fer sur sa langue, et elle ferma les paupières, durement, comme pour refouler cette angoisse insoutenable qui était en train de la terrasser.


S’il vous plaît, Monsieur Gorthak…


S’il vous plaît.


Ne me faites pas ça…






À suivre

2 commentaires


Alizée Gavory
Alizée Gavory
23 sept.

Je veux une tante comme elle ! Je la kiff trop j'adore son caractère et le fait que les grands méchants Orcs baisse l'échine devant elle... Bordel le moment ou elle a giflé l'autre connard la c'étaittellement jouissif 🫦


je suis sur que Iseult va profiter de sa semaine pour apprendre le savoir de la tante et grace a elle s'habituer encore olus aux orcs... meme si elle etait prete a les defier pour Aldir ! Et pusi biensur elle va pouvoir rester 1 semaine avec Aldir et puis comme ca elle pourra jouer les infirmières d'ailleurs si elle a besoin d'aide je suis dispo ☝️


Mais bon avant pour sa il faut deja que tu te remettes bichettes alors…

J'aime

Hazz
Hazz
16 sept.

Allez Iseult, maitenant, c'est l'heure de faire dodo 😂 par contre je suis vraiment très curieuse de savoir ce qu'il a fait, Aldir, pour se mettre les siens à dos comme ça, au point qu'ils le laissent moisir comme ça dans le canyon... j'ai trop hâte d'en savoir plus !

J'aime

© 2022 par La plume d'Aurora. 

Tous droits réservés.

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

bottom of page