Chapitre 1

Dernière mise à jour : 22 avr.



Son cœur battait à cent à l'heure.

Ses mains tremblaient comme des feuilles d'automne.

Ses pieds fins et blancs tressautaient d'impatience.


Le front collé contre la vitre du salon, Sayuri gardait les yeux tournés vers la forêt faiblement éclairée par la lumière froide de la lune.

La bougie posée sur le petit meuble à sa droite était sa seule source de lumière.

Son livre était posé sur ses genoux, bloqué à la même page depuis un bon moment déjà.

La jeune fille l'avait ouvert puis refermé à de nombreuses reprises avant de finalement capituler...


« Je ne peux pas lire. Comment le pourrai-je ? Se dit-elle tandis qu'un sourire heureux se dessinait sur ses lèvres, comment le pourrai-je alors que je ne tiens plus en place ? »


En temps normal, rien ne pouvait la sortir d'un livre, pas même la voix stridente de sa mère.

Mais ce soir là, c'était spécial ! Très spécial...


Elle leva les yeux vers la pendule et soupira avant de reporter vite son regard vers l'extérieur.


« Il ne devrait plus tarder maintenant. »


« Il est un peu en retard, mais il viendra ! »


Ses parents dormaient déjà depuis longtemps, et elle se ferait sévèrement sermonner s'ils la trouvaient là à cette heure.

Mais comment pourrait-elle dormir alors qu'elle brûlait d'impatience ?

Enfin ! Après quatre mois d'attente, elle allait revoir Daichi !

Son très cher frère aîné.

Elle l'aimait tellement qu'elle le respectait presque comme un père.

Elle pleurait souvent en lisant ses lettres, tant son absence la pesait.

Daichi le savait bien, mais il n'avait pas le choix. Il était l'un des capitaines de la garde royale, après tout. Un poste dont ses parents étaient particulièrement fiers.

Ils ne cessaient de le dévisager avec fierté pendant que leur fils ainé leur narrait son quotidien au sein de Fennidel.

Le cœur du pays d’Aldagarya.

La ville où résidait le Roi ainsi que les membres du conseil.

Cette place, c’était un grand honneur, et une chance inouïe, certes, et Daichi leur faisait d’ailleurs toujours parvenir une bonne partie de ses gains, leur permettant de vivre plus que confortablement…

Mais au choix, Sayuri aurait mille fois préféré voir Daichi rester à leur côtés dans la ferme familiale.

L’argent n’avait pas d’importance, leur ferme leur permettait largement de subvenir à leurs besoins.

Cependant, Daichi avait choisi cette voie, alors elle n’avait d’autres choix que de l’accepter…


« Si seulement je pouvais au moins me rendre en ville, de temps en temps, pour lui rendre visite… »


« Mais… »


Soudain, un oiseau passa vivement devant sa fenêtre, la sortant brusquement de ses pensées.


Sayuri sursauta avant de pouffer de rire, la main contre sa poitrine.

Et lorsque son regard se reporta sur la forêt, son cœur s'emballa de nouveau à une vitesse folle.

Une lueur dorée flottait de gauche à droite, le long du chemin…


« Ah !! Enfin ! C'est lui ! C'est lui ! »


Folle de bonheur, Sayuri se leva d'un bond, cognant bruyamment le petit meuble devant elle au passage.

Elle grimaça autant de panique que de douleur, et le rattrapa par réflexe en retenant son souffle, alors qu’il s’apprêtait à s’écraser sur le sol avec fracas…


« Aah, par pitié, ne vous réveillez pas… » pria-t-elle en levant les yeux, comme pour tenter d’apercevoir la chambre de ses parents à travers le plafond.


Mais elle n’entendit pas un bruit, alors elle soupira de soulagement, puis sans perdre un instant de plus, elle s’avança vers l'entrée sur la pointe des pieds, enfila ses bottes, et sortit de la maison sans refermer la porte derrière elle, avant de se mettre à courir joyeusement le long du chemin.

Sa robe beige, de seconde main, la bloquait dans ses mouvements, pourtant, elle n'avait jamais couru aussi vite de sa vie.


« Je vais le revoir ! »


« Mon Dieu, je vais enfin le revoir ! »


Elle était si heureuse qu'elle aurait put en pleurer.

Elle allait enfin revoir Daichi!


Enfin!


- Sayuri ?!


Elle reconnu aussitôt la voix chaleureuse et un peu inquiète de son frère.

Elle éclata de rire et sautilla sur place en apercevant dans la pénombre, la peau sèche et couverte d’écailles de son Myledrius.

Un animal majestueux à quatre pattes, au regard dur et froid, pouvant mesurer jusqu’à trois mètres de haut.

Son maitre voyageait sur son dos et dévisageait Sayuri, l’air ahuri, pendant que celle-ci riait joyeusement en sautant autour de lui, ivre de bonheur.


- Mais enfin, tu es folle ? La sermonna-t-il en sortant enfin de sa torpeur, Qu'est ce qui t'a prit de sortir comme ça au milieu de la nuit !?

- Ha ha, mais je savais que c’était toi ! S’exclama-t-elle tandis qu’il descendait de sa monture. Daichi chan ! Par l’Unique, je suis tellement heureuse !


Elle bondit vers lui et le prit spontanément dans ses bras en riant aux éclats.

Il la rattrapa par réflexe avant de répondre à son étreinte en soupirant.


- Aaah, tu m'as tellement manqué Daichi chan ! Tellement, tellement !!

- Toi aussi, mais qu'est ce qui t'a prit de sortir à cette heure là ? Insista-t-il avec inquiétude.

- Bah, je t’ai vu arriver alors je suis venu, répondit-elle sur le ton de l’évidence.

- Sayuri, il fait nuit, dit-il en la reposant sur le sol, on n'y voit rien ! J'aurai pu être un bandit ou un tueur !

- Mais non ! Rit-elle avec légèreté en agitant la main, Je savais très bien que c'était toi ! Et de toute façon, qui d'autre viendrait jusqu'à ce trou paumé à part toi ?

- Un bandit ou un tueur, par exemple ! Insista-t-il avec autorité, Je ne veux plus que tu sortes en pleine nuit ! C'est dangereux ! Tu m’as bien compris ?

- Je ne sors jamais, je te rassure ! Râla-t-elle, Avec mère qui est toujours sur mon dos, ça ne risque pas, de toute façon ! Je ne dépasse jamais la limite de la forêt ! Là, c’était exceptionnel ! Tu nous as prévenu dans ta dernière lettre que tu arrivais tard dans la nuit, alors…


Elle lui fit son petit numéro des grands yeux purs et innocents pour effacer cet air sévère du visage de son frère. Une tactique qui marchait très bien avec Daichi et son père, mais qui ne rencontrait malheureusement pas beaucoup de succès avec sa mère.

Daichi la regarda du coin de l’œil avec lassitude avant de soupirer, comme pour rendre les armes.


- Alors… Tu m’as attendu toute la nuit, conclut-il pour elle.

- Ha ha, c’est ça ! S'amusa-t-elle joyeusement en lui enlaçant spontanément la taille.


Daichi secoua la tête, blasé et attendri à la fois.


- Tu es fière de toi, hein...?

- Oui très ! S'esclaffa-t-elle.

- Espèce de fripouille, murmura-t-il en l'étreignant à son tour, tu m'as manqué...


Elle sourit tandis qu'une douce chaleur enveloppait sa poitrine.


- Et toi encore plus. Non, mille fois plus ! Non, plutôt un million de fois plus ! Dit-elle, lui arrachant un petit rire chaleureux.


Sayuri et Daichi restèrent un long moment ainsi, à respirer chacun l'odeur de l'autre. La jeune fille souriait en entendant son cœur battre tranquillement contre son oreille. Ce son l'apaisait presque autant que la voix calme de son père.


- Je t'ai apporté quelque chose, dit-il à voix basse.

- Vraiment? Se réjouit-elle en levant un visage enthousiaste vers son frère.

- Chut ! Tu vas réveiller les parents ! Pouffa-t-il, attends un instant, je m'occupe de mon Myledrius avant de te les montrer...

- « Les » ?! S'emballa-t-elle en tapant dans ses mains.

- Chuuuut ! Rit-il.


Elle était si heureuse qu’elle avait envie de bondir vers les sacs accrochés à sa monture pour en découvrir rapidement leur contenu.


« Aaaah !! Il m'a apporté plein de livres, c'est sûr ! C'est sûr ! »


- Tu en as ramené combien ? Dis ?! Dis ?!

- Tu verras, curieuse ! s’amusa-t-il, Allons vite à l'intérieur, tu vas attraper froid !


Daichi installa rapidement son destrier dans l’écurie et Sayuri l’aida joyeusement à porter ses grands sacs de voyage jusqu’à la maison.

Elle était si impatiente de voir les cadeaux qu'il lui avait apporté qu’elle ne tenait plus en place.

Elle retint un petit rire en lui jetant un regard du coin de l’œil.

Sayuri avait beau l'avoir vu des tas de fois, elle ne pouvait s'empêcher d'être surprise par la grande taille de son frère.

À chacune de ses visites, il revenait plus grand, plus fort, plus « homme ».

Cependant, il restait toujours son Daichi.

Ces cheveux noirs, fraîchement coupés qui retombaient légèrement sur sa nuque.

Ces yeux noisettes qui paraissaient sombres durant la nuit, mais qui prenaient des éclats dorés au soleil.

Ce menton assez fin mais rugueux, qui lui donnait un aspect adulte, malgré ce regard frais et jeune.


Il n'avait guère changé, mais lorsqu'elle l'observait avec plus d'attention, elle réalisait qu'il avait grandi durant son absence.


Ses épaules auparavent fines, étaient devenus carrés et robustes, il avait désormais la corpulence parfaite pour cet uniforme de la garde royale qu’il portait avec prestance.

Comme s'il avait été conçu spécialement pour lui.

Le voir ainsi la confortait dans l'idée que ce poste lui convenait bien mieux que celui de fermier...


- Alors? Alors ?! Qu'est ce qu'il y a, là dedans ?


Il sourit en posant ses sacs sur la table de la salle à manger.


- Comme d'habitude, s’amusa-t-il en commençant à sortir une pile de gros livres.


Sayuri plaqua ses mains contre son visage en éclatant de rire.


- Tout ça ?! S'exclama-t-elle

- Chut chut ! Paniqua-t-il en riant.


Elle en attrapa un, et caressa sa couverture du bout des doigts, le regard débordant d'excitation. Ces livres avaient dut lui coûter très chers, ils étaient flambants neufs.


- J’ai choisi des histoires de romance, d’aventures et de pirates. Ce sont des thèmes que tu apprécies toujours ?

- Carrément, oui !! S’extasia-t-elle en se jetant dans ses bras, Ah, tu es le meilleur !! Merci, merci, merci !! Je t’aime, je t’aime, je t’adore !!

- Sayuri, par l’Unique, fais moins de bruit !


Mais lorsqu'elle buta soudain maladroitement contre la table, un saladier contenant plusieurs fruits tomba sur le sol avec fracas, les faisant tous les deux sursauter.

Ils se fixèrent d’un air affolé en retenant leur souffle, sans oser bouger. Ni même respirer…

Un silence lourd s'écoula et une porte grinça soudain à l'étage.

Daichi leva les yeux au plafond et se gratta le front avec lassitude tandis que Sayuri soupirait en grimaçant d’appréhension.


- Bien joué, marmonna son frère d'un air blasé.


La jeune fille rit nerveusement tandis que la lueur d’une bougie éclairait déjà l'étage du haut.


« Mince… »


Les grincements provoqués par les bruits de pas sur les marches d’escaliers lui donnaient la chair de poule…


- Pourvu que ce soit père ! Pourvu que ce soit père ! Pria-t-elle en joignant les mains dans un geste de prière, pourvu que ce ne soit pas mère ! Même un fantôme, ça ne me dérangerait pas ! Tout mais pas ma mère !

- Qu'est-ce que tu fabriques ? S'amusa Daichi à voix basse.


Mais malheureusement, c'était bel et bien sa mère, enveloppée de son éternel plaid en fourrure, les cheveux gris soigneusement tressés sur le côté.

Son visage osseux était tourné vers elle, et ses yeux globuleux la fixaient avec une sévérité glaciale tandis que Daichi s’avançait vers elle en riant pour détendre l’atmosphère.


- Mère, tu as quitté le lit pour venir me saluer?! Dit-il en déposant un baiser sur son front, tu n’aurais pas dû ! Il est si tard…

- Bienvenue chez toi, mon fils, répondit-elle sans quitter Sayuri de son regard glacial. Va vite te débarbouiller et te reposer, Daichi… Quant à toi, peux-tu m’expliquer ce que tu fiches debout à une heure pareille ?


Sayuri sourit d’un air crispé en jetant un rapide regard affolé vers son frère aîné.


- Euh, j’ai… Bredouilla-t-elle, J'étais juste descendu pour aller au petit coin...




Suite...

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